ACE WO NERAE !

エースをねらえ! 劇場版 / Jeu, Set et Match ! – Japon – 1979
Support : Bluray
Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Osamu Dezaki
Acteurs : Makoto Kôsaka, Nachi Nozawa, Masako Ikeda, Katsuji Mori, Masako Sugaya, Gorô Naya…
Musique : Kôji Makaino
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français, Anglais, Portugais, Italien…
Durée : 88 minutes
Editeur : Tanuko
Date de sortie : 20 mai 2026
LE PITCH
Hiromi Oka est inscrite dans le prestigieux club de tennis du lycée Nishi. Avec son amie Mako, elle y joue sans grande prétention. Comme ses autres camarades, elle est fan de la talentueuse et rayonnante Reika Ryūzaku, surnommée « Madame Butterfly ». Mais l’arrivée d’un nouvel entraîneur, Hitoshi Munakata, bouleverse les habitudes du club. En imposant un entraînement très rude à l’équipe, Munakata décèle un grand potentiel en Hiromi. Mais ce choix soulève de l’incompréhension et de la jalousie.
Love & Raquettes
Manga de sport toujours culte au Japon, Ace Wo Nerae, n’était connu par chez nous que sous la forme de sa première série animée, déjà très novatrice, sous le titre Jeu, Set et Match ! Un classique que beaucoup considèrent pourtant comme inférieur à sa version cinéma, toujours signée par le grand Osamu Dezaki (Space Adventure Cobra, Golgo 13, Black Jack…) et qui est enfin visible chez nous grâce à une superbe édition signée par les passionnés de Tanuko.
Comme beaucoup de grands titres de l’animation japonaise, Ace Wo Nerae est en premier lieu un manga à succès, imaginé par l’artiste Sumika Yamamoto au sein de la revue shojo mythique Margaret. Une célébration des sentiments de l’héroïne adolescente, de la transfiguration par le sport reflétant directement le nouvel éveil du Japon au cours des années 70, accompagné comme il se doit de tous les charmes du shojo de l’époque, romances et paillettes dans les yeux compris. Une esthétique et une légèreté (le manga comportait de nombreuses scènes humoristiques) avec laquelle Osamu Dezaki et ses camarades du studio Madhouse avaient déjà pris certaines distances pour les épisodes de leur adaptation télévisée, poussant plus loin le réalisme du récit, mais aussi développant des expérimentations visuelles inédites pour l’époque (les fameux freeze-frame en crayonnés) et dont on retrouvera directement des traces dans les suivants Rémi sans famille ou L’île au trésor. Mais ce n’est qu’avec le temps et les rediffusions que l’anime convainc vraiment et la TMS décide de passer à la vitesse supérieure que cinq ans plus tard. Alors que la mangaka à repris la publication de son titre, le producteur propose une nouvelle série intitulé Shin Wo Nerae reprenant à nouveau les premiers chapitre de l’histoire avec une approche plus fidèle au matériau d’origine, mais aussi la mise en chantier d’un véritable long métrage animé. Et non une compilation d’épisodes comme cela se faisait souvent.
Droit au filet
L’occasion pour Osamu Dezaki d’accéder enfin au grand écran mais aussi de définitivement s’approprier l’univers et ces personnages. Retrouvant son célèbre et incontournable cara designer et directeur d’animation Akio Sugino (déjà présent sur Ashita No Joe) et le directeur artistique Shichirô Kobayashi (Le Château de Cagliostro, L’œuf de l’ange, Utena…), il inscrit totalement les évènements dans le Japon contemporain, annonçant le tournant des années 80, faisant baigner le métrage dans les chansons pops de l’époque, mais surtout en laissant son héroïne Hiromi Oka et sa meilleure amie, se promener dans les rues de Yokohama, de jour et de nuit, capturant admirablement l’effervescence de cette génération. Le rapprochement avec le réel se fait aussi par l’utilisation de multiples techniques novatrices, voir presque expérimentales, combinant des travellings multiplants avec des éléments de films ou des effets de lumières réels ajoutés par-dessus les cellulos. Frappant et en adéquation avec ce portrait sincère d’une gamine de 15 ans propulsée nouvel espoir du tennis dans son lycée à son corps défendant, devant apprendre à se dépasser et à s’imposer aux autres. La rudesse des matchs et des confrontations avec les camarades, contraste par leur énergie et leurs couleurs avec les quelques moments de calmes capturés dans sa chambre, d’un blanc éclatant, où la gamine se laisse aller à quelques considérations personnelles et à sa fragilité.
