LE MASQUE DE CIRE

M.D.C. : Maschera di cera – Italie – 1997
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Sergio Stivaletti
Acteurs : Robert Hossein, Valery Raymond, Romina Mondello, Riccardo Serventi Longhi, Aldo Massasso, Gabriella Giorgelli, Umberto Balli, Gianni Franco, Antonello Murru…
Musique : Maurizio Abeni
Image : 1.66 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 98 minutes
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 11 septembre 2026
LE PITCH
1913, Rome, un nouveau musée de cire ouvre ses portes. Son attraction principale : la reconstitution d’horribles scènes de meurtre. Un jeune homme fait le pari avec un ami qu’il peut y passer la nuit, dans l’ignorance que la statue de Méduse décapitée par Persée va le tétaniser de terreur. Devant son cadavre, la police conclut à un infarctus. Au rythme des morts violentes et disparitions, à la grande satisfaction de son propriétaire, le sculpteur Boris Volk, le musée se remplit. Celui-ci étant un maniaque du travail bien fait et du détail, ses statues présentent une texture étrangement réaliste…
Dernière représentation
Film témoin des derniers sursauts d’une grande école du cinéma d’horreur italien, Le Masque de cire a surtout marqué son temps par la réunion de deux légendes du genre : Dario Argento et Lucio Fulci. Un film résistant, un peu vieillot aussi, sublimé par des effets gores à l’ancienne particulièrement généreux.
Longtemps Le Masque de cire aura été un véritable fantasme pour les nombreux amateurs de cinéma d’horreur, et plus particulièrement italien, qui en guettait la moindre avancée dans les pages de leurs revues préférées (en France, c’est bien entendu Mad Movies) fascinés par les possibilités alléchantes d’une collaboration inespérée entre les deux maitres du film d’horreur italien : Dario Argento et Lucio Fulci. C’était d’ailleurs une idée du premier, admiratif du travail de l’auteur de L’Au-delà et L’Enfer des zombis, qui voulait en profiter pour l’extraire du marché du DTV et de la série parfois limite Z dans laquelle il était tombé. L’un produirait, le second réaliserait et tous deux écriraient à quatre mains (plus l’aide de Daniele Stropaa) le scénario de cette variation autour du thème du musée de cire, célébré par le superbe classique d’André de Toth avec Vincent Price : L’Homme au masque de cire. Alléchant forcément. Malheureusement les soucis de santé de Fulci se font rapidement sentir et il est évident que le cinéaste est désormais incapable de prendre en charge une telle entreprise. Il est alors écarté de la production, et décèdera quelques semaines seulement avant le début du tournage, faisant effectivement de Le Masque de cire le dernier film portant d’une façon ou d’une autre sa signature. Un peu en catastrophe, c’est alors à Sergio Stivaletti qu’échoue les commandes du métrage, permettant au grand spécialiste des effets spéciaux et maquillages (Demons, Atomic Cyborg, Opéra, Dellamorte Dellamore…) de passer pour la première fois à la réalisation.
Figés pour l’éternité
Position pas évidente, fortement marquée par l’héritage des deux grands noms accolés à l’affiche, mais Stivaletti s’en sort plutôt pas mal, préservant de Fulci une certaine fascination pour les excès sanglants et la profanation des corps, mais s’inscrivant plus ouvertement dans l’héritage plus « élégant » d’Argento en célébrant une esthétique gothique tendance rococo qui annonce directement le Fantôme de l’opéra que le producteur est en train justement de préparer pour l’année suivante. Comme ce dernier, Le Masque de cire est un film en forme d’anomalie pour cette fin des années 90 marquée par l’arrivée du néo-slasher Scream de Wes Craven. Il choisit pourtant de revenir à une certaine idée du cinéma d’épouvante en costumes, un rythme se voulant plus romantique et une atmosphère légèrement surannée, tout en explorant une esthétique Grand Guignol totalement assumée croisant la théâtralité de l’époque et des lieux décrits (le fameux musée de cire) avec une nette propension à l’érotisme et au gore le plus démonstratif. Spécialiste des effets chocs, parfaitement épaulé par le petit français Benoit Lestang (Baby Blood, Le Pacte des loups, Martyrs…), Stivaletti n’y va avec le dos de la cuillère cadrant les cœurs arrachés, les mains coupées et la gorge tranchées avec un certain sadisme et s’emportant même vers quelques visions assez délirantes lorsque la véritable nature de l’artiste Boris Volk sera révélé. Quelques images de synthèse pataudes se mêlent à la fête mais on notera une très belle composition entre effets numériques et maquillages à l’ancienne lorsqu’une pauvre prostituée se fait vider de sa substance puis remplir d’un étrange sérum la maintenant en vie telle une statue. Cruel !
