POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS

Per un pugno di dollari – Italie – 1964
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Western
Réalisateur : Sergio Leone
Acteurs : Clint Eastwood, Gian Maria Volonté, Marianne Koch, Wolfgang Lukschy, Mario Brega, Sieghardt Rupp, Joseph Egger, Antonio Prieto…
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 9 septembre 2026
LE PITCH
Deux bandes rivales, les Baxter, trafiquants d’armes, et les Rojo, qui font de la contrebande d’alcool, se disputent la suprématie et la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger, vêtu d’un poncho, arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois, à la grande joie du fabricant de cercueils Piripero.
Les mains pleines
C’était pour beaucoup un simple pastiche de western, un divertissement vulgaire et violent signé par un certain Bob Robertson et avec en figure central une crapule mal fagotée interprétée par jeune américain inconnu, un certain Clint Eastwood. Le film c’est bien entendu Pour une poignée de dollars et n’en déplaise à la critique de l’époque, ce fut une authentique révolution.
1963, cela fait déjà quelques années qu’une certaine idée du western européen existe, venant combler le vide laisser par une école américaine désormais presque entièrement tournée vers la télévision. Les allemands, les espagnols et même les italiens ont déjà livré quelques évocations fantasques, pas toujours des plus mémorables venant copier les grands classiques et se faisant bien souvent passer pour d’authentiques productions US. Pour son premier western Sergio Leone ne dérogera pas à la règle signant le film sous un pseudo, comme tous ses collègues ritals. Il a cependant des ambitions nettement plus importantes que la plupart de ses homologues de l’époque et surtout une passion totale pour cette culture américaine, vécue comme un vent de fraicheur après une enfance passée dans l’Italie de Mussolini. Assistant plébiscité par ses pairs, venus achever quelques péplums d’autres avant de signer un Colosse de Rhode nettement plus enthousiasmant que le veut la légende, il peut enfin s’adonner à un genre qui lui parle vraiment avec le western. Même s’il avouera toujours l’influence qu’a sur lui ses origines italiennes, via les fumetti, la comedia del’arte ou les spectacles de marionnettes siciliennes, il est totalement habité par les grands films noirs et les westerns de John Ford. Il faut en effet beaucoup d’amour pour être capable de faire exploser comme ici les codes habituels du genre et surtout dépasser allègrement la représentation plutôt sage du modèle américain tout en réveillant constamment à l’écran toute la force mythologique du genre. Et tout ça en s’appuyant fortement sur un film de sabre japonais, le Yojimbo d’Akira Kurosawa.
Y en a sous le poncho !
Une sorte de melting pot d’influences qui font naitre une nouvelle branche du cinéma populaire : le fameux western spaghetti. Un monde de l’ouest plus crasseux et brutal que jamais, où la moralité à définitivement foutu le camps au profit de l’appât du gain et du pouvoir, personnifié par des hordes de truands s’étripant en pleine rue au grand désespoir d’une population pas toujours innocente, effacée, silhouettes témoignant d’un théâtre baroque dans lequel semble se fondre à merveille un « homme sans nom ». Un mercenaire froid et taiseux, manipulant les deux clans ennemis moins pour sauver la veuve et l’orphelin que pour renflouer ses comptes et satisfaire son attrait pour le chaos. Un regard ironique, cruel aussi sans doute, porté par le talent de ce jeune acteur venu outre-Atlantique et simplement connu pour son rôle récurrent dans le très populaire Rawhide, mais affublé ici d’une barbe de six jours, d’une veste en peau de mouton mal taillée et d’un poncho en laine qui va rapidement devenir iconique. Une figure inédite dans le genre mais qui, comme beaucoup d’autres éléments du film, va rapidement être copié par une horde de productions opportunistes. A commencer par cette âme opératique construite par le rythme volontairement lent de la caméra, les surcomposition de plans, l’utilisation d’un espace symbolique, l’étirement de l’action et les envolées lyriques et épique d’un Ennio Morricone qui réinventent totalement l’espace sonore du western. Habillé de cloches, de voix, de sifflements, de cordes et d’une guitare électrique qui s’élève comme pour glisser une certaine mélancolie dans la truculence des personnages et des situations, la partition vient souvent habiter l’espace, lui donner son pouls, son identité et son rythme soulignant l’évidence de la collaboration entre le maestro et Leone.
Comme un monde nouveau qui nait encore et toujours devant nos yeux, Pour une poignée de dollars surprend par la maturité totale de cette transformation d’un genre ultra codifié et l’éclosion imposante d’artistes jusque-là peut connus (Leone, Morricone, Eastwood mais aussi le fabuleux Gian Maria Volonté en chef de gang), et qui fascine toujours autant par cette rigueur stylistique, cette inventivité constante alliée à un immense sens du spectacle et du divertissement populaire. Du grand art, déjà.
Image
C’est au tour de la France de proposer enfin le nouveau master 4K de Pour une poignée de dollars. Ici l’éditeur ESC Films reprend le travail effectué par Arrow Vidéo à partir de scans des négatifs 35mm (et divers d’autres éléments pour combler les trous et servir de références couleurs) effectués au studios L’Immagine Ritrovata à Bologna. L’image a ensuite été dument nettoyée, stabilisée et réétalonnée pour offrir une véritable seconde jeunesse au film. Que l’on ne s’y trompe pas, quelques fluctuations persistent forcément, quelques passages sont plus atteints par un grain parfois agressif, mais clairement le film n’a jamais été aussi beau avec ses sublimes reflets argentiques, ses textures organiques, sa profondeur surprenante et un traitement des couleurs Dolby Vision qui développe généreusement la chaleur de la photographie et les variations de teintes.
