LE FILS DE L’OGRE

France – 2026
Genre : Aventure
Dessinateur et scénariste : Éric Stalner
Nombre de pages : 104
Éditeur : Grand Angle
Date de sortie : 2 septembre 2026
LE PITCH
Cévennes, 1743. Pour arracher son bébé à la cruauté de son père, le baron de Lazes, surnommé l’Ogre, Héloïse se jette d’une falaise avec l’enfant. Elle périt, mais le nourrisson survit par miracle. Recueilli par Guillaume-Paulin Valdéran de Langre, noble déchu devenu bandit de grand chemin, il grandit sous le nom de Baptiste. Mais au château de Lazes, l’Ogre réclame son héritier et organise une traque impitoyable pour le retrouver…
Pour un garçon
Après L’Oiseau rare et Bertille & Bertille, Eric Stalner, ici seul à la plume et aux pinceaux, continue sa collaboration avec l’éditeur Grand Angle pour un grand récit d’aventure à l’ancienne. Mais les Cévennes de Louis XV n’empêchent certainement pas un peu de modernité.
C’est l’un de nos grands vétérans de la BD, œuvrant dans le milieu depuis plus de quarante ans et accumulant les publications avec régularité et savoir-faire pour des séries comme La Croix de Cazenac, La Liste 66, Voyageur, Le Roman de Malemort et de nombreux one-shot. Pourtant malgré cette productivité, l’artiste impressionne encore et toujours par le grand soin qu’il apporte à ses planches. Ici la reconstitution de la France du XVIIIe siècle est admirable de détails, architecturaux et naturalistes, soulignant autant la crédibilité d’un contexte historique que l’attrait pour les atmosphères romanesques et une fascination liée aux vieilles pierres et la beauté de la nature. Costumes, drapés, meubles, accessoires, tout est fait pour plonger, sans lourdeur ni démonstration, dans un récit qui n’a pas la rigidité du théâtre en costume. On sent les personnages vivre et le scénario s’emballer pour cette belle rencontre entre un voleur de grand chemin façon Robin des bois et un petit garçon repêché dans les eaux. L’homme solitaire et l’enfant dans le besoin, où bien entendu le second a finalement la faculté de sauver le premier de sa misanthropie, sert de point d’appui à ce Fils de l’Ogre, qui explore cette France encore tiraillée par les tensions entre catholiques aux pouvoirs et protestant chassés ou aux mieux tolérés.
L’antre de la bête
Le fameux Ogre, est un aristocrate énorme, brutal, sans morale et totalitaire qui tient toute la région d’une main de faire, faisant régner la peur et la mort. Il a même poussé son épouse au suicide, préférant jeter son fils dans la rivière plutôt que de le voir devenir comme ce paternel sadique. Presque un monstre échappé d’un conte ou d’un film gothique, que l’auteur réussit à rendre aussi terrifiant que pathétique. Le duel entre les deux hommes est inévitable et inégal, mais Guillaume a de la ressource et des alliés, tandis que le Baron de Lazes dissimule une pression familiale déviante. Tout en mettant en image les phénomènes d’oppression et de persécution, et en décrivant les injustices qui habitent la France avant la Révolution française, Éric Stalner, comme un jeune homme, construit un album qui veut avant tout se laisser emporter par le souffle de l’aventure, jamais très loin des grandes sources littéraires (Dumas & co.) ou des grands films de cape et d’épée d’autrefois. Les évènements sont toujours en mouvements, les dangers se rapprochent inlassablement, les poursuites et duels se multiplient, et même dans les moments de calme, les dangers et les émotions sont omniprésents. On apprécie d’ailleurs que la rédemption du héros, où en tout cas son retour à une certaine proximité avec les autres grâce au regard naïf du bambin, ne tourne pas à la facilité ou la caricature. Que ce soit sa relation avec la dame qui lui a toujours servi de nourrice ou la jolie demoiselle à peine sortie de l’adolescence qui vient l’aider à garder l’enfant, les relations s’attendrissent mais essentiellement par les non-dits, les regards et les attitudes. Beaucoup de finesse là aussi.
De belles qualités clairement pour une bande dessinée à grand spectacle, pleine d’action, de suspens qui s’inscrit dans la grande Histoire avec pertinence et flamboyance. Une réussite.



