LUNE ARTIFICIELLE

Espagne – 2026
Genre : Fantastique
Dessinateur et scénariste : Coke Navarro
Nombre de pages : 168
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
Dans une mégalopole dystopique où les nuits sont trop sombres et les journées trop longues, Bucket Boy et Bobby Shinobi, deux ados, tuent le temps comme ils peuvent. La nuit ils se lancent des défis urbains, entre pratique du ninjutsu et Parkour sauvage au-dessus des toits. Mais quand une start-up de la tech annonce la mise en orbite d’une mystérieuse « Lune Artificielle » destinée à éclairer la Terre en continu, tout bascule…
C’est beau une ville la nuit
Illustrateur espagnol créant des posters de cinéma alternatif, des pochettes d’albums, des couvertures pour les comics Tortues Ninja ou des concept arts pour la saga Assassin’s Creed, Coke Navarro propose pour la première fois en France un album complet. Un voyage graphique marquant et spectaculaire.
Pour qui a déjà jeté un œil sur ses divers travaux, peintures, gravures et autres affiches, il est évident que Coke Navarro possède une identité très marquée et une maitrise impressionnante des lignes et de la dynamique dans l’espace. Beaucoup lui associent forcément l’école manga par cette sensation constante de mouvements et d’authentique références visibles et c’est d’autant plus vrai dans cet album au noir et blanc jouant des ombres et des trames, comme pouvaient l’être les œuvres du maitre Katsuhiro Otomo. Il n’est pas le seul nom qui plane dans l’esprit à la lecture de Lune Artificielle, puisque la propension aux contours anguleux, aux mélanges d’hyper-réalisme et de décrochages cartoon et surtout ce découpage dans l’image de mouvements séquentiel s’inscrivent directement dans la descendance de Will Eisner et de son plus doué des héritiers : Frank Miller. Pas étonnant que ce dernier vienne directement le soutenir en quatrième de couverture, les illustrations pleines pages montrant le héros bondir d’un bâtiment à l’autre et multiplier les pauses renverraient presque à un Daredevil brutaliste, tandis que la mythologie japonisante affleurante n’est jamais loin dans son futurisme du chef d’œuvre Ronin.
Ninja du bitume
Le talent de Navarro est de réussir à digérer tout cela et surtout de réussir à ne jamais s’y faire ensevelir. Avec une narration presque planante, il semble saisir des instants de vie curieux dans une mégalopole d’un monde à venir où les étoiles n’ont jamais semblé aussi loin. Le « héros » Bucket Boy, adolescent dont on ne verra jamais le visage, parfois poursuivi par d’étranges diablotins facétieux, est un adepte de la philosophie ninja et un génie du parkour, passant tout son temps à s’entrainer (pour qui ? pour quoi ?) en s’enfonçant dans la nuit, à la fois témoins et esprit insaisissable de la ville. Un peu rageux cela dit, car son acolyte de toujours semble justement se désintéresser de ces épopées nocturnes, obnubilé par l’annonce du lancement d’un satellite permettant d’éclairer les rues comme en plein jour. Tandis que l’un expose tous les tenants et aboutissants de cette « avancée » scientifique, se perdant en explications mathématiques, l’autre préfère poursuivre son rêve et déambuler en apesanteur. Les planches sont souvent superbes, admirablement construites et évocatrices, mais on sent parfaitement, comme l’explique l’auteur dans sa postface, qu’il s’est laissé emporté par son histoire et son imagination au gré des pages. Lune artificielle n’a donc pas vraiment d’histoire, de début ou de fin, et le propos s’avère particulièrement nébuleux, libre certes mais aussi bien souvent assez hermétique.
Pas sûr alors que tous les lecteurs y trouvent vraiment leur compte, et on n’est pas loin dans cet objet d’un cahier graphique expérimental plutôt qu’un roman graphique véritablement construit… mais les talents de l’artiste sont absolument indéniables.