Jeu décisif
Les fameux matchs de tennis sont alors moins l’acte centrale du film que la prolongation de cette chronique de la jeunesse, où tensions, passions et affirmations viennent directement aiguiller, ou non, la victoire. Mouvements découpés en images fixes, variations du nombre d’images utilisés pour l’animation, split-screen, superpositions des points de vue, flashback et effets « vidéos » viennent donner corps à des rencontres plus psychologiques que physiques. En particulier dans ce grand final haletant et spectaculaire par l’inventivité constante de sa mise en scène et sa monté crescendo. Il faut dire qu’à l’instar d’Hayao Miyazaki et son adaptation de Lupin III (Le Château de Cagliostro) et Rin Taro avec celle de Galaxy Express 999, sortis tous deux la même année, Osamu Dezaki fait de Ace Wo Nerae ! une œuvre éminemment personnelle avec cette esthétique plus sèche, voir sombre, et moderne, mais aussi en mettant l’accent sur le personnage du coach Munakata, figure dure et intransigeante, qui vit dans le film ses derniers jours (il est atteint d’une leucémie) et projette sur la protagoniste de nombreuses douleurs et traumatismes personnels qui ne seront expliqués que lors de la final du tournois. Un apport dramatique certains qui pousse le film vers un ton résolument plus adulte et tragique, un véritable passage à l’âge adulte pour Hiromi.
Plus qu’un dérivé du manga d’origine, Ace Wo Nerae ! , le film, est devenu avec le temps un authentique classique du cinéma d’animation japonais, loué pour ses performances techniques, ses choix de mise en scène et son atmosphère unique qui capturait à merveille l’air de son temps. Un modèle pour de nombreux futurs grands de l’animation qui lui rendront régulièrement hommage, que ce soit dans les nombreuses séries de sports qui suivront (Olive & Tom compris) où d’autre titres plus inattendus comme le Gunbuster de Hideaki Anno.
Image
Tanuko poursuit son excellent travail en fournissant à nouveau une très belle copie pour ce classique de l’animation japonaise. La source a été admirablement nettoyée, ne laissant plus filtrer que quelques rares traces d’anciens défauts de pellicules, toujours très discrets, qui de toute façon s’intègrent parfaitement dans une restauration qui a fait l’effort de préserver les matières cinéma et les textures celluloïds. Le grain est bien présent, vibrant et organique, les argentiques persistent joliment et seuls finalement quelques plans travaillés avec des trucages optiques ou des effets de voilage volontaires, donnent lieu à une définition légèrement plus floue et neigeuse. De menus défauts, surtout qu’à coté les couleurs sont toujours pimpantes, les noirs bien profonds et les contrastes impeccablement gérés.
Son
Inédit en France, le film est donc proposé uniquement en version originale. La piste originale profite d’un DTS HD Master Audio 2.0 qui reste très franc et frontal dans ses intentions, mais agréablement équilibré avec des dialogues toujours clairs, des effets bien placés (idéal pour les matchs) et des musiques bien mises en valeur. Aucune perdition ou décrochage à l’horizon. A noter en plus des sous-titres français, toute une batterie de sous-titres dans d’autres langues (anglais, italien, espagnol…) permettant la commercialisation du coffret dans de nombreux pays.
Interactivité
Trois ans après le premier coffret consacré à Golgo 13, Tanuko revient enfin avec une nouvelle édition évènement, cette fois-ci consacré à un autre film signé Osamu Dezaki : Ace Wo Nerae.
Naturellement le packaging reprend le même design avec un coffret carton solide accompagné d’un fourreau vertical contenant à l’intérieur une carte exclusive, un médiabook façon digipack avec quelques pages de textes qui présentent les origines du titre (manga, séries animées et film en question) et un livret plus complet de 75 pages. En plus d’une bonne moitié consacrée à des croquis et illustrations de production, l’ouvrage offre une plongée très complète dans l’œuvre avec une présentation du tennis en lui-même (règles, philosophe, impact au japon), un retour sur l’histoire des longs métrages animés japonais de 1958-1979 soulignant la prise de distance progressive avec le modèle télévisé et bien entendu une analyse très complète de l’œuvre en présence. Point de vue de cette nouvelle adaptation, mise en scène de Dezaki, designs et animations d’Akio Sugino et impact du film sont brassés avec pertinence et même en prime quelques morceaux d’interviews du cinéaste.
Enfin sur le disque Bluray lui-même, on peut retrouver une très belle galerie de celluloïds originaux, les différentes bandes annonces (dont celle du très attendu coffret Peace on Earth de Tezuka) et une présentation enthousiaste de Philippe Bunel qui synthétise efficacement ses différents textes en prose.
Liste des bonus
Livret de 76 pages, Mediabook de 12 pages, Carte exclusive, Présentation du film (12’), Galerie de celluloïds, Bandes annonces.







