L’AU-DELÀ

…E tu vivrai nel terrore! L’aldilà – Italie – 1981
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar, Larry Ray, Giovanni De Nava, Al Cliver…
Musique : Fabio Frizzi
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : mars 2026
LE PITCH
1927. Pour avoir représenté l’Enfer, le peintre Zweick est accusé de sorcellerie et lynché dans un hôtel de Louisiane. 54 ans plus tard, Liza prend possession de l’hôtel qu’elle souhaite rouvrir au public. Très vite, des phénomènes étranges se produisent : apparitions macabres, morts violentes et visions cauchemardesques. Un mystérieux ouvrage, le Livre d’Eibon, révèle que l’hôtel se situe sur l’une des sept portes de l’Enfer. Avec l’aide du docteur John McCabe, Liza va tenter de fuir l’horreur qui bientôt se déchaînera autour d’elle.
Une fenêtre sur l’âme
Considéré à très juste titre comme le sommet du cinéma de Lucio Fulci, le terrifiant L’Au-delà en a pas fini de fasciner les adeptes de sensations fortes, mais aussi les amateurs d’un cinéma sans limite, entrainant ici le spectateur dans un film-monde à la beauté macabre perturbante.
Pourtant comme souvent dans la carrière de Fulci, le projet ne commençait pas sous les meilleurs auspices, simple œuvre de commande imaginé vaguement par le producteur Fabrizio De Angelis qui se voit bien continuer à surfer sur les succès des précédents L’Enfer des zombies et Frayeurs. Un titre bien trouvé, un grand nom à la mise en scène accolé sur une affiche servant à pré-vendre l’objet aux distributeurs étrangers, un scénario de malédiction vite emballé et totalement lacunaire plus loin, L’Au-delà va pourtant éclore tel une sublime oraison funèbre. Et ce bien entendu grâce à un Lucio Fulci qui, comme pour le rip off du chef d’œuvre de George Romero, embrasse littéralement le projet, l’embarque dans le décors étouffants et putrides de la Louisiane, et surtout le nourrie constamment de ses propres états d’âmes désespérés et mortifère. Rarement ce dernier aura profité d’une telle liberté et cela se sent, tant et si bien que la constitution narrative totalement déstructurée devient l’une des plus belles qualités d’un film d’épouvante qui ne va avoir de cesse de perturber les perceptions de ses témoins, intra et extra diégétiques.
Sceau infernal
Apparitions, disparitions, réalité qui s’effrite avec une même déliquescence que des corps hésitants entre la poussière suffocante et la chair dégoulinante… Parsemé de visions gothiques absolument époustouflantes (l’hôtel et ses occupants immortels qui apparaissent aux fenêtres), de délires gores définitivement gerbants (chapeau bas au spécialiste Giannetto De Rossi de Pulsion Cannibales), d’idées génialement absurdes (la mare de sang prédatrice) et d’échappées oniriques d’une poésie subjuguante, L’Au-delà est exactement ce que Fulci voulait atteindre, soit un « cinéma total », moins porté par son histoire que par les sensations, douloureuses et inquiétantes, orchestrées par son metteur en scène. Son utilisation sadique du montage entrechoquant les mondes et les perceptions, ses plans oscillant entre le baroque chargé de la culture locale et des tableaux à l’épure virtuose, l’omniprésence des mélodies infernales composées par le compère Fabio Frizzi tout juste éclipsé par des bruitages dissonants ou grotesques… Tout s’imbrique parfaitement et ce bien entendu jusqu’à un final apocalyptique où toute forme de logique cartésienne a définitivement disparu, ensevelie sous les corps décharnés, sous les cendres. Fulci avouait viser le chaos du Inferno de Dario Argento, il parait évident qu’il en dépasse l’esbroufe, rejoignant directement un plus modeste mais inoubliable Le Carnaval des âmes de Herk Harvey, autre œuvre définitivement hanté par une mort omniprésente.
