LE SILENCE QUI TUE

The Silent Scream – États-Unis – 1979
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Denny Harris
Acteurs : Rebecca Balding, Cameron Mitchell, Barbara Steele, Avery Schreiber, Yvonne De Carlo, Brad Rearden, Jack Stryker, John Widelock…
Musique : Roger Kellaway
Durée : 87 minutes
Images : 1.85 16/9
Son : Français DTS-HD Master Audio 2.0, Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Peinant à trouver un logement pour l’année universitaire qui débute, l’étudiante Scotty Parker s’installe dans la seule chambre disponible pour elle, dans une grande maison sur une colline au bord de la mer. Une nuit, l’un de ses colocataires est brutalement assassiné à l’arme blanche…
JF Cherche appartement
Joli succès en son temps, aujourd’hui un peu oublié, Le Silence qui tue vient grossir les rangs de la collection Slash’Edition de chez ESC. Hommage tout à fait assumé au chef d’œuvre déviant d’Alfred Hitchcock, Psychose, l’unique réalisation de Denny Harris se glisse un peu par opportunisme dans les chaussons alors tout beaux tout neufs du slasher, histoire de masquer ses facilités d’écriture par une dose (beaucoup trop) raisonnable de sexe et de violence. Heureusement pour le spectateur assoupi, la toujours impeccable Barbara Steele se charge à elle toute seule de secouer ce thriller qui ronronne sec en laissant planer sur le dernier tiers du métrage un malaise tout à fait délicieux. Ouf !
Difficile, oui, on ne le dira jamais assez, de ne pas penser à Psychose et aux « exploits » de ce bon vieux Norman Bates devant Le Silence qui tue. La référence à Hitchcock n’est pas seulement assumée, elle semble avoir résisté à tout : aux réécritures du scénario comme à ce second round de prises de vues (après un premier montage peu convaincant) qui entraîna un renouvellement partiel du casting. Même le score de Roger Kellaway, sous perfusion hermannienne, renforce la filiation à la moindre note. Autant dire que Denny Harris aura eu beau déplacer quelques pions, son film reste solidement arrimé au modèle hitchcockien. On y retrouve cette famille en apparence ordinaire, un peu excentrique sur les bords, dont les secrets finissent par contaminer tout ce qui l’entoure, cette maison perchée en haut d’une colline qui devient peu à peu le véritable théâtre du cauchemar et, surtout, cette volonté de faire naître l’angoisse moins de ce que l’on voit que de ce que l’on imagine. Mais Le Silence qui tue n’est pas pour autant un simple Psychose sous cellophane. En 1979, le cinéma d’horreur a changé de visage et Harris ne peut décemment pas l’ignorer. Le slasher, grâce au succès colossal d’Halloween de John Carpenter, commence à imposer ses figures : une jeunesse qui entend bien profiter de la vie, qui ne considère plus le sexe comme un péché capital et qui, forcément, constitue une cible idéale dès lors qu’un tueur mystérieux entreprend de faire le ménage. Les meurtres en série et la violence viennent donc contaminer le thriller psychologique, sans que le film se décide tout à fait à choisir son camp. C’est peut-être là que réside son principal intérêt, mais aussi sa principale faiblesse. Le Silence qui tue regarde Hitchcock d’un côté et le cinéma d’horreur de son temps de l’autre, avec la curieuse impression d’être toujours entre deux époques. Il emprunte au premier son goût du secret et de la perversité, au second quelques adolescents délurés et une poignée de cadavres, mais sans pousser véritablement l’un ou l’autre de ces ingrédients jusqu’au bout. La scène de galipettes tant attendue joue la carte du romantisme davantage que le stupre, la violence ne cherche jamais l’escalade et les meurtres demeurent davantage fonctionnels que spectaculaires. Rien qui puisse vraiment faire rougir un spectateur de 1979, encore moins celui d’aujourd’hui.
Mother
Pour autant, le film n’en devient pas inoffensif. Cette retenue participe même à son étrange atmosphère : derrière l’apparente banalité du thriller se dessine progressivement quelque chose de plus malsain, comme si Harris attendait simplement le bon moment pour laisser tomber le masque. Et c’est précisément dans cette dernière partie que Le Silence qui tue cesse de seulement jouer avec les recettes du moment pour retrouver, modestement, le chemin de la déviance qui faisait la force de son modèle.
