BACKROOMS

États-Unis – 2026
Genre : Thriller, Science-fiction, Horreur
Réalisateur : Kane Parsons
Acteurs : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Ember Ambrose, Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell, Avan Jogia…
Musique : Kane Parsons et Edo Van Breemen
Durée : 111 minutes (version longue 127 minutes)
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 17 juin 2026
LE PITCH
Clark est un architecte raté, récemment divorcé et alcoolique, qui lutte pour maintenir à flot son magasin de meubles au bord de la faillite. Il consulte régulièrement sa psychologue, Mary Kline, elle-même marquée par des traumatismes d’enfance liés à l’agoraphobie de sa mère et à la destruction de sa maison familiale. Alors que Clark enquête sur des coupures de courant répétées et une facture d’électricité anormalement élevée, il est témoin de phénomènes électriques inhabituels qui le conduisent au sous-sol. Il y découvre une étrange fissure dans un mur et, en le traversant, se retrouve dans les Backrooms.
Dédales
Pour son premier long-métrage, le jeune réalisateur Kane Parsons signe avec Backrooms un coup de maître, à la gestion technique remarquable, et provoquant une angoisse sourde et viscérale. Une approche qui pourrait marquer le genre et faire école…
On le sait, le concept de Backrooms est né sur internet, YouTube plus exactement, et provient d’une série de photos et vidéos de style documenteurs explorant des lieux étranges, situés dans un entre-deux spatio-temporel indéfini, sorte de pièces vides et inoccupées semi-réalistes, jouant sur un léger décalage pour créer la tension, l’inquiétude, le malaise. L’adaptation cinématographique par Kane Parsons lui-même, jeune YouTubeur d’une vingtaine d’années, créateur de ce représentant des « creepypasta », sortes de légendes urbaines, joue avec la même jubilation et une angoisse identique sur la croyance du public pour ces espaces liminaires : et si c’était vrai ? Backrooms s’ouvre par une séquence en found-footage déjà diablement efficace, alors qu’elle plonge le spectateur dans un environnement totalement inconnu, suivant le point de vue d’un personnage pas moins mystérieux. A peine le film a-t-il débuté que déjà, on est paumé… mais accroché ! Ainsi, l’affaire est lancée. Avec une économie de moyens remarquable, le film a admirablement attrapé le spectateur par le col, par l’entremise d’éléments décalés : une mouette qui fait soudainement irruption et s’écrase contre les murs, des bruits angoissants, des meubles fusionnés avec les parois, et enfin l’apparition d’une silhouette menaçante. Pourtant, Kane Parsons choisit rapidement d’abandonner (temporairement) la caméra subjective pour déployer ensuite une mise en scène plus classique. Mais pas moins immersive et prenante. Comme s’il s’agissait pour lui de prouver que l’étrangeté de son concept pouvait survivre aux moyens immersifs et prétendus plus authentiques du found-footage. La présentation des personnages principaux (Clarke, sa psy, ses deux employés) est un modèle d’efficacité et de mise en place. Ce qui renforce l’immersion, au même titre que la présentation des trois ou quatre lieux de l’histoire. Et l’angoisse peut alors monter et fonctionner à plein régime.
La perte de repères
Ce n’est pas toujours simple d’expliquer pourquoi et comment un concept fonctionne. Celui de Backrooms se suffit en lui-même pour titiller l’intérêt du spectateur, l’intriguer. Parsons aurait pu s’en contenter, de manière un peu facile et paresseuse. Mais il assure de ne pas lasser en dépliant son intrigue avec une minutie qui force le respect. Pour cela, le réalisateur s’appuie sur une direction artistique remarquable, faussement simpliste et qui, au contraire, laisse à découvrir un environnement anxiogène et étouffant, au sein de ces bureaux et autres lieux désaffectés. Le travail sur le son est également brillant et essentiel, entre les bourdonnements de néons et autres variations sonores ambiantes, auxquelles s’ajoutent les musiques composées par Kane Parsons lui-même et Edo Van Breemen. Entre l’univers de David Lynch et les jeux vidéos, la plus grande réussite du film réside dans sa capacité à instaurer une anxiété horrifique et viscérale sans recourir massivement aux jump-scares. Qu’est-ce qui régit cet univers qui se déplie tel un labyrinthe sous nos yeux et face à nos cerveaux en ébullition ? On ne le saura jamais réellement. Alors que le film bifurque à sa moitié, un début d’explication psychanalytique semble sur le point d’être dévoilé, mais c’est pour mieux perdre le spectateur dans l’univers sensoriel horrifique des Backrooms. Capable de susciter l’effroi avec trois fois rien, ou en présentant plein cadre des créatures que seul un cauchemar peut façonner, Backrooms est un premier long-métrage d’une maîtrise assez folle, qui ouvre les perspectives cinématographiques en termes de gestion de l’espace, tout en mettant en abyme la direction artistique et la conception de ses décors, stupéfiants par leur fausse simplicité. Le film répond également à une forme d’angoisse actuelle liée à la déshumanisation et au sentiment d’aliénation sociale, tout comme il touche une corde sensible sur la solitude et la peur de l’échec.
La fin, très ouverte, s’avère suffisamment cryptique et mystérieuse, pour ne pas gâcher l’expérience. Au contraire. Et aussi ouvrir vers une suite inévitable. A noter l’existence d’une version plus longue de 16 minutes d’images post-générique, qui vient compléter la séquence inaugurale, et ainsi fermer la boucle. Tout en enrichissant davantage encore le mystère…







