HYSTERIA

France – 2026
Genre : Fantastique
Dessinateur et scénariste : Elizabeth Holleville
Nombre de pages : 256
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 26 août 2026
LE PITCH
Après une rupture douloureuse, Garance, trentenaire et réalisatrice de films d’horreur, quitte Paris pour se réfugier dans le manoir décrépit de ses grands-parents, qu’elle n’a pas revus depuis l’enfance. Entourée de silence et d’objets figés dans le temps, elle sent renaître une inquiétante mémoire familiale, nourrie de rituels obscurs et d’un héritage maternel étouffant. Mais les ombres du manoir semblent vouloir autre chose d’elle…
In Utero
Après l’horreur écologique dans Immonde ! Elizabeth Holleville poursuit son avancée dans la bande dessinée fantastique avec Hysteria, récit terrifiant du féminin où l’esprit de famille et une inquiétante demeure incarnent un piège impitoyable aussi bien psychologique que surnaturel.
L’autrice ne le cache pas de pages en pages, de planches en planches, Hysteria est un album fortement habité par des références cinématographiques omniprésentes (quelques affiches, quelques constructions…) mais qui vont toutes plus ou moins dans une même direction. Celle d’un récit horrifique qui s’en prend directement à la nature féminine. Pas comme une simple victime à l’instar d’un slasher, mais bien comme un sujet central, presque d’étude, aussi bien dans son corps que dans les ambiguïtés de son esprit. Ainsi Garance, gardienne de musée pour raison alimentaire, et scénariste de film d’horreur par ambition, vient d’échapper à une relation foireuse et retrouve le célibat à ses 35 ans. Par nécessité elle doit renouer avec ses grands-parents et donc une famille qu’elle avait gardé à distance jusque-là, afin qu’ils l’hébergent quelques-temps dans leur riche domaine ancestrale. Après avoir dû assister à la romance passionnelle de sa meilleure amie, elle subit désormais les remarques déplaisantes de ses proches sur l’état de sa vie, sentimentale en particulier, et surtout son refus d’avoir un enfant. Un poids qui ne va cesser de s’alourdir, de l’envahir, de l’écraser, alors que les cauchemars (dérangeants et symboliques) l’empêchent de dormir paisiblement et que les mystères sur son arbre généalogique s’accumulent.
A corps offert
On pense ici forcément aux premiers films de Roman Polanski (Répulsions, Rosemary’s Baby…) dans cette folie intérieure, paranoïaque, qui ne cesse d’exulter d’un lieu fermé à l’autre, mais aussi au fastueux Suspiria de Dario Argento dans cette manière de donner une physicalité palpable à un mal sous-jacent, à un univers de sorcellerie de plus en plus poreux avec la réalité contemporaine. Jouant constamment sur des notions opposées et complémentaires, entre le réel et l’irréel, le surnaturel et le psychologique, l’esprit et le corps, Elizabeth Holleville donne naissance à une atmosphère profondément perturbante et inquiétante où on assiste à l’effritement de l’identité de Garance devant une mythologie païenne et ancienne et des décors aux contours arts-nouveaux qui tirent plus que jamais vers l’organique et la symbolique matricielle comme l’annonce clairement la couverture. C’est que sous couvert d’une forme de malédiction matriarcale, la BD donne surtout corps à une évocation hallucinée de l’injonction à la procréation, à ce regard constamment lancé à ces femmes qui ne font pas le choix de vies classiques (celui du couple, de la famille, de la descendance…), à ces remarques jugeantes ou condescendantes sur la solitude supposée et le manque de mise en valeurs des attributs de séductions et plus généralement à cette rupture à une certaine tradition familiale.
Hysteria est une lecture habile et révélatrice, très efficace dans sa construction et ses réseaux de symboliques diverses, qui surtout se marie parfaitement avec la patte graphique particulière de l’autrice. L’apparente fluidité des lignes, les couleurs et textures à la Charles Burns, les formes et contours où la simplicité tire cette fois-ci un peu plus vers le réalisme, et surtout ces traits toujours un peu instables, quêtant plus les atmosphères et les sensations que la beauté précise, finissent de proposer un voyage intime et horrifique tout à fait convaincant.




