URI TUPKA ET LES DIEUX

Uri Tupka And The Gods – Etats-Unis – 2026
Genre : Fantastique
Dessinateur et scénariste : Mike Mignola
Nombre de pages : 112
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 3 septembre 2026
LE PITCH
Dans ce récit de la recherche des dieux dans un monde qui semble les avoir abandonnés, Uri Tupka, le héros, entreprend un pèlerinage en quête de réponses. En chemin, il rencontre des dragons, des géants, des démons et un tombeau d’une indicible horreur. Il découvre non seulement la vérité sur l’univers, mais aussi l’importance du rôle qu’il y joue.
La voie sacrée
Avec Le Carnaval des cadavres, le lecteur avait fait un premier pas dans le nouveau monde imaginé par Mike Mignola : Les contres étranges des contrées oubliées. Le premier tome revêtait la structure d’une anthologie, comme une introduction, le second est celui d’une quête, d’un théologien à la recherche de dieux disparus, et le voyage nous emmène plus loin encore.
Les amoureux de l’œuvre de Mike Mignola pourront sans doute passer beaucoup de temps à théoriser sur la proximité de ce monde médiéval réinventé, territoire de contes, d’esprits et de mythologies à la fois anciennes et nouvelles, avec la vaste saga du fameux Hellboy dont l’épopée s’achevait justement par un ultime sacrifice pour faire renaitre le monde… Soit exactement là où celui des Contrées inconnues semble débuter avec son dragon libérant la vie sur un territoire de ténèbres. Il y a des liens, des connexions, peut-être même des ponts implicites, mais clairement les deux œuvres ne s’écoulent absolument pas de la même façon. Là où Hellboy s’articulait encore sur une structure purement comics, héritier malgré tout d’une tradition superhéroïque, cette nouvelle création embrasse totalement ses racines littéraires de fable, écrits ou oraux, de vieux mythes grappillés d’un continent à l’autre, d’une époque à l’autre, que l’auteur refaçonne à son image. Pas d’action donc, pas de bagarres dans le sillage de Uri Tupka, intellectuel obligé de fuir l’empire pour avoir osé remettre en cause les dogmes religieux en place, mais des rencontres plus ou moins heureuses où le brave homme manque de se faire détrousser et assassiner par des bandits de grand chemin, séduire par des esprits malins, noyer dans les mers profondes, écraser par des monstres rhinocéros et dévorer par quelques autres bestioles étranges.
Premiers âges
D’un décor aux airs de fausse Europe obscurantiste jusqu’à des terres orientalistes ou des jungles étouffantes échappées d’un chapitre de Conan, l’aventure de Uri Tupka semble rebondir d’un obstacle à l’autre, d’un danger à l’autre, toujours plus ou moins aiguillée par des apparitions d’ermites étranges, de sorcière avisée ou de chats échappés des rêves. Mike Mignola construit son monde au gré des pages, ou plutôt en révélè un préexistant, et se laisse lui-même emporter par son inspiration et son imagination, n’hésitant pas à laisser parfois la place de narrateur ironique à une oie de passage, de finir ses intermèdes en eaux de boudin ou faire apparaitre une tortue géante rappelant celle qui est censé porter le monde sur son dos. Un récit absolument merveilleux, fantastique et gothique, parfois inquiétant mais toujours fascinant qui touche du doigts dans ses dernières pages à la grandeur d’ouvrages bibliques, de textes mythologiques fondateurs où le grand ordre des choses prend forme. C’est à la fois extrêmement ambitieux et toujours presque désinvolte dans l’écriture, léger et onirique. Surtout, c’est une nouvelle fois entièrement illustré par l’artiste en personne (toujours accompagné de l’indispensable Dave Stewart aux couleurs) dont la maitrise absolue des formes et des compositions réussie encore et toujours à nous impressionner.
Quelques parts entre le Caravage, les univers fantaisistes de Ray Harryhausen, les gravures anciennes et les BD pulp, ces nouvelles pages sont tout simplement renversantes, sublimes et puissantes avec en point d’orgue une scène de bacchanale infernale toute en dégradé de rouges et de noirs, qui restera certainement comme l’un des travaux les plus réussis du bonhomme. Incontournable et on attend forcément la suite directe annoncée, Uri Tupka et les diables avec une très grande impatience.