S’il est difficile de résister au charmes deux actrices principales (Gabriella Giorgelli et Valery Valmond), c’est bien entendu le retour de l’acteur et metteur en scène Robert Hossein au figures inquiétantes de ses débuts qui marque le plus. Lui qui n’avait pas hésité à signer et interpréter en 1965 un étonnant Le Vampire de Düsseldorf, incarne un monstre tragique avec une belle emphase.
Un peu hors du temps, coincé entre une certaine tradition et une volonté de modernisme qui se heurte à une production assez bis (le jeu est très inégal, les dialogues pas toujours des plus fins, le script trop prévisible…), Le Masque de cire ne sera malheureusement pas l’évènement attendu. Il reste cependant, comme le sympathique Le Fantôme de l’opéra de Dario Argento qui lui ressemble décidément beaucoup, l’un des derniers éclats d’une tradition déclinante d’un certain cinéma d’horreur italien qu’on a tant aimé.
Image
Sidonis propose ici la restauration importante proposée il y a quelques années par les équipes de Severin Films. Un travail de restauration effectué à partir d’un scan 4K des négatifs originaux. On est formellement très loin ici des anciens masters vidéo, la copie affichant des couleurs vives et contrastées, des noirs solides et bien tenus et une définition surprenante de précision. Mais sans doute à cause de diverses retouches visuelles et de quelques images à la définition moins basse, le studio a aussi été un peu obligé de tempérer le grain initial et d’utiliser quelques filtres pour homogénéiser le tout. On note parfois un mélange de lissage et d’accentuation des contours qui peut donner quelques images au rendu plus artificiel.
Son
Comme les films italiens de la grande époque, Le Masque de cire a été tourné avec des acteurs de différents horizons, s’exprimant dans différentes langues et avec différents accents. Pas de véritable version originale donc même si pour le contexte la version italienne correspondrait le mieux. Celle-ci est cependant assez plate dans son mixage avec de curieux échos métalliques sur certains dialogues. On lui préfèrera alors la proposition française, postsynchronisée par les acteurs hexagonaux (dont Robert Hossein bien entendu) qui offre un rendu nettement plus dynamique, naturel avec même un jeu bien plus convaincant.
Interactivité
L’édition français du Masque de cire a malheureusement perdu dans la traversée de l’atlantique la totalité des excellents bonus (documentaires, interviews…) produits pour le Bluray US. Reste donc un livret making of exclusif et une longue présentation du film par le vétéran de la critique bis Christophe Lemaire. Plus calme qu’à l’accoutumé il revient sur la naissance du projet et ses accents gores, mais il s’attache surtout à faire le portrait du copain, et génie des effets spéciaux, Benoît Lestang, parti bien trop tôt. De quoi aussi donner quelques anecdotes sur les coulisses d’une production compliquée et manquant cruellement de moyen.
Enfin les vieux de la vieille auront leur petit moment de nostalgie avec la présentation éclair de Jean-Pierre Dionnet enregistrée à l’époque pour la diffusion du film dans le cadre de la programmation incontournable du Quartier interdit sur Canal +. C’est là que la plupart avaient effectivement pu enfin visionner le « dernier » film de Lucio Fulci.
Liste des bonus
Un livret (24 pages), Présentation du film par Christophe Lemaire (40’), Présentation du film par Jean-Pierre Dionnet (3’).







