TOUT L’OR DU MONDE

France – 1961
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : René Clair
Acteurs : Bourvil, Alfred Adam, Philippe Noiret, Claude Rich, Colette Castel, Annie Fratellini, Nicole Chollet, Max Elloy…
Musique : Georges Van Parys
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 85 minutes
Éditeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 21 juillet 2026
LE PITCH
Outré par le bruit et la pollution des villes, Victor Hardy, homme d’affaires, décide d’acheter le petit village de Cabosse ainsi que tout son canton, et de spéculer sur l’eau de la fontaine, aux prétendues vertus de longévité. Mais il se heurte au vieux Mathieu, un paysan obstiné, et ses fils, qui refusent de vendre…
De l’eau dans le gaz
Le réalisateur enchanteur René Clair (Sous les toits de Paris, La Beauté du diable, Les Grandes Manœuvres…) prend la clef des champs et célèbre la vie simple et bucolique dans une comédie gentiment satirique où Bourvil se paye le luxe de multiplier les rôles.
Presque plus que le film en lui-même, la fameuse préface de la publication du scénario complet de Tout l’or du monde est devenu célèbre dans les milieux cinéphiles pour sa défiance affichée à l’idéologie affirmée de La Nouvelle Vague naissante. Le cinéma de René Clair, comme beaucoup de ses camarades artisans de la même génération (Duvivier, Marcel Carné…) ont été relégué dans une certaine idée d’un cinéma hexagonal vieillissant par les Cahier du cinéma, et l’arrivée d’œuvres modernes et innovantes comme Les 400 coups ou A Bout de souffle, menacent effectivement une certaine idée du cinéma populaire (qu’il n’arrivera jamais à faire disparaitre bien entendu). Clair est parfaitement au fait de ces bouleversement lorsqu’il imagine cette nouvelle réalisation, qu’il annonce comme un simple divertissement, une comédie légère sans conséquence, conçue uniquement pour faire passer un bon moment aux spectateurs. Le choix d’offrir le rôle principal au comédien Bourvil est dans cette optique totalement logique, lui qui trustait encore les auteurs du box-office local grâce à son talent et sa simplicité affichée. Il ne fend même ici d’un double rôle (même un troisième mais surprise…), en incarnant à la fois le vieux paysan misanthrope et sensible de la gâchette Mathieu Dumont, et son fils Toine, brave berger taiseux et naïf, tout deux placés sur le chemin de deux hommes d’affaires venus de la capitale. C’est surtout leur maison qui gène d’ailleurs, désormais située en plein milieux d’un grand plan de restructuration du village en centre de vacances promettant la jeunesse éternelle.
Quelques gouttes de bonheur
Le film joue alors certainement de pas mal de baffes, de quelques coups de pieds au cul entre deux charges de fusil à sel, tire abusivement sur la corde des amours contrariés et se construit souvent comme une succession de sketchs montrant les multiples tentatives des deux arnaqueurs en beaux costumes pour faire signer la vente du bien. Mais derrière les gags et les situations parfois très théâtrales à souhait, on ne peut qu’apprécier une attaquante évidente contre un certains monde contemporain. Clair a beau s’en défendre, Tout l’or du monde est habité par une vision d’auteur et un message moteur. Il n’est pas loin du pamphlet fustigeant la course à la modernité, les dégâts provoqués par un libéralisme de plus en plus envahissant et soulignant l’effet dévastateur que peuvent avoir les promesses de conforts auprès des petits gars de la campagne. Sortant pour la première fois du cadre contrôlable des studios, le cinéaste entraine sa caméra à l’extérieur (mais euh ce ne serait pas un peu « nouvelle vague » ça ?) afin de mieux jouer des contrastes entre le calme et les paysages de la petite bourgade oubliée par le temps, et un Paris nettement plus bruyant, agité et impersonnel. Si le long détour à la capitale alourdit un peu le rythme, elle offre cependant un regard presque précurseur sur les petits liens douteux entre le monde du spectacle et la presse people, tout en scrutant le ridicule publicitaire et l’illusion télévisuelle.
Il n’est pas rare que Tout l’or du monde fasse mouche, souvent amusant, souvent touchant (la petite Annie Fratellini n’y est pas pour rien), et si le spectacle est plein de faiblesses, la personnalité de Bourvil entraine facilement les plus récalcitrants. Il faut dire qu’il est aussi aidé à la besogne par deux jeunes acteurs émergents, un Philippe Noiret nettement plus vitupérant et emporté qu’à l’accoutumé, et un Claude Rich déjà tout en venin secret, formant un trio assez irrésistible de drôlerie.
Image
On est quand même rarement déçu avec Coin de mire ! Voici encore une restauration de très grande qualité, produite en collaboration avec TF1 Vidéo à partir de nouveaux scans des négatifs originaux. L’image a été méticuleusement nettoyée, les cadres solidement raffermis et l’ensemble offre désormais une netteté particulièrement généreuse et un noir et blanc aux contrastes éclatants. Le grain est bien présent et délicatement géré, tandis que les argentiques reviennent en force après de longues années d’absence. Superbe.
Son
Sobre, le mono d’origine a cependant lui aussi été restauré et offre une clarté nouvelle dans les dialogues et restitue parfaitement leur énergie initiale sans aucune perdition à l’horizon.
Interactivité
La séance revient avec cette fois-ci en avant programme des actualités datant de la 44eme semaines de 1961, brassant (entre autres) les soucis rencontrés par les voyageurs parisiens à cause d’une grève des transports, une vaccination globale de la polio en Angleterre, les dégâts radioactifs provoqués par les tests nucléaires russes ou un survole (historique !) de Berlin coupée en deux par le fameux mur. Après la bande annonce de Tracassin (disponible dans la même collection), on enchaine avec les habituelles réclames de la belle époque avec les parfums Moustache, les sweaters Vitos (même pas besoin de les repasser !), les caramels Isicrem, la lingerie Scandale et quelques spots comme on en ferait plus sur les cigarettes : « Toutes les femmes devraient offrir les cigarettes Marigny à leur mari ! » … et le cancer qui va avec aussi sans doute.
L’éditeur propose aussi du coté des bonus plus « classiques » deux documents d’archives, l’un montrant les coulisses du film avec de courtes interventions de René Clair, Bourvil et Alfred Adam, l’autre montrant une intervention télévisée de Bourvil revenant sur sa relation avec René Clair. Grand habitué de l’éditeur, Julien Comelli revient pour une présentation assez complète du film (origines, acteurs, anecdotes…) mais aussi une occasion de rappeler la relation tendue que pouvait avoir René Clair, et par extension les collègues Renoir, Carné et Duvivier, avec La Nouvelle Vague. Il y parle forcément de l’Avant Propos présenté sur la publication du scénario du film, dans lequel le cinéaste règle ses comptes avec la jeune garde et réaffirme son attrait pour le cinéma à vocation divertissant. Le texte est présenté et lu en intégralité dans le dernier bonus de cette édition.
Liste des bonus
La séance complète (25’), « Les Grands Maîtres » : Document de Julien Comelli (14’), Interview de René Clair, Bourvil et Alfred Adam sur les lieux du tournage (4’), Interview de Bourvil (3’), Avant propos : Le Monde de René Clair par Erwan Legac (4’).





