L’HEURE DU LOUP

The Wolf’s Hour – Etats-Unis – 1989
Genre : Espionnage, Fantastique
Auteur : Robert McCammon
Nombre de pages : 960
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Date de sortie : 5 juin 2026
LE PITCH
En pleine Seconde Guerre mondiale, alors que l’Europe retient son souffle à la veille du Débarquement, Michael Gallatin est parachuté dans la France occupée pour une mission dont dépend peut-être l’offensive alliée. Agent britannique retiré du service réquisitionné pour une opération suicidaire, son histoire commence en vérité bien avant. Recueilli enfant dans les étendues sauvages de Russie et élevé par une meute cachée au cœur d’un palais abandonné, il a appris à maîtriser ce que les autres redoutent : la métamorphose, la violence et l’instinct. Cependant le véritable combat n’est pas de devenir un loup, mais de rester un homme.
On ne mord que deux fois
Après avoir proposé la saga post-apocalyptique tétanisante Swan Song et la chronique fantastique Zéphir, Alabama, Monsieur Toussaint Louverture relance son idée d’une bibliothèque Robert McCammon en rééditant son œuvre la plus célèbre : L’Heure du loup. Deux livres poches aux couvertures splendides façon « Blackwater » regroupés dans un coffret tout aussi classieux pour une aventure d’épouvante en plein cœur de la Seconde Guerre Mondiale.
Souvent un peu trop rapidement rangé dans la catégorie passe-partout de romancier d’horreur, Robert McCammon est un auteur populaire certes, jamais avare sur ses effets sanglants et sur une approche frontale de l’horreur, mais qui ne s’est jamais cantonné aux textes purement effrayants. Comme King et beaucoup d’autres, il marie les effets de l’horreur avec différents genres et ambiances. Le plus parlant dans cette dynamique est bien entendu L’Heure du loup qui, comme son nom l’indique, est une réactualisation du mythe du Loup-garou quelque part dans la lignée du Loup-Garou de Londres ou Hurlements, intégrant l’imagerie traditionnelle venues des vieux contes et des classiques de la Universal, mais avec un regard plus contemporain et dramatique. L’histoire de Michael Gallatin est ainsi totalement inscrite dans la grande Histoire, débutant durant la Révolution Russe où il assistera à l’assassinat de sa famille avant de tomber entre les griffes d’une meute de lycanthrope, pour l’entrainer jusque dans les remous de la Seconde Guerre Mondiale où sa nature si particulière fait de lui un agent secret particulièrement efficace. McCammon revient ainsi régulièrement sur l’enfance de son protagoniste, éclairant sa rencontre avec ceux qui allaient devenir sa nouvelle famille, sa survie au fameux virus puis sa découverte de ses capacités et de sa nouvelle biologie. Des chapitres presque naturalistes parfois, célébrant la vie dans la nature et le règne animal face à une humanité brutale et menaçante, et dont la tragédie vient offrir une plus grande portée à l’aventure principale.
La lune est éternelle
Cette dernière envoie donc cet agent aux Service de sa Majesté à travers la France occupée puis jusque dans les frontières allemandes à la recherche d’informations sur une opération, Poing de fer, qui pourrait menacer le futur débarquement des alliés. Une course contre la montre bardée de péripéties, de scènes explosives (gunfights, affrontements physiques, fuite en tanks ou en avion de guerre), de personnages hauts en couleurs, qui tient autant de l’aspect feuilletonnesque d’un Indiana Jones (et les méchants nazis semblent tous droits sortis des premiers films) que de ce mélange d’action débridés et de pseudo-réalisme d’un épisode de James Bond. L’écriture est moderne, enlevée, capable de superbes descriptionz à la lisière du poétique et d’envolées nerveuses et choquantes qui happent littéralement le lecteur de la première à la dernière page. Et d’autant plus prenant en effets que Michael Gallatin est un loup-garou, capable de se transformer à loisir en homme ou loup, mais qui reste toujours tiraillés par sa double nature et sa méfiance envers une humanité qu’il observe ici dans ses pires heures. La longue scène du théâtre macabre organisé par la haute société nazie mêlant sévices, viols et tortures est particulièrement mémorable, et la visite tétanisante dans un camp de concentration ne romance certainement pas l’horreur absolue qui y était perpétré. McCammon joue avec les codes de la littérature pulp, mélange les genres et les tons, toujours pour mieux marier l’efficacité romanesque avec une évocation froide et directe de cette terrible espèce animale capable de s’anéantir toute seule.
Un roman formidable dont le deuxième volume contient une nouvelle inédite en France, « L’Aigle et le Loups », extraite du recueil The Hunter from the Woods publié en 2011 et qui permettait à l’auteur de proposer quelques nouvelles inédites et tardives consacrées au même Michael Gallatin. Cette fois-ci perdu en plein milieu du désert en compagnie d’un as de la Luftwaffe, il doit s’allier avec son ennemi pour survivre à la chaleur, la soif, les scorpions et une tribu de pillards. Plus anecdotique forcément, mais l’auteur y retrouve effectivement parfaitement une bonne part de ce qui faisait le charme de L’Heure du loup.




