DEUX MÂLES POUR ALEXA

Fieras sin jaula – Espagne, Italie – 1971
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Juan Logar
Acteurs : Juan Luis Galiardo, Curd Jürgens, Rosalba Neri, Emma Cohen, Eduardo Calvo, Franco Marletta, Mario Della Vigna, Manolo Otero…
Musique : Piero Piccioni
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et Français PCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 85 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 6 octobre 2026
LE PITCH
La jeune et jolie Alexa accepte d’épouser le riche et vieillissant Roland selon un pacte tacite : il entretient son oisiveté et elle le laisse profiter de sa jeunesse. Mais lorsque Alexa entame une relation torride avec le vigoureux Pierre, Roland prépare sa vengeance. Il invite les deux amants dans une de ses villas en Normandie.
Comme des lions en cage
Les frontières du Giallo sont par nature assez poreuses, laissant s’infiltrer quelques financements et talents en provenance de pays voisins de l’Italie et jouant souvent avec ses propres codes, ses structures et ses figures récurrentes. A la frontière du genre, le curieux Deux mâles pour Alexa fut aussi connu il y a bien longtemps chez les encyclopédistes du bis sous les titres Fauves en liberté ou Prison de fauves. Rrrr…
Fait relativement fréquent en ce début des années 70, ce Fieras sin jaula est une coproduction entre l’Italie et l’Espagne, offrant donc un casting binational et un partage des frais / bénéfices tout ce qu’il y a de plus officiel. Mais cas un plus rare, sa réalisation n’a pas été confiée à un Umberto Lenzi ou autres spécialiste rital mais bien à un metteur en scène ibérique. Un certain Juan Logar, qui des années 60 à aujourd’hui (le monsieur est toujours en activité) a officié en véritable touche-à-tout passant du poste d’acteur, doubleur, compositeur, scénariste mais aussi donc à réalisateur pour une petite poignée de films comme El Perfil de Satanas ou Transplante de un cerebro dont finalement seul Deux mâles pour Alexa est finalement parvenu jusqu’en France. Peut-être sans doute parce que justement le métrage y a été tourné, sur les côtes Normandes plus précisément… Drôle de choix en passant pour une production latine avec une star allemande en tête d’affiche, soit Curd Jürgens vu aussi bien dans Et Dieu créa la femme, Le Jour le plus long que L’Espion qui m’aimait. Une figure solide qui incarne ici un homme aisé qui a eu la mauvaise idée de tomber de la belle jeunette incarnée par Rosalba Neri (Le Sourire de la hyène, Les Vierges de la pleine lune…) elle-même rapidement prise de passion pour le ténébreux, et bien plus jeune que l’époux, Juan Luis Galiardo (Une Bonne planque, Ordre de tuer…).
Dépôt de bilan
Un triangle amoureux qui ne peut que tourner court, ce qui est le cas dès les premières scènes où après avoir surpris les deux amants au lit, l’époux se suicide devant eux sachant bien que toute la demeure deviendra dans la foulée une prison d’acier. Le cauchemar commence pour Pietro et Alexa que l’isolement forcé va obliger à revisiter leurs actes et leur vie de ces derniers mois, tandis que la faim et la soif vont doucement les pousser vers la dépression et la folie. Le postulat est effectivement plutôt original et malin, et même la structure en flashback, perturbant régulièrement la temporalité et les repères, se prête parfaitement à un drame criminel, ou giallo du complot (comme vous voulez) qui ne laisse que peut de mystère quant à son issue fatale. Effectivement le film ne fait pas forcément preuve d’une réalisation renversante, se perd parfois dans une trame très secondaire et parfaitement inutile avec la fille de Mr Marvelling, mais la mélancolie qui se dégage de ces souvenirs baignés de regrets crée une atmosphère très particulière. Il ne s’agit pas forcément ici de condamner basiquement l’adultère (surtout qu’il était plus ou moins accepté dans un premier temps), mais plutôt d’accompagner trois personnages qui se sont dramatiquement trompés de route, perdant leur temps (et donc leur vie) dans des quêtes bien vaines et matérialistes, l’un voulant retrouver une jeunesse perdue, l’autre un confort financier assuré et le dernier un certain frisson de l’interdit.
Pour une fois le giallo ne scrute par la bourgeoisie avec cruauté mais une profonde tristesse et le traquenard n’a été tissé que par les victimes elles-mêmes. Un petit film mais qui effectivement vaut le détour.
Image
Production relativement confidentielle, Deux mâles pour Alexa nous parvient pourtant dans une copie de très bonne tenue. Pas beaucoup d’informations sur l’origine de cette restauration mais un scan 2K des négatifs n’aurait rien de fantaisiste : le piqué est le plus souvent creusé, assurant un relief naturel et des matières bien présentes. Quelques plans sortent un peu du lot, plus flous, plus neigeux, mais ils sont rares, les autres offrant un grain bien présent mais agréablement géré et des couleurs contrastées et pleines. Très bonne surprise.
Son
Les pistes audios italienne et française en simple PCM 2.0 retrouvent des monos en belle forme. Le son est clair, sans trop de friture, avec des post-synchronisations qui tiennent bien la route. Les musiques et les bruitages sont le plus souvent en retrait.
Interactivité
Comme toujours Artus Films propose le métrage sur supports Bluray et DVD, réunis dans un digipack avec fourreau cartonné. En plus du défilé de photos d’exploitation et d’affiches, la section bonus propose aussi une nouvelle conversation entre Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud, deux amoureux du bis européen sous toutes ses formes, qui concluent effectivement par une présentation du film en présence, mais concentre surtout leur temps à proposer un large panel du Giallo à l’espagnol… considérant même que le genre y est apparu avant l’Italie. Plein de titres et de cinéastes sont évoqués avec forcément la transmission d’une furieuse envie de pouvoir continuer à en découvrir dans le catalogue de l’éditeur.
Liste des bonus
Présentation du film par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud (43′), Diaporama d’affiches et photos (1′).






