PARANOIA AGENT

妄想代理人 – Japon – 2004 / 2005
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateurs : Satoshi Kon, Takuji Endo, Hiro Hamasaki, Takayuki Hirao, Nanako Shimazaki, Kojiro Tsuruoka
Acteurs : Shozo Izuka, Toshihiko Seki, Mamiko Noto, Ryuji Saikachi, Daisuke Sakaguchi, Haruko Momoi, Kotono Mitsuishi, Toshihiko Nakajima…
Musique : Susumu Hirasawa
Image : 1.77 16/9
Son : Japonais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 13x minutes
Editeur : Moon Squad Studio
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Tsukiko Sagi est la célèbre designer à l’origine du personnage de Maromi, petit chien extrêmement populaire. Tout le monde attend avec impatience sa prochaine création, mais elle manque d’inspiration et la pression se fait de plus en plus forte. En rentrant chez elle un soir, elle se fait agresser par un mystérieux gamin armé d’une batte de base-ball et chaussé de rollers dorés.
Un bon coup sur la nuque
Réalisateur inoubliable des quatre grands films d’animation que sont Perfect Blue, Millennium Actress, Tokyo Godfather et Paprika, Satoshi Kon a aussi signé une seule et unique série animée : Paranoia Agent. Un pas de coté en termes de format mais un prolongement aussi personnel que fulgurant de ses réflexions sur l’identité, l’imaginaire et les névroses modernes. Treize épisodes pour une petite danse apocalyptique totalement fascinante.
Produit entre les sorties de Tokyo Godfathers, dont il reprend l’encrage dans le Tokyo contemporain et la multiplicité de ton et de personnage, et le décoiffant Paprika surfant sur une même confusion entre réalité et fantasme, Paranoia Agent a été écrit de manière très libre en se basant sur des concepts et des trames délaissées au cours des précédents films tout en laissant le récit global se construire au fur et à mesure des inspirations, presque comme un jeu de domino. Ainsi les premiers épisodes se consacrent tour à tour à des personnalités très différentes qui semblent se passer le relais, certains faisant figures de personnages secondaires chez l’autre, presque de simple silhouette parfois même, puis venant incarner à l’écran des figures de la société nippones issus de milieux et d’origines sociales très différentes. La jeune illustratrice, première victime de ce persécuteur à la batte cassée et aux rollers dorés, laissera ainsi place à un jeune écolier extrêmement populaire pour le second épisode, à une assistante scolaire aux troubles identitaire dans le troisième, à un simple policier écrasé par les dettes dans le quatrième, et ainsi de suite… Mais même ce jeu de poupée russe peut être perturbé puisqu’un le huitième épisode se consacre entièrement à trois suicidaires maladroits et le dixième aux coulisses de la production, catastrophique, d’un pilote d’une série d’animation dans un grand geste méta particulièrement ironique. Tous ou presque sont reliés par ce mystère qui entoure l’identité de cet agresseur insaisissable, poursuivi par deux policiers totalement dépassés face à des évènements de plus en plus déroutants et une plongé progressive dans le surréalisme, voir le délirant collégial.
Défragmentation
A nouveau Satoshi Kon, grand maitre d’œuvre du show même s’il n’en dirige concrètement que le premier et le dernier épisode, rejoue avec cette frontière qu’il veut très poreuse entre le réel et l’imaginaire de ses personnages dont les visions, cauchemars et fantasmes semblent peu à peu prendre vie, voir prendre possession du monde normal. Sorte de croquemitaine dont la puissance croit en fonction de la médiatisation et des rumeurs dont il est la cible, le garçon à la batte prend progressivement autant de place qu’une drôle de mascotte façon Hello Kitty qui semble obséder la population japonaise. Entre ces deux icônes, l’une terrifiante, l’autre rassurante, Satoshi Kon conte sur le ton de la farce absurde l’effondrement d’une société dont les habitants repoussent constamment leurs responsabilités, dissimulent leurs identités, leurs pulsions et leurs culpabilités, préférant s’enfoncer dans des rêves plus confortables pour faire face à l’existence. Un manga héroïque pour l’un, un monde de fantasy façon RPG ou un japon à la nostalgie idéalisée pour d’autres, tous transformant les décors, la mise en scène voire les designs d’une animation aux contours plutôt réalistes jusque-là. Même si le message du programme est relativement clair, Paranoia Agent opte pour une structure de puzzle perturbante, s’offrant nombres de digressions, parenthèses et même une ellipse d’une dizaine d’années qui déroute forcément le déroulé classique déjà bien malmené des évènements avec une inventivité aussi impressionnante et que passionnante.
Treize épisodes tortueux et dramatiques à la réalisation (technique et artistique) de très grande qualité qui évoquent bien souvent un savant mélange entre Serial Experiment Lain et Twin Peaks tout en offrant un pont logique entre Perfect Blue et Paprika… Autant dire un incontournable donc.
Image
Produit au tournant des années 2000 alors que la production japonaise effectuait une difficile transition entre les cellulos traditionnel et une animation sur ordinateur, Paranoia Agent a comme beaucoup de séries de l’époque été achevé en SD. Les seuls copies HD existantes sont donc bien une upscale de la source s’efforçant d’homogénéiser l’image et de tempérer le flou initial. Il n’existe pas de master parfait de Paranoia Agent et Moon Squad Studio fait ici du mieux possible pour souligner les contours, redonner de la présence aux matières, creuser quelques-peu les arrière-plans tout en offrant une définition le plus pointu possible. Pas de miracle, mais la netteté est tout de même bien appréciable, la compression est largement plus souple et discrète que celle du DVD et surtout les couleurs, pleines et vives gagnent clairement en intensité.
Son
Version doublée et version originale japonaise restent fidèles à leur stéréo télévisuelle mais profite d’un DTS HD Master Audio 2.0 pour affirmer une certaine limpidité, une belle présence des dialogues et un équilibre solide avec les ambiances et musiques.
Interactivité
Après un incontournable coffret consacré aux cartoon Superman des frères Fleischer, le jeune éditeur Moon Squad Studio se tourne avec goût vers la série animée de Satoshi Kon. Une fois encore l’objet est très soigné avec un boitier scanavo contenant les deux disques Bluray, un coffret cartonné bien solide et un livret assez fourni. Ce dernier regroupe des présentations complètes de chaque épisode avec résumé et diverses anecdotes de production, mais aussi de nombreuses interviews et commentaires regroupés de membres de l’équipes de productions (réalisateurs, scénaristes, compositeur, directeur artistique…) qui reviennent sur les ambitions qui ont animés le projet. On trouve aussi pour l’édition une intervention vidéo sur le second disque. Enregistrée par Baptiste Grenier, elle revient sur la carrière de Satoshi Kon, ses thématiques récurrentes et sur leur prolongement dans la série. L’intervenant choisi aussi d’en donner sa propre interprétation et de discuter d’autres croisées sur le net.
Liste des bonus
1 livret (48 pages), « Au-delà des rêves de Satoshi Kon » : Analyse de la série par Baptiste Grenier (15′).







