LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS

High Noon – Etats-Unis – 1952
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Western
Réalisateur : Fred Zinnemann
Acteurs : Gary Cooper, Grace Kelly, Thomas Mitchell, Lloyd Bridges, Katy Jurado…
Musique : Dimitri Tiomkin
Image : 1.37 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 84 minutes
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 17 juillet 2026
LE PITCH
A peine marié, le shérif Will Kane apprend que Frank Miller, un homme qu’il a fait arrêter cinq ans plus tôt, arrivera en ville par le train de midi. Déjà, trois de ses complices l’y attendent. Le sens du devoir l’emportant sur la démission qu’il avait l’intention de donner, Kane espère cependant que quelques-uns de ses concitoyens prennent les armes avec lui. Aucun ne le suit. Bien que le combat s’annonce perdu d’avance, le shérif se dresse contre les bandits…
90 minutes pour vivre
Beaucoup de choses ont été dites sur ce film. Grand film pour certains, petit western méprisable pour d’autres, Le train sifflera trois fois aura néanmoins réussi à traverser les décennies et à devenir une œuvre de référence. Pourquoi ? Un petit rappel des faits semble nécessaire.
Habituellement, les westerns finissent avec le héros chevauchant vers le soleil couchant avec sa belle à ses côtés. Un héros sans peur, parcourant les grands espaces à la recherche de la justice. C’est à peu près l’archétype des cow-boys de l’époque. Mais voilà qu’un jour, un petit scénariste immigré juif ayant été contraint de fuir le nazisme et la délation arrive en ville avec un scénario à adapter. Un Western justement, style de films le plus en vogue dans son pays d’adoption. Étranger à cette culture américaine peuplée de mâles alpha, il commence son histoire là où les autres se terminent. Le héros est vieillissant et se décide enfin à épouser sa belle pour vivre une retraite bien méritée. C’est alors que les ennuis commencent (et pas à cause du mariage). Pas de bol pour lui, c’est ce jour-là que décide de débarquer par le train de midi la pire crapule qu’il avait arrêtée jadis pour prendre sa revanche avec ses complices. Il est 10h30 et il a 90 minutes pour appeler ses concitoyens en renfort pour faire rebrousser chemin aux criminels. Tic-tac. L’idée de génie du film reste d’avoir monté le film en temps réel où la temporalité du métrage est ponctuée de plans d’horloges rappelant que l’inéluctable se rapproche. Tic-tac.
Courage, fuyons
Pour en arriver là, tout devait tenir dans une préparation storyboardée aux petits oignons. Avec moins de vingt jours de tournage et un budget au plancher, l’organisation devait être de mise. Réputé pour être un metteur en scène méticuleux, Fred Zinnemann n’a pas eu de mal à imposer son film dépouillé pour aller à l’essentiel. Le shérif interprété par Gary Cooper passera son temps à essayer de convaincre ses concitoyens à venir l’aider. Son interprétation toute en nuances, fort en public mais laissant apparaître ses failles et ses craintes dans sa solitude forcée lui vaudront un oscar. Le héros n’est plus viril et la ville est remplie de lâches. L’écriture donnera la part belle aux seconds rôles. Les actrices ne sont plus des potiches mais des femmes au caractère bien trempé tandis que les hommes (Lon Chaney et Lloyd Bridges en tête) retournent leur veste aussi vite qu’ils boivent du whisky tiède. Chacun ira de son discours. Une scène dans une église dérive en débat politique, une autre dans un bar sera éloquente de lâcheté et d’opportunisme… Et pendant qu’ils jacassent, le temps s’écoule et notre pauvre shérif est de plus en plus seul. Tic-tac. Le montage du film nous rappelle cette donnée. Les plans d’horloges se font de plus en plus présents et de plus en plus gros. La pendule donne le rythme sur la rencontre inéluctable.
Le train sifflera trois fois se montrera comme une radioscopie de l’Amérique 50’s. Objet de tous les scandales. Le scénariste Carl Foreman victime du maccarthysme ne restera présent que par l’intervention de Cooper. A l’instar de son personnage, celui-ci restera exemplaire devant comme derrière la caméra, menaçant de quitter le projet si Foreman est évincé. Dans ce contexte, les avant-premières seront désastreuses. John Wayne héros national taxera le film d’anti-américain, Howard Hawks dira avoir réalisé Rio Bravo pour faire oublier l’affront de ce film envers la nation. L’Amérique ne voudra pas se refléter dans ce miroir qu’il considère comme déformé. Le parallèle entre la fiction et la réalité est effrayant et toutes les vérités ne semblent pas bonnes à dire.
Néanmoins, contre toute attente, le film sera un triomphe. La chanson du film « Do Not Forsake Me, Oh My Darlin » un carton. Avec quatre oscars à la clé, les mauvaises langues s’inclinent. La politique a perdu ; le peuple a parlé. Le film se regarde aujourd’hui comme un pamphlet toujours d’actualité. Décidément, ce train-là n’a pas fini de siffler.
Image
Six ans après son édition HD, Sidonis Calysta propose une nouvelle édition pour cet immense classique du western avec cette fois-ci un tout nouveau master 4K. Présenté aussi bien sur le disque Bluray que sur l’UHD, celui-ci présente une restauration d’envergure affirmant des plans extrêmement homogènes et définitivement nettoyés des dernières impuretés, avec au passage des contrastes nettement mieux marqués et dessinés. On y gagne ici sur tous les tableaux même si, sans doute dû aux sources restantes utilisées, on ne peut totalement atteindre la perfection espérée. Les plans sont régulièrement marqués en arrières plans par de légères fluctuation de luminosités tandis que d’autres n’affichent pas toujours le relief attendu. Quelques petites limites pour un métrage que l’on retrouve tout de même ici au meilleur de sa forme.
Son
Le mono 2.0 des versions originales (plus naturelle) et française (plus nostalgique) tient bien la route. La balance entre les dialogues et la partie musicale est parfaitement équilibrée sans que l’une des pistes n’envahisse l’autre, notamment avec les compositions musicales quasi-omniprésentes de Tiomkin.
Interactivité
Edition au packaging plus sobre pour cette ressortie UHD / Bluray de Le Train sifflera trois fois, mais où tout de même l’éditeur redispose en premier lieu les bonus de la première sortie. Nous ne nous attarderons pas ici sur les éternelles et toujours passionnantes présentations fournies de Tavernier et de Brion mais plus sur les documentaires évoquant les coulisses du film. Mené par l’historien Leonard Maltin, le programme rétrospectif évoque volontiers les coulisses politiques dont le film fit les frais avec le maccarthysme. Cerise sur le gâteau, l’intervention de l’ex-président Bill Clinton qui compare le rôle de Gary Cooper avec celui d’un président qui se retrouve souvent seul contre tous !
Mais Sidonis y ajoute aussi pour l’occasion un long documentaire d’archive sur la carrière et la vie de Gary Cooper comprenant l’intervention de nombreux spécialistes et de la fille de l’acteur pour rendre homme à ce « héros de l’Amérique » et évoquer ses plus grands rôles. On y trouve aussi une petite compilation des différentes versions chantées de l’inoubliable thème générique.
Liste des bonus
Présentation par Bertrand Tavernier (37′), Présentation par Patrick Brion (25′), « Irrésistible Gary Cooper » : Documentaire (53′), Dans les coulisses du film (50′), Making of (22′), Remise des Oscars (2′), Thème musical du film (18′), Bande-annonce.







