EVIL DEAD BURN

Nouvelle-Zélande, USA, Canada – 2026
Genre : Horreur
Réalisateur : Sébastien Vaniček
Acteurs : Souheila Yacoub, Tandi Wright, Erroll Shand, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, George Pullar, Maude Davey…
Musique : Double Danger
Durée : 110 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 8 juillet 2026
LE PITCH
Après l’enterrement de son mari, Alice se rend dans la maison isolée de sa belle-famille pour partager un dernier repas à sa mémoire. Mais la réunion familiale bascule dans l’horreur lorsque ses proches se transforment, l’un après l’autre, en créatures démoniaques. Confrontée à cet enfer, Alice découvre que les vœux prononcés autrefois continuent de la lier à son mari… bien au-delà de la mort.
Dans la chaleur de la nuit
Mine de rien, la saga Evil Dead s’affirme épisode après épisode comme l’une des plus enthousiasmantes et rafraichissantes du cinéma d’horreur depuis plus de 40 ans. Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček, sixième opus cinéma de la franchise, en rajoute une couche dans un geste d’une violence et d’un ludisme inouïs.
Sixième opus cinématographique de la saga Evil Dead initiée en 1981 par Sam Raimi, Robert Tapert et Bruce Campbell (et déclinée depuis en série TV avec Ash vs Evil Dead, comics et jeux vidéo), Evil Dead Burn était attendu au tournant, tant pour des motifs d’espoir que d’inquiétude. Après un excellent remake ultra sanglant signé Fede Alvarez, puis un Evil Dead Rise réalisé par Lee Cronin (Le Réveil de la Momie), épisode pas désagréable du tout qui avait cependant partagé la critique, l’arrivée du Frenchy Sébastien Vaniček donnait un coup de boost certain à l’intérêt suscité par la franchise. L’auteur d’une tripotée de courts-métrages, dont l’ambitieux projet non-abouti Fer développé il y a quelques années, et surtout de l’excellentissime Vermines (2023), accompagné de son acolyte et co-scénariste Florent Bernard, avait pour mission de prolonger et développer l’univers créé par Raimi, Tapert et Campbell, sans le dénaturer. On ne doutait pas franchement de l’intégrité artistique de Vaniček et Bernard, mais se posait la question de leur place et de leur marge de manœuvre au sein d’une machinerie américaine broyante autour de la célèbre saga. La confiance n’est pas trahie, tant ce sixième épisode témoigne dans tous ses recoins de la présence de l’équipe française aux manettes.
Evil Dead Burn suit le calvaire d’Alice, jeune française vivant aux États-Unis avec Will, mari violent qui affirme constamment sa domination en la rabaissant à la moindre occasion. Will perd la vie dans un brutal accident de voiture provoqué par une « Deadite » échappée d’un prologue déjà bien gratiné niveau horreur. La jeune veuve est conviée aux funérailles avec sa belle-famille ultra-rigide avant de se rendre dans la maison familiale isolée pour un ultime repas à la mémoire du défunt. Mais l’austérité du moment cède la place à un déchaînement de violence… Entouré de ses techniciens et donc co-auteur du scénario, Sébastien Vaniček a su composer et négocier avec suffisamment d’ardeur pour imposer sa vision. De fait, à l’issue d’une séquence inaugurale qui renvoie à l’ouverture très brutale des deux précédents opus et tisse un lien direct avec le chapitre cinq, Evil Dead Burn prend ses marques tout en s’inscrivant dans l’héritage de la saga, mêlant évidemment séquences horrifiques et gores, entre réalisme et décalage grossier, qui ont fait le sel de la saga. La tonalité globale de cet acte six ne prête pas nécessairement à la rigolade, mais quelques détails et pas de côtés l’ancrent dans une approche quasi absurde (la séquence des funérailles, au bruit des marteaux-piqueurs, grand moment de gêne, ou encore les sorties de la grand-mère sénile). Le réalisateur et son scénariste se sont fait plaisir, et cela se sent à travers chaque image. On ne peut nier que cet épisode propose tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un Evil Dead, tout en l’agrémentant d’un discours sociétal un peu vénère.