Son
Non effectivement l’édition de propose pas la version italienne pourtant dispo chez certains de nos voisins. Même si cela est dommage, on peut toujours rétorquer que comme souvent dans le cinéma italien de cette époque, il n’y a pas véritablement de vo et que seule la piste anglaise permet de profiter de la voix de Clint Eastwood. La version doublée en français d’époque est elle bien entendu présentée ici avec elle aussi un DTS HD Master Audio 2.0 restant très fidèle au mono d’origine et un DTS HD Master Audio 5.1 qui tente de disséminer quelques ambiances arrières, de donner un peu plus de peps’ aux musiques, mais sans vraiment que cela soit renversant.
Interactivité
ESC Films entame l’édition des trois premiers westerns de Sergio Leone avec comme il se doit Pour une poignée de dollars présenté dans un coffret luxueux et élégant avec boitier cartonné, steelbook à l’intérieur, livret exclusif, affiche et belles photos. Mais l’édition n’est pas qu’un joli objet, loin de là, puisqu’elle propose un contenu éditorial franchement imposant s’étalant sur l’ensemble des quatre disques fournis.
Le disque réservé justement aux bonus reprend tous les suppléments présentés sur les anciennes éditions DVD et Bluray de la MGM avec l’interview d’archive, mais franche, de Clint Eastwood, le portrait de la collection d’un collectionneur maladif et surtout le retour sur ce fameux prologue tourné avec Harry Dean Stanton et une doublure de Eastwood de dos afin de donner des motivations plus acceptables au personnage. Il reprend aussi les segments proposés par Arrow Video pour sa propre édition avec des interviews de l’historien Fabio Melelli, du biographe de Morricone Alessandro de Rosa, du guitariste Bruno Battisti et du réalisateur et camarade de virée nocturne de Leone Paolo Bianchini. Tout ce petit monde revient sur les ambitions du film, sont implacable modernité, ses bouleversement annoncés, mais aussi délivrent de nombreuses anecdotes sur la place prépondérante de la musique et la personnalité du cinéaste. On y découvre aussi un petit trésor avec un montage de plus d’une trentaine de minutes d’images filmées dans les coulisses du tournage, ou de rushs de diverses séquences, montrant sans le son mais avec une belle restauration, l’atmosphère du plateau.
ESC Films a aussi préservé et sous-titré les deux commentaires audios de critiques et historiens du cinéma avec d’un coté Christophe Frayling et Tim Lucas, qui rivalisent d’informations sur la production, le style et l’impacte du métrage quitte à se répéter forcément l’un et l’autre. Ces derniers sont disponibles sur les disques UHD et Bluray du film, aux cotés d’une longue conversation réunissant Jean François Rauger, Frédéric Mercier et Raphaëlle Pireyre, ravis de pouvoir discuter de leur fascination pour le film, de revenir sur son utilisation du montage, de l’espace et des cadrages, sur la relation entre Léone et la mythologie américaine et la construction atypique du protagoniste. Passionnant avec des réflexions cinéphiliques qui vont plus loin que les habituelles présentations standards. L’analyse se poursuit d’ailleurs avec Frédéric Mercier seul pour deux études de séquences qui effectivement approfondissent bien le propos.
Exclusivité du coffret en présence, le dernier disque Bluray est celui du documentaire Sergio Leone : Une Amérique de légende réalisé par Jean-François Giré qui offre un très beau travelling de l’œuvre du monsieur en s’appuyant sur diverses interviews d’archives (dont une savoureuse du réalisateur en français) afin d’explorer sa vision très particulière, entre fantasmes et lucidité, du continent américain. Le film est d’ailleurs lui-même accompagné de ses propres bonus (interviews supplémentaires, retour sur la musique…).
Liste des bonus
1 affiche collector, 10 photos d’exploitation, 1 Livret 60 pages, 1 reproduction du dossier presse d’époque, Commentaire audio avec le biographe de Leone et historien, Christophe Frayling, Commentaire audio avec le critique et historien, Tim Lucas, « Pour une poignée de westerns – Épisode 1 » : Discussion avec Jean François Rauger, Frédéric Mercier et Raphaëlle Pireyre (55’), Analyse de séquences par Frédéric Mercier : L’arrivée au village (7’) & Le duel final (9’), « Quand tout a commencé » avec l’historien Fabio Melelli (13’), « Quatre doigts, quatre notes » avec le guitariste et compositeur Bruno Battisti D’Amario (15’), « Le vent et le feu » avec le biographe d’Ennio Morricone, Alessandro De Rosa (16’), « Une nuit au cinéma » avec le chef opérateur Paolo Bianchini (12’), « Pour une poignée de rushs » : Images inédites de tournages (36’), « La mélodie du dollar selon Ennio » : Etude de l’historien de la musique Lovely Jones (22’), « Les archives de Christophe Frayling » (18’), « Un nouveau genre de héros » (22’), « Quelques semaines en Espagne » : Entretien avec Clint Eastwood (8’), « Pas prêt pour le Prime Time » (6’), Prologue TV Américain (7’), « 1964 – 2004 : les décors avant/après » (5’), « Tre Voci (Trois voix) » (11’), « Restauration à l’italienne » (5’), Bandes-annonces, Bluray du film Sergio Leone – Une Amérique de Légende (70’) et ses bonus (Entretien avec le réalisateur Jean-François Giré, Quelques mots de Gianni Garko, Ernesto Gastaldi, Giancarlo Santi, Rencontre avec Pecos El Francès, Un guitariste à Rome joue du Morricone).







