STAND STILL

Stand Still #1-8 – Etats-Unis – 2024 / 205
Genre : Science-fiction, Action
Dessinateur : Andrew Robinson, Alex Riegel
Scénariste : Lee Loughridge
Nombre de pages : 224
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 2 avril 2026
LE PITCH
Ryker Ruel est un sociopathe très mystérieux, lubrique et totalement cinglé. Il a volé le prototype top secret d’un appareil capable de figer le temps ! Résultat : les cadavres des dirigeants du monde s’empilent, des oeuvres d’art célèbres disparaissent, etc. Seul le créateur de l’appareil, un scientifique ordinaire, a compris exactement ce qu’il se passe et entreprend de l’arrêter…
En deux temps
Les BD au format dit à l’italienne ne se bouscule pas au portillon. L’œil est donc toujours attiré lorsqu’un nouvel album de ce type apparait dans les rayonnages. Recouvert d’un fourreau cartonné pour pouvoir lui offrir une tranche plus facilement disposable dans une bibliothèque, Stand Still annonce du lourd avec l’excellent Andrew Robinson (Starman, Hawkman…) aux dessins.
L’ouvrage en jette immédiatement, l’artiste livrant une nouvelle fois une prestation excitante avec ses personnages extrêmement typés, pas si loin que cela du cartoon dans leurs expressions et leurs postures, mais rendus plus réalistes par les textures, les détails et la colorisation. C’est beau, nerveux, dynamique, et ce style se prête parfaitement à un découpage horizontal, reprenant directement un format très cinématographique et poussant à un découpage moins verbeux qu’à l’accoutumé. On se fait entrainer par le rythme des planches, leur espace, leur efficacité et leur sens de l’action, chiadé, stylisé et canaille (oui carrément !). Andrew Robinson est absolument parfait dans ce trip SF où un homme a réussi à mettre la main sur un appareil qui lui permet de stopper le temps. Un nouveau super-héros est né ? Pas vraiment, le bougre en profite pour se lancer dans une vaste vendetta contre tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la mort de sa femme, droguée et violée. Un gang de bikers va se faire massacrer, des trafiquants afghans vont être poussés dans une véritable guerre civile, et les dealers ou juges trop laxistes tombent les uns après les autres… et souvent dans la douleur.
Arrêt sur image
Ryker a des airs de bourreau sans foi ni loi mais on se rend très vite compte que cette vengeance autant que les fortunes accumulées et le luxe permis par ce pouvoir sont loin de l’apaiser. Face à lui un jeune scientifique, vieux copain de fac, qui est le seul à avoir reconnu la signature de sa propre machine et qui entend bien le stopper. Coloriste reconnu sur des désormais classiques comme Hellblazer, Fables ou Deadly Class, Lee Loughridge passe ici pour la première fois à l’écriture et offre un pitch particulièrement alléchant. Le souci est que Stand Still est une création qui semble avoir eu quelques difficultés à l’accouchement, la production ayant été stoppée quelques années, et change totalement d’illustrateur durant son quatrième fascicule. Un passage de relais au plus jeune et beaucoup moins expérimenté Alex Riegel (Darling) qui peine clairement à s’imposer avec ses silhouettes brouillonnes et ses formes moins fouillées. Une transformation qui s’accompagne même d’un glissement progressif de l’histoire, le face-à-face attendu devenant étrangement un buddymovie . Désormais, les deux camarades font plus ou moins la paix et à s’allient pour contrer la récupération de l’artefact par une organisation militaire, s’efforçant d’échapper à un assassin au look tous droit sorti d’un comics de super-héros. Stand Still devient nettement plus classique et prévisible perdant clairement de sa force de frappe et de son caractère en cours de chemin.
De thriller noir et brutal, légèrement désespéré, le comic devient un gros délire tarantinesque nettement plus décontracté, violent mais fun. Ça se lit sans baisse de régime, mais la tension palpable dans la première partie de l’album laisse une dernière impression nettement plus mitigée et plus anecdotique. Bien dommage.




