CONAN LE CIMMÉRIEN T.15 : UNE SORCIÈRE VIENDRA AU MONDE

France – 2026
Genre : Aventure, Fantasy
Dessinateur : Stéphane Perger
Scénariste : Éric Corbeyran
Nombre de pages : 72
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 16 septembre 2026
LE PITCH
Crucifié dans le désert sur ordre de Constantius, Conan est livré aux vautours et condamné à une lente agonie. Mais le Cimmérien refuse de mourir et quand une bande de pillards menée par Olgerd Vladislav décide de le détacher, Conan jure de retrouver Constantius. Or, tandis qu’il chevauche aux côtés des guerriers d’Olgerd, le royaume que Conan a juré de protéger se révèle en proie au chaos : la reine Taramis, autrefois juste et aimée, fait massacrer des soldats loyaux, impose des cultes impies et introduit un monstre dans le temple d’Ishtar. Dans les ruelles, on murmure qu’une ombre malfaisante tire les ficelles du pouvoir…
Celui qui revint du désert
Presque trois ans après le précédent Le Maraudeur noir, le vaste cycle d’adaptations des textes howardien par les éditions Glénat revient enfin avec un seizième album particulièrement attendu. L’une des nouvelles les plus célèbres des aventures de Conan passe effectivement entre les mains expertes de Corbeyran (Légendes des Stryges, Bob Morane…) et Stéphane Perger (OSS 117, Brulez Moscou…).
Publié en 1934 dans les pages de l’incontournable revue Weird Tales, la nouvelle originale d’Une sorcière viendra au monde témoigne à l’époque du succès indéniable des aventures de Conan auprès des lecteurs. Le barbare occupe désormais presque toutes les couvertures du titre et les textes proposés par son créateur sont tous systématiquement acceptés. Surtout, l’écrivain n’a pas encore entamé sa phase déclinante et semble en pleine possession de ses moyens, jouant avec le mythe qu’il a crée et l’univers de la Sword & Sorcery comme personne. La scène d’ouverture est d’ailleurs restée dans les annales et a inspiré l’une des scènes les plus frappante du film de John Milius, en montrant le barbare crucifié sur une croix en plein désert tuer un vautour à pleine dent et survivre au terrible supplice comme un autre héros célèbre. L’autre élément notable de fameux texte est sa manière d’éclipser totalement son héros durant de nombreuses pages, s’intéressant au devenir de la pauvre reine bafouée, au plan ourdi par sa sœur jumelle maléfique et à un courageux garde prêt à tous les sacrifices pour sauver son royaume. Conan n’a même plus besoin d’être au centre de l’action, car sa personnalité et son autorité, ici aussi bien guerrière que stratégique, surplombe tout le reste et fait aisément oublier que ce énième renversement d’un empire pacifique par les forces du mal n’est pas forcément le point de départ le plus original qui soit.
L’épée sanglante du messie
Conan reste par nature un pulp et ça, Corbeyran l’a très bien compris embrassant généreusement tous les accents exotiques et épiques de l’aventure, décrivant les salles du palais comme un vaste réseau de couloirs où les murs pullules d’oreilles, le désert comme un espace mortel et mystérieux où patiente les pillards sauvages et la résistance poignards entre les dents, et n’hésitant jamais à renouer avec l’érotisme sombre (la pauvre reine constamment dénudée et menacée de viol à chaque page) plus ou moins suggéré des publications de l’époque. On sent parfois dans son adaptation une volonté de reprendre, sans doute un peu lourdement, des pans entiers des textes littéraires plutôt que de les transposer en dialogues plus économes mais l’esprit et l’énergie sauvage est bel et bien là, culminant dans un affrontement dantesque contre une créatures démoniaques venue des temps oubliés. Le prolixe scénariste démontre son respect indéniable pour l’œuvre de Robert E. Howard, offrant un album qui s’installe confortablement dans la collection sans trop y apposer une patte plus personnelle. Ce n’est pas tout à fait le cas de Stéphane Perger, illustre français solide qui a déjà fait largement ses entrées du coté des comics (Avengers, COWL…) et qui justement met ici en avant des designs classiques, presque nobles, qui opèrent un drôle de mélange entre les adaptations de Conan par Marvel et leur univers de super-héros. Si on reconnait la morphologie massive et épaisse du barbare façon Buscema et autres, impossible de ne pas penser en voyant le look de Salomé à l’iconique Sorcière rouge. Une petite pointe de kitch il faut bien le dire dans des planches parfois plutôt crues admirablement traitées en couleurs directes avec un jeu notable sur les valeurs de couleurs (jaune, bleu, rouge…) qui donnent à chaque espace sa propre ambiance et dangerosité.
Si cette collection dédiée à Conan le cimmérien a connu quelques, rares, accidents en cours de route, Une sorcière viendra au monde n’en fait clairement pas partie. L’aventure, marquante, reste un incontournable du canon et trouve une mise en image prenante et évocatrice qui devrait à nouveau ravir les nombreux amateurs.




