AFFLICTION

États-Unis, Canada, Japon – 1997
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Paul Schrader
Acteurs : Nick Nolte, James Coburn, Sissy Spacek, Willem Dafoe, Mary Beth Hurt, Brigid Tierney, Holmes Osborne, Jim True-Frost…
Musique : Michael Brook
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 114 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 1 septembre 2026
LE PITCH
Au cœur d’un hiver rude dans le New Hampshire, l’officier de police Wade Whitehouse, enquête sur la mort d’un riche entrepreneur au cours d’une partie de chasse lors de laquelle un ami de Wade était guide. Bien que ce dernier parle d’un accident, Wade doute de la véracité des faits. Durant ses investigations, ce sont ses propres traumatismes ainsi que sa vie personnelle en pleine déliquescence qu’il doit affronter et surtout l’ombre d’un père tyrannique et alcoolique….
Veillée funèbre
Soutenu par la critique mais oublié par le public, le 12eme long métrage réalisé par Paul Schrader (Hardcore, American Gigolo, La Féline…) est cependant l’un des plus importants de son œuvre. Un film plus noir que noir, et un faux polar en forme de lente descente aux enfers qui laisse flotter une sensation bien amère, même après le clap de fin.
Il est vrai qu’Affliction est un film assez mal aimable, construit en slow burn avec un rythme plus lancinant que tendu, travaillant une mise en scène constamment sèche, âpre et resserrée, toujours collée aux basques du policier raté Wade Whitehouse, que tout le monde, ou presque, semble mépriser. Un pauvre type, jouant les agents de circulation et les paillassons pour le maire et les riches de ce patelin du New Hampshire (le film fut cependant tourné au Canada pour ses paysages enneigés), la démarche de biais, le corps imposant et pataud et la diction marmonnant. Nick Nolte est parfait dans le rôle, signant là l’une de ses meilleures prestations, réussissant constamment à rendre le personnage pathétique, touchant et fragile comme un enfant dans un corps de géant, mais aussi constamment inquiétant par cette colère furieuse qui semble poindre, par cette violence profonde qui émane de ses regards et de ses attitudes. Wade aimerait se réinventer détective, presque un héros, en enquêtant sur ce qui ressemble à un curieux accident de chasse pouvant déboucher sur un véritable complot des nantis qui voudrait transformer la petite ville en station hivernale. Tous les codes du film noir sont affleurants, mais comme une certaine forme de fantasme, une réalité que se réinventerait le protagoniste au bout du rouleau.
La messe est dite
La question ici n’est donc plus de savoir s’il résoudra le mystère (le spectateur lui a déjà son idée depuis un moment), mais à quel moment, il finira par littéralement décompenser et exploser à l’écran… comme le craint, impuissante la douce Sissy Spaceck, compagne qui aimerait encore y croire. Lui reste une figure absolument tragique qui semble constamment harcelé par ceux qui devraient le soutenir, que ce soit un frère absent mais faisant office de narrateur (Willem Dafoe, magique pour quelques scènes) le renvoyant peut-être sans le vouloir dans sa paranoïa extrême, son ex-femme et sa propre fille qui ne font que le rejeter scènes après scènes et surtout ce père, terrible, machiste, brutal et maltraitant qui revient dans sa vie par la force des choses. Un monstre du quotidien, renvoyant à toute une éducation viriliste américaine, incarnée par un James Coburn magistral, méritant largement son Oscar du meilleur second rôle, qui impose comme nul autre une notion d’enfermement et d’emprisonnement terrifiant. Comme souvent, Schrader ne laisse aucune porte de sortie à sa figure centrale, éléphant blessé et hanté déambulant hagard dans un magasin de porcelaine, bousculant tout, s’excusant constamment, mais sombrant irrémédiablement dans la douleur, la détresse et une folie le tiraillant dans sa chair sous la forme d’une rage de dent entêtante. Affliction est véritablement construit comme un piège, un espace clos et sans horizon où tout à déjà été programmé, annoncé, situation dont la victime semble être parfaitement consciente dès les premiers plans. D’où certainement ce regard absolument désespéré qu’il jette sur son existence et ce poids terrible qui lui pèse visiblement sur le dos.
La même année sortait sur les écrans le Copland de James Mangold, autre polar contemporain à la trajectoire parallèle, offrant une belle revanche à un Silvester Stallone humilié par ses paires, passant de larbin à lanceur d’alerte retrouvant son identité. Chez Schrader aucun chance, les dés restent pipés jusqu’au-bout et un fait divers restera toujours un fait divers. Triste.
Image
La copie source utilisée ici n’est pas bien vieille (deux ans à peine) mais elle est tout de même largement perfectible. Produit selon Shout ! à partir d’un scan 2K des négatifs, le master affiche une restauration incomplète ou parcellaire en tous cas, laissant passer encore pas mal de spots blancs, de restes de griffures et même une ou deux « brûlures de cigarettes ». Le grain est lui aussi assez aléatoire, apparaissant et disparaissant au grès des bobines. Heureusement le traitement des couleurs est plutôt homogène et fait oublier les teintes rosées de certains vieux DVD et le piqué général est tout à fait honorable.
Son
Reprenant les stéréos d’origines, les pistes DTS HD Master Audio 2.0 anglaise et française affirment des mixages assez sobres mais tout de même dotées d’une certaine énergie et profitent d’un équilibre dialogue/effets/musique tout à fait appréciable. La piste DTS HD Master Audio 5.1 anglaise développe plutôt efficacement les ambiances arrières, donnant plus de présence aux décors, mais garde les dialogues et les effets sur l’avant.
Interactivité
L’Atelier d’image fait ici mieux que l’éditeur américain en permettant déjà de revoir la featurette d’époque, certes bien courte et promotionnelle, mais qui au moins permet d’apercevoir quelques images du tournage et d’entendre quelques bribes d’interviews.
Forcément nettement plus complète, la présentation du film par Samuel Blumenfeld, sert de parfaite remise en contexte, brassant les thèmes et les schémas récurrents chez Schrader, soulignant les connections entre le cinéaste et le romancier Russell Banks, révélant les choix narratifs osés du métrage, l’utilisation des acteurs et la mise en image d’une population modeste américaine en droite ligne d’un cinéma américain déclinant. Comme souvent avec le monsieur c’est assez intéressant et abordable dans les analyses.
Liste des bonus
Présentation par Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde (30’), Making of (5’), Bande-annonce.







