OÚ EST PASSE TOM ?

France – 1971
Support : Bluray
Genre : Policier, Drame
Réalisateur : José Giovanni
Acteurs : Rufus, Alexandra Stewart, Jean Gaven, Paul Crauchet, Philippe March, Frédéric Santaya, Albert Augier, Lucie Arnold…
Musique : François de Roubaix
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 109 minutes
Éditeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 21 juillet 2026
LE PITCH
Tom Coupar, trente ans, fils d’une riche famille de chocolatiers suisses, a toujours cherché à se dévouer socialement. Lunaire, pacifique, amoureux de la nature, il vit à contre-courant de son époque meurtrière. Secrétaire de la S.L.O.P.P., il agit pour les prisonniers politiques. Mais un chef de police étranger, Anton Caras, haut-commissaire, leur barre le chemin au sujet de prisonniers détenus dans le plus grand secret derrière les murs d’une forteresse. TOM, personnage extra sensible, en fait peu à peu un point de fixation…
En mission
Dans la même fournée que le précédent Un Aller Simple, Coin de mire Cinéma remet en avant une autre oeuvre oubliée (et presque invisible) de José Giovanni : Où est passé Tom ? Un film d’aventure politique et mélancolique offrant, pour l’une des rares fois de sa carrière, un premier rôle à l’excellent acteur Rufus.
Tourné la même année qu’Un Aller simple, Ou est passé Tom ? marqua une seconde rupture avec la critique et le public pour José Giovanni. Non pas que les retours furent foncièrement mauvais, mais plutôt absents, marquant un lourd désintérêt. Il faut dire qu’après avoir faire reposer ses deux premiers grands succès de réalisateur sur les épaules plus que solides de Lino Ventura, le réalisateur propose à nouveau un film sans grande tête d’affiche. Aperçu dans l’introduction d’Un Aller Simple, Rufus passe ici au premier plan. Un visage bien connu du cinéma français, mais qui bien entendu par son look particulier et ses airs d’échalas très loin des canons de beauté habituels, n’a jamais pu vraiment prétendre à un rôle de premier plan. C’est pourtant ici l’homme idéal, offrant dans les premières séquences le portrait d’un brave bourgeois, Tom Coupar, qui occupe son ennui dans une associations d’aide aux prisonniers politiques. Mais le témoignage de certains militants et d’anciens prisonniers, ainsi qu’une profonde remise en question vont peu à peu l’amener à reconsidérer son pacifisme et même le motiver à partir en mission, seul, pour éliminer un haut-commissaire de la dictature voisine.
Une transformation d’autant plus fluide, que les nombreuses séquences accompagnant son entrainement dans les montages des Pyrénées, ses séances de chasses, puis les quelques poursuites et cascades risquées, reflètent les véritables conditions physiques de Rufus. Féru d’escalade comme José Giovanni d’ailleurs qui retrouve là une trop belle occasion pour se laisser aller à sa mise en scène naturaliste, valorisant les paysages montagneux, la beauté animale et une certaine forme de pureté lointaine.
L’homme providentiel
Un récit et un cadre de film d’aventure, qui fait inévitablement penser au précédant Le Rapace dans son récit entièrement habitué par la mission, presque aveugle et terriblement solitaire, d’un homme pour assassiner un meneur fasciste. Mais si dans le premier Ventura incarnait un mercenaire, professionnel et sure de lui confronté peu à peu à une certaine humanité, Ou est passé Tom ? en serait presque le chemin inverse, discutant constamment des sacrifices auxquels doit s’adonner une juste cause et de la réalité de l’héroïsme. Giovanni questionne ici la pertinence de la violence face à la violence, capture sans trop de mystères l’état de décrépitude des dernières heures du régime franciste, mais aussi la facilité avec laquelle tout un chacun peut tomber dans la barbarie et le culte de la mort. Plus drame psychologique que pur film d’action, le métrage est aussi une nouvelle occasion pour José Giovanni de se confronter à certain des vieux démons de sa jeunesse (la haine, la violence et la tentation de la collaboration…). On lui pardonnera alors quelques maladresses stylistiques (les effets de montages des rêves de Tom sont relativement datés), un intérêt limité pour une romance qui n’ira jamais plus loin que la simple symbolique virile et un rythme général qui aurait clairement gagné à être plus musclé. Rien qui explique en tout cas l’échec commercial du film et sa longue disparition des écrans.