Il faut donc accepter les quelques longueurs et les évidences du scénario pour apprécier ce que le film garde dans sa manche. Car oui, c’est parfois prévisible, oui, c’est un peu sage et oui, le personnage de la mère incarné par Yvonne de Carlo finit par donner le sentiment d’avoir été installé là avec une importance que le récit ne lui accordera jamais vraiment. Tout cela ne suffit pourtant pas à faire pencher la balance du mauvais côté. D’abord parce que Barbara Steele est formidable. La star immortelle du Masque du Démon de Mario Bava a chez elle cette capacité assez rare à rendre inquiétant le moindre silence, le moindre regard, sans jamais donner l’impression de jouer la carte de l’effet facile. Elle apporte au personnage une ambiguïté qui manque parfois au scénario et devient, presque malgré lui, le véritable centre de gravité du film. Ensuite parce que les révélations finales ont le bon goût de ne pas simplement venir résoudre l’intrigue : elles laissent derrière elles un malaise autrement plus intéressant. Le film devient alors plus pervers, plus ambigu, et certaines situations prennent rétrospectivement une coloration nettement moins innocente. Ce n’est peut-être pas d’une subtilité absolue, mais c’est suffisamment dérangeant pour réveiller un récit qui avait jusque-là tendance à ne pas trop se fouler. Et Harris sait heureusement accompagner ce glissement par une mise en scène particulièrement soignée. Les cadres, les décors et la photographie donnent au film une élégance qui contraste agréablement avec la relative banalité de son intrigue. Rien de tape-à-l’œil, mais un vrai travail sur les espaces et les ambiances, qui contribue à installer cette sensation d’inconfort sans avoir besoin de la souligner au stabilo.
Au bout du compte, Le Silence qui tue reste donc un film imparfait (voir ce duo d’enquêteurs débonnaires dont on ne sait trop quoi penser), trop prudent pour être véritablement marquant, trop prévisible pour se montrer pleinement pervers, mais suffisamment bien troussé et suffisamment bien interprété pour s’inscrire dans le (presque) haut du panier des séries B de l’époque. Et lorsqu’il abandonne enfin ses petits réflexes de thriller du samedi soir pour laisser infuser le malaise, il nous rappelle avec un sourire malicieux qu’il y avait finalement là quelques mauvaises intentions sous le capot. Pas de quoi crier au chef-d’œuvre, non, mais largement de quoi justifier quelques honnêtes frissons sous la couette.
Image
Bonne surprise du côté de l’image, qui profite d’un master HD particulièrement soigné. Issu du même travail que celui proposé outre-Atlantique par Kino Lorber en 2025, le transfert restitue avec une belle précision la photographie du film et conserve une texture argentique parfaitement appréciable. Pas question ici de lisser le grain ou de transformer ce petit film de 1979 en démonstration numérique : la matière est bien là, les détails sont solides et les couleurs affichent une belle tenue, tout en restant cohérentes avec l’esthétique de l’époque. Les séquences nocturnes et les nombreuses zones sombres bénéficient elles aussi d’une définition appréciable, avec des contrastes suffisamment maîtrisés pour préserver les détails sans transformer chaque recoin en bouillie numérique. Une très belle copie HD, donc, qui permet d’apprécier dans de bonnes conditions cette rareté qui n’avait jamais édité dans nos contrées jusqu’à présent. Une galette 4K UHD, comme ce fut le cas pour Black Christmas quelques mois plus tôt, aurait même été la bienvenue.
Son
La section sonore propose là aussi du solide. Les amateurs de version originale se voit offrir le choix entre une piste en 2.0 très propre et sans esbroufe mais on peut leur opposer une mise à jour en 5.1 qui, sans ajouter le moindre effet superflu, peut se vanter de dialogues plus clairs et mieux découpés et d’ambiances nettement plus immersives (le bruit de la mer, les craquements de la vieille bâtisse). On trouve également la version française d’époque, nettoyée et presque sans traces d’usure mais désespérément « plaquée » à l’avant et faiblarde.
Interactivité
Outre un très beau digipack aux couleurs de la collection, les collectionneurs les plus fortunés peuvent également acquérir l’édition ESC Vidéo-Club au format VHS du plus bel effet vintage qui soit. Le livret de 24 pages est (curieusement) le seul bonus exclusif à cette édition puisque l’éditeur reprend l’intégralité du contenu du disque Kino Lorber, en sous-titrant le tout … à l’exception notable (et un peu incompréhensible) du commentaire audio des scénaristes Jim et Ken Wheat, accompagnés de l’actrice Rebecca Balding. Dommage puisque cette piste se concentre davantage sur le film, son histoire, sa production atypique et les nombreuses anecdotes qui vont avec que ce commentaire où l’historien du cinéma David Del Valle préfère nous pondre un essai excessivement élogieux de Barbara Steele, laquelle, plutôt gênée, insiste sans succès pour se concentrer sur les images qui défilent. On aurait bien aimé en savoir sur le réalisateur Denny Harris mais il reste le grand absent des bonus vidéo. Les frères Wheat et Rebecca Balding sont ainsi les seuls intervenants d’un documentaire rétrospectif, d’entretiens ciblés et d’une featurette dédiée au scénario. Malgré les répétitions d’anecdotes et les oublis, on y apprend un paquet de truc sur un film qui aurait finir par ressembler à une immonde série Z mais qui a su tirer parti de l’implication de toute son équipe.
Liste des bonus
Commentaire audio avec l’actrice Barbara Steele, et modéré par l’historien du cinéma David Del Valle, Commentaire audio avec les scénaristes Jim et Ken Wheat, et l’actrice Rebecca Balding (VO), « Le cri du succès – 30 ans après » : documentaire rétrospectif sur le film (40’), « Le scénario original » (10’), « Les frères Wheat, un regard en arrière » (12’), Entretien avec Rebecca Balding (3’), Bande-annonce.






