BLOOD AND THUNDER T.1

Blood and Thunder #1-6 – États-Unis – 2025
Genre : Action, Science-Fiction
Dessinateur : E.J. Su
Scénariste : Robert Kirkman, Benito Cereno
Nombre de pages : 160
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 28 mai 2026
LE PITCH
Dans un lointain futur, la planète Terre a accueilli des aliens venus se mêler à la population humaine. Mais au cœur de cette société, le crime n’a pas disparu, loin de là. On fait donc appel à des chasseur de primes. Blood, flanquée de Thunder, plongent dans une affaire qui va dévoiler des « secrets importants de son passé, de son présent et de son futur ».
L’arme fatale de l’espace
La dernière grande production comics de Skybound estampillée Robert Kirkman (Walking Dead, Invincible…) n’est pas à proprement parlé une série de Robert Kirkman. Mais elle en garde l’amour du comics de genre (ici la SF et l’action) et la pertinence, toujours en embuscade, qui transforme un pitch classique en apparence en proposition détonante.
Pas de scandale ou d’entourloupe mais comme il l’explique dans sa postface, il s’agit d’un vieux projet imaginé il y a presque trente ans sous un autre titre et dont il avait déjà alors déjà confié l’écriture à son camarade Benito Cereno (Guarding the Globe, The Tick…) avant que l’ensemble ne tombe dans l’oubli. Plus récemment, le titre Blood & Thunder et l’idée d’une chasseuse de prime discutant avec son arme de fonction équipée d’une IA lui est venu en tête… comme un prolongement de ce concept initial. Kirkman a donné l’impulsion, mais c’est véritablement Cereno qui a façonné cet univers de SF burné qui par ses dialogues de vieux briscard entre la demoiselle, Akeldama Bledsoe dite Blood pour le nuage de sang qui lui sert de cheveux, et Thunder, le canon à munitions variables (mais mauvaise fois avérée), vient directement titiller la mémoire des bons vieux buddy-movie, jusque dans cette idée d’une héroïne qui ferait office de pachyderme dans un magasin de porcelaine. Avec son tempérament bien tranché, ses origines modestes et raciales, elle débarque dans les meilleurs étages du satellite habitué comme Axel Folley, le new-yorkais noirs, dans les rues de Beverly Hills.
Le Fugitif
Les premiers chapitres s’installent ainsi comme un comic d’action SF, multipliant les poursuites et les massacres d’innocents par un monstrueux exo (tout ce qui n’est pas vraiment humain) échappé de prison, mais déjà pointe en amorce quelques thématiques plus pertinentes et nuancées. Sous sa décontraction affichée, Blood & Thunder n’est certainement pas gratuit et cet étrange trafic de livres de papier (quel anachronisme !) ouvre la voie à un regard nettement plus large sur le rapport de l’humain au monde et à la différence. Un angle confirmé par la seconde partie du volume où Blood et sa cible ne vont apparaitre que tardivement, donnant à voir une planète nettement moins développée mais où une fois encore les colons humains, obsédés par la réalité de leur science et leur supériorité civilisationnelle, écrasent la population locale au risque de faire apparaitre une créature, surnaturelle, oubliée. Avec toujours les codes de la série B dans la tête, ici plus horreur que policier, Blood & Thunder manie toujours en parallèle le sens du divertissement et la création d’un large univers science-fictionnel mais dont les détails servent de mémoire à peine déformant au lecteur. Une écriture qui ne craint pas les ruptures, les allégories et l’anti-manichéisme, mettant déjà sa protagoniste, d’origine alien mais éduquée par des missionnaires humains, face à ses ambiguïtés et sans doute aussi son essence profonde, plus tragique que sa grande gueule ne voudrait le laisser penser.
De son côté, le dessinateur E.J. Su (lui aussi ancien collaborateur de Kirkman sur l’un de ses premiers titres Tech Jacket) aborde le projet comme un space opera nerveux, entre Blade Runner et La Guerre des étoiles, installant un décor de mégalopole aux étages forcements inégalitaires, partagé entre une surface blanche et épurée et des bas-fond nettement plus chargés et sombres. Au milieu le dessinateur prend un grand plaisir à disséminer des tonnes de créatures plus ou moins exotiques, humanoïdes mais pas trop, détonnent volontairement à l’image du fameux évadé du bloc X, colosse à la gueule béante et aux tentacules multiples. Charismatique et bien plus complexe qu’il n’y parait au premier abord, comme ce Blood & Thunder.