Après cette deuxième œuvre profondément personnelle (même si elle est adaptée d’un roman de Série noire What Have They Done to You, Ben ? signé Bill Reade) collégialement boudée, José Giovanni changera définitivement son fusil d’épaule et se tournera vers un cinéma plus fermement populaire et commercial, ouvrant le bal avec le fameux La Scoumoune, d’après son propre roman et avec la méga star Jean-Paul Belmondo.
Image
Coin de mire fait toujours de son mieux pour dégotter les meilleures copies possibles. Ici difficile de faire mieux que cette superbe restauration 4K effectuée en collaboration avec TF1 Vidéo à partir des négatifs 35mm originaux. La netteté de l’ensemble est ce qui frappe le plus, le relief de l’image et le ciselé des contours étant très loin des rares copies croisées par inadvertance, surtout que les couleurs légèrement douçâtres et l’élégance des argentiques sont parfaitement respectés tout du long. On notre aussi une très belle maitrise du grain et des noirs, profonds et intenses.
Son
Le mono d’origine a été joliment rafraichi et restauré pour l’édition offrant un confort d’écoute inédit pour ce métrage. Les dialogues sont très clairs et bien disposés, les ambiances naturelles et équilibrées, et le DTS HD Master Audio 2.0 assure une belle portée aux thèmes entêtants de François de Roubaix.
Interactivité
Comme le veut la tradition chez Coin de mire, le film peut être visionné avec un avant programme reproduisant les fameuses grandes séances cinéma d’autrefois. Ça débute avec les actualités de la 41e semaines de 1971 qui profite d’un défilé populaire du 1e octobre pour revenir sur les conséquences de la Guerre Civile Chinoise et la prise de pouvoir communiste en 1949. On enchaine avec une grande campagne pour sensibiliser à la vaccination contre l’épidémie de grippe, à priori particulièrement virulente, et un reportage sur les festivités entourant les 2500 ans de la monarchie d’Iran. Après la bande annonce de La Veuve Couderc (bien entendu disponible dans la même collection), on passe aux très attendues réclames cinéma célébrant tour à tour les incontournables glaces Miko, les montres Timex, Air Inter, les collants Dim ou les cigarettes Kent au filtre cancérigène (mais ça, ce n’est pas dit dans la pub). On trouve aussi un spot pour les bières Skansen qui permettent de retrouver une nouvelle fois Gérard Jugnot dans l’une de ses nombreuses apparitions de ses débuts.
Coin de mire a encore mis la main sur deux petites archives télévisuelles consacrées au métrage. Le premier est un plateau télé où Giovanni et l’actrice Alexandre Stewart viennent présenter le film, discutant de l’implication de Rufus et des scènes alpines dangereuse ainsi que du traitement de la violence dans le récit. Le second montre très brièvement le réalisateur en plein tournage.
On retrouve aussi une nouvelle fois le journaliste suisse Julien Comelli pour proposer une nouvelle présentation assez complète du film. Les petites filmographies de chacun, la place de l’objet dans les carrières respectives, quelques anecdotes intéressantes (le premier projet d’adaptation du Ruffian, l’intérêt partagé de Rufus et Giovanni pour l’escalade…), et l’intervenant souligne aussi le parallèle évident avec le premier film du réalisateur, Le Rapace.
Liste des bonus
La Séance complète (15’), « Le Droit de tuer ? » : Document de Julien Comelli, Interviews de José Giovanni et Alexandra Stewart (8’). José Giovanni sur le tournage en extérieur dans les Pyrénées orientales.





