REVIENS JIMMY DEAN, REVIENS

Come Back to the 5 & Dime Jimmy Dean, Jimmy Dean – États-Unis – 1983
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Robert Altman
Acteurs : Sandy Dennis, Cher, Karen Black, Kathy Bates, Marta Heflin, Caroline Aaron, Ruth Miller…
Musique :
Image : 1.78 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 108 minutes
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 7 juillet 2026
LE PITCH
Dans le bazar d’une petite ville du Texas, quelques admiratrices de James Dean se retrouvent pour le 20ème anniversaire de la mort du comédien. L’occasion pour elle de faire le bilan des années passées, des rêves perdus et des désillusions.
La fureur d’espérer
Sans doute quelque peu échaudé par l’expérience monumentale de la version live du célèbre Popeye avec Robin Williams et Shelly Duvall, Robert Altman (The Player, Short Cuts, Gosford Park…) retourne à un cinéma plus modeste pour Reviens Jimmy Dean, Reviens, adaptation d’une pièce chorale à succès effectivement nettement plus psychologique que fantaisiste.
Exercice très particulier que ce long métrage qui fut produit et tourné en même que Robert Altman lui-même mettait en scène la pièce théâtrale originale d’Ed Graczyk sur les planches avec la même troupe d’actrices mais aussi une certaine partie des techniciens. Les actrices jouaient de journée et venaient tourner la version cinéma le soir. Mais ce n’est certainement pas ici une simple captation, Altman réinventant totalement sa mise en scène pour l’absorber dans un dispositif purement cinématographique. Si effectivement on retrouve là un jeu de lumière et de miroir sans teint purement théâtral (mais magnifique) pour accompagner les divers flashbacks du film, la caméra n’est cependant jamais figée et semble déambuler au milieu des actrices, captant leurs émotions, volant des gros plans intenses, une existence jamais bêtement glamour. Comme l’explique le décorateur David Gropman, le commerce, entre le bazar et le petit bar, était figuré de manière très suggestive sur les planches là où son versant cinéma se montre nettement plus réaliste, voir surchargé d’accessoires, de bric-à-brac comme pour mieux incarner cette idée d’un temps révolu, d’une nostalgie qui prend clairement la poussière.
Rendez-vous dans 20 ans
Toujours au bord du rêve, presque en flottement, le métrage oscille entre le présent, la fameuse réunion des vieilles « copines », et des souvenirs de jeunesses, d’amitiés, de la venue dans le patelin voisin de la star James Dean à l’occasion du tournage de Géant, mais qui ne sont jamais très loin du fantasme, de la réécriture émotionnelle. Le centre de Reviens Jimmy Dean, Reviens, est cette confrontation douloureuse, voire brutale parfois, entre cette époque révolue et idéalisée, et une réalité qui ne peut que refaire surface entre deux rigolades, un petit mouvement de danse, et de nombreuses disputes parfois franchement vachardes entre ces dames. Lentement mais surement, l’ambiance générale passe de la comédie mélancolique au drame presque sordide, mettant en lumière les drames de la vie (le cancer qui frappe l’une dans sa féminité, l’alcoolisme d’un mari, l’incapacité d’avoir des enfants…) et surtout fait voler en éclat un mensonge lourdement posé en plein milieu de la pièce. Les multiples révélations que ces dames s’assènent au fur et à mesure ne sont jamais totalement des surprises, mais permettent surtout de remettre constamment en cause cet équilibre, cette sororité, cette jeunesse qu’elles auraient voulu pouvoir mettre sous verre.
Un texte fort, admirablement mis en image par un Robert Altman qui rappelle à nouveau ses immenses qualités de directeur d’acteurs (-trices) et la pertinence des choix de son casting : Sandy Dennis (Escapade à New York) est presque inquiétante en mère obsessionnelle, Cher resplendit dans son interprétation de la séductrice de la bande, Kathy Bates (Misery) est une révélation en blagueuse égotiste mais c’est l’incroyable Karen Black (Easy Rider, Gatsby Le Magnifique) qui incarne le mieux l’ambiguïté semi-tragique de Reviens Jimmy Dean, Reviens avec son personnage de transsexuelle hantée, blessée et parfois cruelle. De sacrée performances.
Image
Jimmy Dean n’est pas un film aisé à transposer sur format vidéo autant par ses textures vaporeuses voulues pour créer une atmosphère hors du temps, que pas sa captation 16 mm transférée en 35 mm pour l’exploitation salles. On ne trouvera donc pas ici une image ultra nette et ferme, mais bien un master légèrement tremblant et légèrement floconneux. Cela ne l’empêche cependant pas d’assurer une belle définition fidèle et soigneuse qui souligne une copie restaurée et étonnement propre et stable.
Son
La piste sonore originale mono s’offre ici un Dolby Digital 2.0 logiquement assez sobre, mais qui là aussi reste en adéquation avec l’esprit du film et met, tel une pièce de théâtre, les dialogues frontaux en avant avec une clarté très agréable.
Interactivité
Rimini reprend ici les deux interviews enregistrées par l’éditeur anglais Eureka, soit une rencontre très touchante avec le monteur Jason Rosenfield qui raconte cette première grande expérience dans le monde du cinéma, reviens sur tout ce que Altman lui a appris et plus généralement sur le dispositif de mise en scène et la direction d’actrices avec franchise et tendresse. Le décorateur David Gropman, qui œuvrait aussi sur la version théâtrale, évoque les différences entre les deux décors et les trouvailles disposées autour du miroir sans teint. Lui aussi garde de grands souvenirs du tournage et d’Altman.
A ceux deux segments, l’éditeur français a choisi d’ajouter une présentation du toujours très loquace Frederic Mercier (Positif) qui replace comme il se doit le film dans la carrière du cinéaste, revient sur la pièce originelle et ses thématiques, rappelle quelques éléments de la filmo des actrices et analyse surtout la mise en scène du film et l’exploration psychologique des personnages.
Liste des bonus
Entretien avec Frederic Mercier, critique cinéma à la revue Positif (35′), Interview de Jason Rosenfield, monteur du film (25’), Interview de David Gropman, responsable des décors du film (11’).







