PEAU DE BANANE

France, Italie, Allemagne de l’Ouest – 1963
Support : Bluray
Genre : Policier, Comédie
Réalisateur : Marcel Ophüls
Acteurs : Jean-Paul Belmondo, Jeanne Moreau, Claude Brasseur, Jean-Pierre Marielle, Gert Fröbe, Paulette Dubost, Alain Cuny, Charles Regnier…
Musique : Ward Swingle
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 98 minutes
Editeur : Coin de Mire Cinéma
Date de sortie : 21 juillet 2026
LE PITCH
Pour se venger des deux hommes d’affaires véreux qui ont ruiné son père, Cathy demande à un tandem d’escrocs et à son ex-mari de leur rendre la monnaie de leur pièce. Pas aussi facile qu’il y paraît car la fine équipe commence par se tromper de cible avant que certains ne décident de filer avec le magot…
Les arnacoeurs
Divertissement léger pour cette comédie vaguement criminelle signée par un Marcel Ophüls bien épaulé par un casting de rêve mené par Jeanne Morreau et Belmondo et quelques futurs grands noms du cinéma français en coulisses.
Fils du grand Max Ophüls, Marcel a réussi à imposer son propre nom dans le paysage du cinéma français en signant des documentaires forts et importants autour de la France occupée (Le Chagrin et la pitié), les accords de Munich (Munich ou la peau pour cent ans) ou sur la figure de Klaus Barbie (Hôtel Terminus). On en oublie alors souvent dès lors que le réalisateur a fait ses premières armes comme les autres du coté de la fiction, et même du coté de la comédie enjouée et enlevée. Retour donc au début des années 60 où, après un segment pour le film à sketch L’Amour à vingt ans, le jeune réalisateur hérite d’une assez grosse entreprise avec ce Peau de banane, énième relecture très libre d’un roman publié dans la collection Série noire (Nothing in her way de Charles Williams) qui va connaitre de nombreuses réécritures dont celle d’un fameux scénariste de secours appelé Claude Sautet. L’idée ici est de proposer une comédie à l’américaine, une aventure sophistiquée où s’entremêlent les plans des uns et des autres, où tous ces grands professionnels de l’arnaque passent leur temps à se mentir, se trahir et se rabibocher et où bien entendu les deux têtes d’affiches jouent de regards, de petits pics verbaux et de grands moments de séduction pour nous faire gentiment frémir. Rien de bien original là-dedans ou de vraiment surprenant, et certainement que la fameuse vengeance annoncée par le personnage de Jeanne Morreau, dont le père a été poussé à la ruine par d’autres lorsqu’elle était enfant, aurait mérité d’avoir plus de mordant et de hargne pour élever un peu les enjeux.
Tickets gagnants
Sans doute parce que madame pousse joliment la chansonnette dans un authentique intermède musicale (Embrassons-nous), parce que Belmondo n’a pas peur d’offrir un faux accent allemand absolument désastreux et que l’affaire voit passer deux autres filous de la trempe de Claude Brasseur et Jean-Pierre Marielle : comme son titre l’indique, Peau de banane ne se prend jamais vraiment au sérieux, favorisant les petites joutes verbales et les filouteries faisant tomber deux hommes d’affaires (dont l’incontournable Gert Fröbe) bien trop sûr d’eux dans des filets pourtant terriblement voyants. Le charme des 60’s, l’air des plages de Camargue ou des riches hôtels du Nice de la belle époque, le swing jazzy qui sert de bande sonore, le jeune Bebel déjà cigare au bec… Tout est fait pour que le spectateur passe un bon moment sans prise de tête. Marcel Ophüls ne s’en sort pas si mal, offrant une réalisation très efficace et plutôt élégante, avec juste ce qu’il faut de glamour, mais une déjà notable tendance à une caméra plus naturelle (quelques instants volés, les scènes silencieuses sur la plage…). Sans doute aussi que le réalisateur en herbe était particulièrement bien accompagné en coulisses puisqu’on pouvait y croiser les petits Claude Zidi et Costa-Gavras parmi ses assistants, et le déjà plus installé Claude Pinoteau en assistant réalisateur de première ligne.
Sans grande surprise, Peau de banane connaitra un joli petit succès en 1963 et poussera Marcel Ophûls à persister un temps dans cette direction grand public, mais l’expérience rencontrée sur le suivant Faites vos jeux, mesdames avec Eddie Constantine, œuvre de commande plus subie qu’autre-chose, le convaincra sans doute de revenir à ses vrais amours : le documentaire.
Image
Du Bluray qualité fraaaançaise ! Une nouvelle fois Coin de mire nous fournit une copie magnifique, avec une nouvelle restauration effectuée en collaboration avec Les Films du jeudi et à partir d’un scan 4K des négatifs originaux. Comme toujours le travail de nettoyage a été minutieux et délicat, assurant une propreté exemplaire alliée à un respect évident de la source. Le grain est toujours présent mais doux et naturel, les argentiques sont resplendissants et les contrastes noir et blanc pointus et solides.
Son
La piste sonore originale profite d’un DTS HD Master Audio 2.0 pour affirmer sa propreté et sa clarté. Les dialogues sonnent justes, les petits instants musicaux ne sont pas trop envahissants, et l’ensemble ne laisse passer aucun décrochage.
Interactivité
Peau de banane intègre comme il se doit la collection La Séance et propose donc en ouverture cette fameuse option qui ressemble tant à un saut dans le temps. Ici donc la possibilité de redécouvrir les actualités de la 42e semaine de 1963 s’ouvrant sur l’inauguration du stade olympique des J.O. de Tokyo, puis passant tour à tour sur le retour de Sugar Ray Robinson et son recueillement devant le cercueil d’Edith Piaf, un sujet sur les dégâts spectaculaires de la catastrophe de Vajont en Italie, le décès de Jean Cocteau et un appel au don pour les sinistrés d’un cyclone qui vient de ravager les Antilles. Au passage, le sujet sur les bienfaits de la France coloniale et de sa présence en Algérie, célébrant le paternalisme et l’effacement culturel, reste assez édifiant. Après un intermède sous la forme de la bande annonce de Le Meurtrier de Claude Autant-Lara (disponible dans la même collection) on passe aux nettement plus légères réclames d’époque pour les montres Kelton, les sauces Maggi, la bière La Meuse, les incontournables stylos Bic ou le premier rasoir électrique réglable de Remington. Le petit guest de la fournée est un tout jeune Patrice Laffont venant nous venter les bonbons Pschitt devant le fameux cinéma Ambassade.
Mais les bonus ne s’arrêtent pas là puisque l’éditeur a dégotté une courte interview promo de Belmondo en passage à Lille pour présenter le film. Il y parle brièvement du pitch et de son personnage et s’avoue, souriant, assez comblé par la vie. C’est ensuite le désormais habituel Julien Comelli qui prend la parole pour nous présenter le film à grands renforts de détails sur la longue adaptation du roman de série noire, les tracas d’un premier tournage pour Marcel Ophüls et les inévitables frasques de Belmondo et sa clique, à priori capables de retourner littéralement un grand hôtel. Il y parle aussi des œuvres les plus connus du cinéaste, à savoir ses grands documentaires aux sujets nettement plus lourds.
Liste des bonus
La séance (25’), « Du rififi en camargue » : Document de Julien Comelli (24’), Interviews de Jean-Paul Belmondo (3’).






