UN ÉTÉ CHEZ GRAND-PÈRE

冬冬的假期 – Taiwan – 1985
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Hou Hsiao-Hsien
Acteurs : Wang Chi-Kuang, Li Shu-Chen, Lin Hsiu-Lingg, Chen Bor-Jeng, edward Yang, Li-Yin Yang…
Musique : Edward Yang
Durée : 98 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin dolby digital 1.0 mono
Sous-titres : français
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 7 juillet 2026
LE PITCH
Les grandes vacances ont enfin sonné pour le jeune Tung-tung, qui vient de terminer l’école primaire. Sa petite sœur Ting-ting et lui ont prévu de quitter la capitale Taipei pour passer l’été chez leurs grands-parents, dans la campagne taïwanaise. Sur le chemin de la gare, les enfants passent dire au revoir à leur mère à l’hôpital, avant que celle-ci ne subisse une opération. À leur arrivée au village, Tung-tung se lie rapidement d’amitié avec les enfants des environs.
Saison de vie
Carlotta continue son exploration du cinéma asiatique pour nous régaler de films que l’on pensait introuvables. Aujourd’hui, direction Taïwan pour découvrir l’une des premières œuvres maîtresses d’une figure majeure du cinéma taïwanais, Hou Hsiao-Hsien.
Un été chez grand-père est, nous dit la bande-annonce, le film précurseur de Mon voisin Totoro. Cette accroche est pour le moins surprenante et a largement de quoi piquer notre curiosité. L’histoire suit deux enfants obligés de partir à la campagne chez leur grand-père. Leur maman, malade, est à l’hôpital avec un avenir incertain. Arrivés à l’autre bout du pays, les enfants (dont une petite fille qui a tout de la Mei du film de Miyazaki) vont s’acclimater à leur nouvelle vie et apprendre à s’occuper entre un papy grincheux et leur nouvelle bande de copains.
Si Hou Hsiao-Hsien est le maître d’œuvre derrière la caméra, le cœur du film appartient davantage à sa scénariste, Chu Tien-Wen. Grande figure de la littérature locale et engagée politiquement pour la reconnaissance de Taïwan, son pays, cette femme cultivée va croiser le destin du réalisateur, au passé de garçon turbulent. Ensemble, ils charpenteront le film comme une succession de capsules de vie, chacun y insérant les souvenirs de ses années passées comme autant de vignettes narratives.
Confrontation
Un été chez grand-père est tourné à une époque où Taïwan est toujours sous la loi martiale. Il faut encore attendre quatre années afin que le pays puisse commencer à respirer plus librement. Si le film n’en fait pas son sujet principal, certains passages permettent d’en constater le climat. La scène d’introduction nous montre une enfant livrant un discours vraisemblablement formaté, dicté de façon très solennelle devant un parterre de parents et d’élèves. Une séquence très contrastée avec la suite du métrage, qui se déroule à la campagne chez le grand-père du titre. Médecin, il semble davantage privilégier ses patients que sa famille. Une autre façon déguisée de montrer l’attachement au communisme chinois, où le « peuple » prime sur l’individu. Mais le metteur en scène préfère se concentrer sur ces derniers. Et plus particulièrement ici, sur les plus jeunes.
Comme souvent, le monde de l’enfant a cette capacité à se lier plus facilement aux autres que celui des adultes. Hou Hsiao-Hsien s’amuse à confronter ces deux mondes comme autant de scénettes. L’univers du jeu pour les premiers, l’influence de jeunes malfrats sur les adolescents pour les seconds et le milieu formaté et sérieux des adultes. Le film sera souvent dans cette opposition. Le sujet culminera avec une scène moralement importante où un personnage psychologiquement fragile, vite marginalisé par la société, sauvera une petite fille d’une mort certaine. Événement suspendu comme une anecdote de vie, aidant les enfants et les spectateurs à grandir, à modifier leur point de vue, touchant du bout des doigts le passage de l’enfance vers une plus grande maturité. Le cœur du film est là.
Un été chez grand-père, sous ses aspects inoffensifs, rappelle l’universalité de l’individu, le besoin de chérir ses moments de jeunesse, de crier à la liberté avant de se faire happer par le temps et les drames de la vie.
Image
Pour un film invisible, Un été chez grand-père a le bonheur de sortir avec un nouveau master restauré en 2K. Inévitablement, cela se ressent sur le rendu des images. Naturalistes, les contrastes sont suffisamment solides pour convaincre, notamment dans les plans larges sur les champs, même si parfois le grain a tendance à paraître un tantinet numérique.
Son
Une seule piste son est présente ici, soit la version originale en Dolby Digital mono. Ce n’est pas un problème, tant le film arrive à faire revivre les ambiances de l’époque. La dynamique est suffisamment bien travaillée pour se laisser prendre tranquillement à la vie de ces enfants dans ce monde trop grand pour eux
Interactivité
Jean-Michel Frodon, critique de cinéma et professeur associé à Sciences Po, intervient ici pour un éclairage des plus pertinents. Derrière le film se cache la Nouvelle Vague du cinéma taïwanais, dont le journaliste nous explique les implications politiques en rapport avec ce mouvement. Des propos fort utiles qui procurent un autre éclairage au film.
Liste des bonus
« Un monde sans douceur » : Entretien avec Jean-Michel Frodon (23′), Bande-annonce 2025 (1′).







