LA LONGUE MARCHE DE LUCKY LUKE

France – 2026
Genre : Western
Dessinateur et Scénariste : Matthieu Bonhomme
Nombre de pages : 80
Éditeur : Dargaud
Date de sortie : 17 avril 2026
LE PITCH
Forêts du nord du Minnesota, territoire Lakota. Lucky Luke est chargé par Mr Cramp, patron de l’imposante « Cramp Company », de retrouver son neveu, qui aurait été enlevé à la naissance par la tribu des Pieds-bleus. Luke retrouve l’enfant – désormais âgé de 10 ans, nommé Nuage-Rouge et fils adoptif du chef Lance-de-Bois –, mais réalise vite que Cramp cherche en fait à éliminer cet héritier et rival, pour s’approprier pleinement l’entreprise familiale. Le cow-boy fuit immédiatement avec Nuage-Rouge désormais en danger vers le Canada et entame une marche longue…
Le Solitaire
Après L’Homme qui tua Lucky Luke et Wanted, le talentueux Matthieu Bonhomme poursuit sa réinterprétation du cowboy qui tire plus vite que son ombre avec La Longue marche de Lucky Luke. L’artiste est toujours aussi doué, mais démontre aussi d’une nouvelle aisance, retrouvant directement les décalages humoristiques de Morris et la pertinence espiègle de Goscinny. Pile dans la cible !
Plus qu’un simple artisan qui se loverait dans les lignes imaginées par Morris, papa historique de la série, Matthieu Bonhomme a abordé pour la première fois l’univers de Lucky Luke en 2016 en optant pour la forme d’un véritable hommage (voir le travail sur les lignes, le choix des couleurs, la mythologie…) en le pliant à un regard imminemment personnel. Mais dans ce premier album, où on découvre comment le héros a arrêté de fumer, comme dans le suivant Wanted Lucky Luke et sa tentation romantique, on sentait encore que le monsieur restait à une certaine distance de sécurité de son modèle. Clairement plus sûr de lui ici, il continu d’affirmer son trait semi-réaliste, tout en rondeur et en contour épais, restant à mi-chemin entre le grand western épique et la comédie de la ligne claire, mais retrouve surtout dans son scénario quelques accents purement décalés des albums mythiques concoctés par Morris et Goscinny. Sacré héritage qui forcément en passe par l’arrivé dans les pages des mythiques Daltons, aussi truands que mercenaires içi, qui se révèlent parfaitement à mi-distance de leurs modèles historiques peu reluisant et de leurs figures de pieds-nickelés aussi crétins que dangereux que l’on connait si bien. Et même leurs longs mentons, leur tailles hiérarchisés et l’appétit légendaire d’Averell sont de la partie.
Ouaip…
Matthieu Bonhomme reprend aussi à son compte le mélange habituel de faits et figures avérés (ici le survivaliste Jeremiah Johnson, les conséquences de la bataille de Little Big Horn, la persécution indienne) pour les amener vers une trame qui parle effectivement autant de l’époque de l’Ouest sauvage que de notre ère plus actuelle. Sous couvert du sauvetage d’un jeune héritier blanc perdu bébé en terre indienne, La Longue marche de Lucky Luke aborde frontalement et avec beaucoup d’intelligence les questions du racisme et de la destruction de la nature. Des sujets sérieux, mais toujours brossés avec humour et de multiples références que les militants français ne pourront qu’apprécier, à l’instar de l’identité du méchant industriel tentaculaire rêvant de conquérir un jour le Canada : un certain Ronald Cramp ! Souvent très drôle, souvent pertinent et bien sentis, ces pistes peuvent aussi être laissés de côtés par les lecteurs (mais ça serait dommage), puisque le récit ne se veut jamais une démonstration manifeste et garde la vraie efficacité d’un western tendu et spectaculaire, quelque part entre Blueberry et Le Grand Silence, où la mise en scène célèbre les course-poursuites dans les montages enneigées, les sauvetages en pleine ruée de bisons ou les traversées de rivière glacée, avec un travail admirable sur les découpages et les aplats de couleurs. Contemplatif ? Cela aurait presque pu être le cas si le jeune Nuage Rouge que Luke doit escorter jusqu’à la frontière ne se révélait pas un adolescent aussi bavard et agaçant. De quoi déstabiliser notre solitaire invétéré qui après le tabagisme et les femmes se découvre une nouvelle faiblesse : la paternité ! Un régal.
Matthieu Bonhomme multiplie les cibles mais réussit à toutes les toucher en plein cœur. Un grand album et un vrai trésor pour les amoureux de Lucky Luke.