Toxic Avenger
Vaniček et Bernard déroulent également ce qui sera le cœur de cet épisode, sa raison d’être même : un discours sans détours sur les violences conjugales, la toxicité masculine et l’emprise familiale. Trois aspects souvent liés et ici réunis en un bloc dramatique qui infusent toute l’histoire, ses rebondissements, ses dialogues et mêmes ses twists. Un sujet socialement « brûlant » que les auteurs du film n’agitent pas comme une toile de fond prétexte à se donner bonne conscience, mais qu’ils portent à bras le corps deux heures durant, sans infléchir leur position, comme catalyseur de la véritable agressivité du métrage. Associer un sujet aussi furieusement d’actualité à des débordements sanglants propres à la franchise sans tomber dans la vulgarité crasse n’était pas une entreprise gagnée d’avance. Evil Dead Burn s’en sort remarquablement, grâce à l’approche de ses concepteurs. Le savant dosage de Vaniček et Bernard, déjà à l’œuvre avec une justesse comparable dans Vermines, fait de cette greffe un élément moteur de la réussite d’Evid Dead Burn. Cette plongée de l’héroïne dans l’environnement infernal de sa belle-famille se noue au sein d’une scène de dîner aussi étouffante et anxiogène que mémorable. Le déchaînement qui en découle est l’occasion pour le réalisateur de libérer les chevaux et de laisser libre cours à ses instincts de cinéaste et technicien désormais chevronné.
Car Evil Dead Burn est un ride de cinéma horrifique au sein duquel Sébastien Vaniček multiplie les audaces visuelles, entre un plan séquence immersif lui aussi mémorable (et malheureusement éventé dans la bande-annonce), une caméra nerveuse qui accompagne les personnages dans un mouvement circulaire entre les murs et le plafond d’une salle de bain, une scène folle à l’intérieur de l’espace confiné d’une voiture, des plans inversés iconiques… Evil Dead Burn est un tour de force technique. Et horrifique. Vaniček avait annoncé vouloir faire un film qui fait mal. Là encore, le contrat est rempli. Ce sixième opus est, avec celui de Fede Alvarez, le plus douloureux de tous. A quelques encablures du Torture Porn, le film ne lésine pas sur les effets de maltraitance corporelle, signifie plein cadre des blessures et démembrements impressionnants (l’appui-tête dans la gorge), le tout, à grand renfort d’effets physiques. Ce grand huit viandard ne serait rien par ailleurs sans l’investissement assez incroyable de l’ensemble de son casting. Mention spéciale à Souheila Yacoub (Dune 2), investie corps et âme dans cette descente aux enfers, et toujours ultra crédible dans le rôle de l’héroïne.
Ashes to ashes…
Malgré toute la volonté et l’énergie affichées dans le film, Evil Dead Burn n’est cependant pas exempt de défauts. Le film souffre de quelques scories, à commencer par le choix d’une photographie grisâtre/cendrée assez morne et donnant parfois des airs de DTV au rabais. Au même titre que ces flashbacks intempestifs qui viennent surligner à gros trait un propos sur la masculinité toxique qu’on avait déjà bien saisi. Vraiment pas nécessaire. Enfin, si le film s’avère généreux à outrance, jusqu’à sa durée de près de deux heures, cela ne se fait pas sans quelques soucis de rythme, et un climax en roue libre et sur des rails plus classique (bien que spectaculaire) qui dénote un peu avec tout ce qui a précédé.
En dépit de ses imperfections, ce Evil Dead Burn est bien le film choc attendu. Gore, brutal, douloureux, le film de Sébastien Vaniček ajoute un côté mal-élevé qui n’en a cure de la bienséance (chien et enfant ne sont pas épargnés) et propose un ride violent et virtuose très impressionnant. La plus grande victoire de Sébastien Vaniček et Florent Bernard est d’avoir su conserver leur âme et leur approche artistique au sein d’une franchise déjà bien codifiée. Un incroyable morceau de cinéma horrifique !







