HISTOIRES ÉTRANGES : LA VILLE FUNÉRAIRE

何かが奇妙な物語 墓標の町 – Japon – 2020
Genre : Horreur
Auteur : Kaoru Sawada, Junji Ito
Nombre de pages : 408
Éditeur : Mangetsu
Date de sortie : 15 avril 2026
LE PITCH
Quels sont les points communs entre un rêve sans fin, des funérailles démoniaques, un tunnel, ou une créature échouée sur une plage… C’est de l’esprit du maître de l’horreur Junji Ito que naissent ces univers fantastiques, qui viennent ici se décliner en prose sous la plume du scénariste en chef de l’anthologie animée Junji Ito’s Horror Collection.
Terreurs orales
Mangetsu poursuit son exploration de l’œuvre fascinante du maitre de l’horreur Junji Ito. Entre deux recueils de nouvelles anciennes ou inédites et surtout après l’artbook Tentation et l’auto-analyse Terroriser, l’éditeur propose de découvrir les adaptions en prose de certaines de ses histoires les plus effrayantes… des Histoires Étranges que l’on connait bien.
Etonnant, si le manga a largement l’habitude de piocher du coté de la littérature, papier ou en ligne, pour donner corps à certaines publications, le chemin inverse est tout de même nettement plus rare… voir limite inédit. Il fallait bien quelqu’un de la trempe de Junji Ito pour faire germer cette idée dans la tête d’un éditeur japonais comme la maison Gakken. L’étrangeté des récits du mangaka, leurs prolongements d’atmosphères héritées de grands noms comme Edogawa Rampo, Poe ou Lovecraft et leurs structures parfois très libres, presque insaisissables, les rapprochent effectivement bien souvent des sensations procurées par une nouvelle en prose. L’idée n’est pas totalement incongrue et il faut reconnaitre que l’auteur Kaoru Sawada, que l’on connait déjà pour son travail d’adaptation sur la série animée Junji Ito’s Horror Collection, réussit plutôt bien à retranscrire le style du modèle, où en tout cas à retrouver les particularités des histoires abordées. Le classique et délirant La Femme limace, l’absurde Le Cercueil avec ce satané Soïcho, le lovecraftien La Créature échouée, la relecture vampirique La Forêt de sang, ou le psychologiquement terrifiant La Chuchoteuse renaissent sous une nouvelle forme, familière mais à la fois légèrement nouvelle, peut-être plus épurée.
De vieilles histoires
Même si chaque texte est émaillé d’une ou deux planches héritées des versions d’origines, la narration se veut toujours économe et ne cherche pas vraiment à palier l’absence de complément visuel. Sawada retranscrit les faits et gestes, l’action et dresse vaguement quelques tableaux horrifiques, mais les descriptions manquent cruellement, donnant des airs de récits presque trop communs là où justement le graphisme de Ito transporte toujours le lecteur dans une horreur plus viscérale, plus dérangeante. Il y suit à la trace les planches déjà connues, développe très brièvement quelques détails, mais ne va cependant jamais beaucoup plus loin. L’exemple le plus frappant est peut-être la novelisation d’Un rêve sans fin qui ouvre l’ouvrage, racontant comment le patient d’un hôpital à la sensation de passer de plus en plus de temps dans l’univers de ses rêves. En même temps que son corps se transforme, tel une évolution humaine sur des millénaires, lui se perd dans des existences séculaires et à même l’impression d’atteindre de nouveaux stades d’existence. Idée fascinante, Lovecraftienne en diable, rendu à l’image par les étranges métamorphoses physiques du personnage, mais que le texte ici n’ira jamais explorer plus avant se contentant d’une ou deux phrases assez brèves là où justement la forme littéraire promettait une plus grande évasion et une approche possible de l’immontrable.
Il y a un petit quelque-chose du rendez-vous manqué dans ces Histories étranges qui plutôt d’offrir un vrai nouveau regard sur des nouvelles que les amateurs connaissent déjà par cœur, se contente de les aborder avec des pincettes, comme pour ne pas les froisser et les trahir. Dommage c’est exactement ce que l’on espérait.


