WAKE IN FRIGHT

Australie, États-Unis – 1971
Genre : Thriller
Réalisateur : Ted Kotcheff
Acteurs : Donald Pleasence, Gary Bond, Chips Rafferty, Sylvia Kay…
Musique : John Scott
Durée : 109 minutes
Distributeur : The Jokers Films
Date de sortie : 19 août 2026
LE PITCH
John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…
L’odyssée de l’Outback
Quand on parle de Ted Kotcheff, la première chose qui vient à l’esprit est forcément le premier Rambo. Viennent ensuite Retour vers l’enfer avec Gene Hackman et son poste de producteur exécutif sur New York – Unité Spéciale. Réalisateur prolifique, Kotcheff ne possède pourtant pas beaucoup de films majeurs au compteur. C’était sans compter sur la ressortie de son premier grand film. Disparu durant des années et réhabilité pour son 40eme anniversaire, Wake in Fright fait aujourd’hui son grand retour dans une magnifique restauration 4K.
Lorsque le canadien Ted Kotcheff s’attelle pour une production américaine à une critique débridée de la société Australienne, on peut comprendre que la pilule ne passe pas facilement pour le spectateur australien. Véritable OVNI cinématographique, Wake in Fright reste encore à ce jour le film le plus dérangeant réalisé sur la société australienne. Le chanteur Nick Cave dira même du film qu’il est le plus terrifiant jamais réalisé sur ses compatriotes. Appelé au Royaume-Unis à l’époque de sa sortie Outback (Savane pour la VF), il y a une véritable double lecture instaurée par Kotcheff dans son film. Si le titre britannique colle à la déconstruction sociétale servant de base au scénario d’Evan Jones et Keneth Cooke, son titre australien renvoie parfaitement au climat d’horreur paranoïaque instauré par Kotcheff.
Lorsque John Grant débarque dans cette petite ville minière, impossible pour lui et le spectateur d’anticiper la suite des évènements. Ce citadin originaire de Sydney, s’apprête à se redécouvrir et devenir accro à tout ce que le bush australien va pouvoir lui offrir. A commencer par la bière. Même si ce n’est pas à cause de la boisson que Grant se retrouve bloqué dans cette petite ville – mais à cause d’un argent « révolutionnaire » : pile ou face – la bière est tellement omniprésente qu’elle en deviendrait presque un personnage à part entière. Consommée dans des quantités incroyables pour compenser le manque d’eau, elle est à la fois le seul moyen de se rafraîchir et de s’évader dans une région hostile et abandonnée. Véritable leitmotiv, la consommation d’alcool se retrouvera au centre de chaque scène.
Voyage au bout de l’enfer australien
Kotcheff ne s’arrête pourtant pas à une représentation superficielle alcoolisée de ses personnages. De Grant au Docteur Tydon en passant par un incroyable policier (dont l’acteur fut le seul à réellement boire de l’alcool sur le tournage), tous apportent leur part de folie et participent à maintenir le film à la frontière du fantastique. Car d’une scène de beuverie générale au pub, de paris endiablés, d’une chasse de Kangourou, la force de la mise en scène de Kotcheff est de constamment rester aux frontières du fantastique. Il règne même une certaine atmosphère paranoïaque à la Carpenter, un sentiment que le personnage principal pourrait se retrouver d’un instant à l’autre au sein d’une communauté inhumaine, prêt à subir les pires atrocités.
Car si cette peinture n’épargne aucun des aspects de cette société, trouvant son climax dans cette horrible chasse au kangourou – dont on ne peut pas dire qu’aucun animal n’a été blessé sur le tournage – l’aspect communautaire est mis en avant. Unis dans l’adversité et dans l’ennuie, tous les hommes (pour les femmes c’est une autre histoire) sont égaux, n’aspirent qu’aux mêmes choses (boire, flamber, chasser) et sont égaux. C’est pour cette raison que Grant se sent peut-être pour la première fois chez lui et qu’il ne peut quitter cette ville, véritable oasis, mirage au milieu du désert hostile.
A la fois acclamé et rejetté par les australiens à sa sortie pour leur description brutale, Kotcheff s’en défend en affirmant que ce portrait ne s’applique pas seulement à eux, mais à toute communauté vivant recluse dans des régions difficiles. Lui, l’avait vécu au Canada, nul doute qu’il ait trouvé un écho caniculaire en débarquant en Australie. Pavant d’une certaine façon le chemin qu’utilisera par la suite George Miller, Kotcheff délivre une œuvre crépusculaire et sans concession dont les images résonnent dans la tête du spectateur pendant très longtemps. Un film que l’on se doit de découvrir, ne serait-ce que pour rendre payant la quête qu’à vécu son monteur, Anthony Buckley, pour retrouver la dernière pellicule existante au milieu des années 90, sur le point d’être détruite. Wake in Fright a bien failli s’endormir pour de bon, il aurait été bien dommage de ne pas prolonger le cauchemar.






