SCARLET ET L’ÉTERNITÉ

果てしなきスカーレット – Japon – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Mamoru Hosoda
Acteurs : Mana Ashida, Masaki Okada, Masachika Ichimura, Kôji Yakusho, Yutaka Matsushige…
Musique : Taisei Iwasaki
Image : 2.35 16/9
Son : Dolby Atmos Japonais, DTS Master Audio 5.1 Japonais, anglais, Français, Allemand…
Sous-titres : Français, Anglais, Allemand, Arabe…
Durée : 111 minutes
Editeur : Sony Pictures
Date de sortie : 15 juillet 2026
LE PITCH
Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l’épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts. Elle va croiser la route d’un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l’aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu’un monde sans rancœur ni colère est possible.
La princesse perdue
Certainement le cinéaste d’animation le plus fascinant depuis Hayao Miyazaki, Mamoru Hosda (La Traversée du temps, Le Garçon et la bête…) fait désormais évènement à chaque nouvelle sortie. La reconnaissance est désormais mondiale, mais derrière le déploiement visuel et l’assurance de l’auteur, on sent poindre depuis le précédent Belle une grâce en voie de perdition…
Propulsé rapidement comme héritier de l’école Ghibli et nouvel espoir du cinéma d’animation japonais, Mamoru Hosoda a certainement imposé sa marque en abordant des sujets graves et complexes (la mort, l’abandon, la jalousie, le poids familial…) avec une éblouissante simplicité faite de légèreté, d’émotion et d’une admirable justesse. Que Les Enfants loups reste sont œuvre la plus connue et la plus plébiscitée n’est pas un hasard, et on y rattachera le trop souvent négligé Miraï, ma petite sœur où le voyage dans le temps (encore et toujours) permettait simplement de créer un lien entre un frère et une sœur en devenir. Un petit miracle en soi, qui soulignait admirablement la grâce et la simplicité avec laquelle le cinéaste pouvait aborder les concepts les plus surprenants (même combat avec l’ébouriffant Summers Wars d’ailleurs). Avec Scarlet, comme finalement avec le précédent Belle, c’est comme si les ordres de valeurs s’étaient inversés. Plus assuré commercialement, le cinéma de Hosoda se fait plus spectaculaire que jamais, multipliant les tableaux fastueux, les visions impressionnantes, tandis que la proximité avec un cinéma épique s’aligne sur une progressive mise en avant des éléments produits en images de synthèse (tout le centre de l’histoire est ici conçu en 3D Cell shadé) au détriment de l’animation traditionnelle (reléguée au scènes « historique », absolument sublime).
« Tuer ou ne pas tuer »
Si le dispositif et l’opposition entre les deux esthétiques ne manquent pas de pertinence, ils dénotent aussi d’un léger affadissement du traitement. Le film déborde en effet des thématiques et réflexions habituelles de l’auteur, accompagnant le voyage initiatique douloureux de la belle princesse bafouée au cœur d’un purgatoire hors du temps, mais elles sont systématiquement annoncées avec pesanteur par des dialogues lourds de sens, des symboliques répétitives et surtout constamment mises au premier plan. Peuplé de soldats échoués sur les champs de batailles, d’un dragon vindicatif transpercé de lames, d’innocents à protéger et d’un guide énigmatique (pas tant que ça) faisant office de voix de dieux, ce théâtre mental n’est la que pour mettre à l’épreuve l’héroïne et éprouver autant sa posture que son désir de vengeance. Didactique, un peu lourdingue dans sa célébration du pardon et le rejet d’un monde en guerre, Scarlet en oublie la délicatesse des sentiments (ceux qui lient la princesse avec ce gentil infirmier venu de l’époque contemporaine) et l’implication d’un spectateur à qui on lâche enfin la main. Entaché de grand monologues significatifs, d’un final dont la naïveté confine à une certaine mièvrerie pompeuse, Scarlet n’est certainement pas un mauvais film, mais peut-être celui où Hosoda touche le plus au cœur, trop engoncé dans l’impériosité de son discours.
Reste de magnifiques séquences rejouant le Hamlet de Shakespeare avec une intensité permise par une 2D époustouflante, quelques tableaux cauchemardesques renvoyant volontairement à l’esthétique de jeux vidéo et une simple danse haïtienne enchantant quelques instants une caravane perdue au milieu du désert. Celle-ci rappellent plus encore que l’imaginaire d’Hosoda mérite encore et toujours que l’on s’efforce de s’y abandonner.
Image
Cas plutôt rare, Scarlet a été produit en 2K par le Studio Chizu. Le transfert se fait alors très naturellement vers le disque Bluray avec une image limpide, puissance, détaillée et colorée. Pour le disque UHD il s’agit dès lors d’une upscale, mais extrêmement soignée, venant apporter grâce au débit du support une image nettement plus creusée et fine, avec une tenue générale bien solide. Le fossé n’est pas vertigineux mais la différence se fait étonnement au niveau de la palette de couleurs avec un rendu plus vif et chaud sur le Bluray, plus sombre, froid et intense sur l’UHD. A chacun de choisir dès lors sa préférence.
Son
Plus que jamais, il faut privilégier si possible la piste originale japonaise qui certes tranche parfois avec le contexte de l’histoire (le royaume du Danemark) mais assure la meilleure interprétation mais aussi le mixage sonore le plus ample et le plus impressionnant. Le Dolby Atmos est une merveille de spatialisation jouant avec ferveur sur la profondeur de l’espace, l’étrangeté des paysages et le sens épique de l’émotion. Spectaculaire et vibrant, une vraie réussite talonnée par la version française DTS HD Master Audio 5.1 plus qu’honnête.
Interactivité
Les mêmes suppléments sont proposés sur les deux disques de l’édition… sans doute parce qu’ils ne prennent vraiment pas beaucoup de place. Quelques belles explorations des storyboard ou des différentes recherches visuelles (ça s’appelle plus ou moins une galerie d’image) et une courte interview du réalisateur sont le maigre programme à se mettre sous la dent. D’autant plus décevant que la rencontre avec le réalisateur se concentre sur une ou deux séquences et gardent un ton plus promotionnel qu’analytique. Vraiment dommage.
Liste des bonus
Entretien avec Mamoru Hosoda (8′), Tests d’animation (2′), Galerie d’art (15), Galerie d’art conceptuel par Tadahiro Uesugi (11′), Comparaison film/storyboard (VO sous-titres anglais) : Aux portes (2’), Vengeance (5’).