Film cauchemar par excellence et œuvre somme de son auteur, il suinte de ce pouvoir hypnotique provoquant ce que les fans de bis italien reconnaissent comme le syndrome de Stendhal : L’Au-delà est de ces films où l’on se perd, jamais vraiment sûr de s’en échapper indemne.
Image
En son temps Artus avait proposé une copie restaurée 2K tout à fait solide, mais il faut bien reconnaitre que cette nouvelle restauration 4K à partir des négatifs Techniscope est une vraie merveille, affichant une santé inédite, des cadres étonnements propres et particulièrement stables. Il y a bien les plans de générique (ouverture et fin) qui manquent d’intensité, mais tout le reste creuse admirablement les plans, jouant des matières d’origines (grain, argentique, relief…) avec générosité tout en profitant pleinement des traitements HDR10 / Dolby Vision pour imposer des couleurs plus puissantes, mais aussi et surtout plus délicates, exactement comme les voulaient Fulci à l’origine.
Son
Comme pour Frayeurs, les pistes proposées ici sont italienne et française évacuant (comme chez Artus) la version internationale anglaise. De toute façon comme toutes sont postsynchronisées, aucune n’est vraiment plus légitime que l’autre, mais il est vrai pour le coup que le doublage français reste plutôt sympa et que l’italien est celui qui capture le mieux l’ambiance générale et la nature latine du métrage. Dans les deux cas les mixages DTS HD Master Audio 2.0 retranscrivent les sources monos avec clarté et stabilité, et montrent un rafraichissement appréciable.
Interactivité
Dans la continuité de son édition de Frayeurs, Le Chat qui fume propose L’Au-delà dans un même packaging avec boitier scanavo fullframe, jaquette inédite et fourreau cartonné du meilleur effet. Pas de supplément sur le disque UHD en dehors des bandes annonces, ils sont tous regroupés sur le disque Bluray avec en ouverture la continuation de la conversation entre Gerarld Duchaussoy et Romain Vandestichele (Mario Bava Le Magicien des couleurs) qui explorent justement l’approfondissement des thématiques et des motifs de Frayeurs dans cette « suite ». Ils sont suivis par la seconde partie de l’interview de Catriona MacColl, toujours en français, qui évoque l’experience L’Au-delà, un tournage nettement plus apaisé pour elle et son mélange de répulsion / fascination pour le genre horrifique et ses collaborations avec Fulci. Le programme se poursuit avec diverses rencontres, toujours conséquentes, provenant d’éditions anglo-saxonnes et offrant la parole aux acteurs Cinzia Monreale, Michele Mirabella et Al Cliver, mais aussi le volubile scénariste Dardano Sacchetti, les spécialistes des effets spéciaux Giannetto de Rossi et Maurzio Trani et même l’ingénieur son, qui tous reviennent sur leurs collaborations parfois houleuses avec le cinéaste, son caractère changeant voir bipolaire, rivalisant d’anecdotes et d’informations autour des grandes scènes du film, le tournage en Louisiane et l’aura toujours intacte du métrage. Le tout s’achève par une rencontre avec l’illustrateur Emanuele Taglietti, responsable de l’affiche la plus célèbre du film, et qui revient sur sa carrière et ses méthodes de travail tout en présentant de nombreuses couvertures (superbes) effectuées pour des revues d’horreur italiennes.
Liste des bonus
L’Au-delà de Fulci avec Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele (48’), Fulci et moi, partie 2 avec Catriona MacColl (25’), Les yeux d’Emily avec l’actrice Cinzia Monreale (17’), Arachnophobia avec l’acteur Michele Mirabella (28’), Quand Al rencontra Lucio avec l’acteur Al Cliver (16’), Des mots pour les morts avec le scénariste Dardano Sacchetti (42’), Rendez ça réel avec Giannetto de Rossi et Maurzio Trani (32’), Être l’ingénieur du son avec Ugo Celani (27’), Eros et violence avec le dessinateur Emanuele Taglietti (34’), Films annonces.







