BEAVIS ET BUTT-HEAD SE FONT L’AMÉRIQUE

Beavis and Butt-head Do America – Etats-Unis – 1997
Support : Bluray
Genre : Comédie, Animation
Réalisateur : Mike Judge
Acteurs : Mike Judge, Robert Stack, Cloris Leachman, Jacqueline Barba, Pamela Blair, Bruce Willis, Demi Moore…
Musique : John Frizzell
Image : 1.77 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1, Français Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Français et Anglais
Durée : 81 minutes
Editeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 3 juin 2026
LE PITCH
Beavis, le blond, et Butt-Head, le brun, sont deux adolescents puceaux qui s’expriment par borborygmes et ricanements agressifs à la libido galopante dont l’obsession dominante est de séduire enfin une première fille. Dans cette histoire, l’occasion va se présenter, mais s’ils vont connaître des aventures rocambolesques, devenir des héros de l’Amérique, être décorés par le Président, ils resteront toujours puceaux.
Stupidland
Totalement cultes durant les années 90 (en particulier aux USA) les deux ados dégénérés que sont Beavis et Butt-head eurent donc les honneurs d’une adaptation en long métrage deux ans avant le concurrent irrévérencieux South Park. Un film qui fut alors le meilleur démarrage de l’histoire du cinéma américain (battu l’année suivante par Scream) et un véritable incontournable pour le tout Hollywood.
Aujourd’hui quelque peu oublié malgré une relance en 2022 et la sortie d’un second long métrage, Beavis et Butt-Head se font l’univers, ces deux figures de la contre-culture étaient connus de tous au cœur des 90’s. Un programme animé apparu sur la chaine musicale incontournable MTV (et dans L’œil du cyclone en France) et qui justement, non sans beaucoup d’ironie, s’intéressait à deux adolescents passant leur vie devant la télévision, ricanant de tout et de rien, montrant clairement un faible développement cérébral, s’extasiant pour le hard rock et rêvant de pouvoir un jour goûter à ce mystère qu’est le sexe. Une satire de la jeunesse américaine qui va trouver une dimension nouvelle avec le long métrage ambitieux coproduit par la Paramount, marquant le retour du cinéma d’animation US pour adulte, mais aussi permettant enfin aux deux « héros » de s’échapper de leur petite vile paumée et rance du Texas. Obligés, puisque leur télé a été volée, ils relèvent vaguement la tête et se retrouvent embringués dans une grande épopée à travers le pays. Abrutis jusqu’au bout, ils sont persuadés d’avoir été embauchés par un homme pour coucher avec son épouse, alors que celui-ci espère qu’ils finiront par l’abattre. Le couple défaillant est interprété par Bruce Willis et Demi Moore, alors encore mariés, en guise de friandise. S’ajoute à cela un virus qui pourrait décimer le monde entier, et voilà que les services de sécurité du gouvernement, s’emballent et les poursuivent par mont et par vaux.
“Some people are dumb”
L’humour du film repose alors essentiellement sur ce décalage constant entre la perception très limitée et biaisée des deux compères, qui ne comprennent jamais rien et ne pensent qu’au cul, et le reste des personnages souvent sidérés par le niveau de crétinerie. Visite à Las Vegas, découverte carte-postale à Hollywood, déambulation dans les couloirs de la Maison Blanche, errances dans le désert de la mort, l’odyssée improbable est surtout l’occasion pour le créateur et réalisateur Mike Judge (King of the Hill) de dézinguer allègrement une nation se vautrant dans sa propre mythologie et surtout dirigée par une armée d’abrutis, de paranos et d’adeptes des fouilles au corps les plus intrusives. Un petit monde en déroute où on reconnait déjà les prémisses du future Idiocracy qu’il réalisera en 2006 et qui partage avec ce Beavis et Butt-head se font l’Amérique une même vision tristement visionnaire d’une société fascinée par sa propre bêtise, confondant entertainment et réalité, fiction et information. Le film pèche cependant par une espèce de faux rythme un peu lent et surtout une structure en sketchs qui empêche sans doute le métrage de trouver tout sa force comique, même si on gardera en tête cette première séquence où Beavis et Butt-head se prennent pour Godzilla, le générique d’ouverture qui renvoie joyeusement aux grandes heures de la blacksploitation ou un vaste délire psychédélique emporté par la voie ténébreuse de Rob Zombie.
Cette séquence en particulier, par ses délires animés nettement plus fluides et expérimentaux, rappelle que l’esthétique presque rustique et artisanale, l’animation relativement limitée et les décors minimalistes relèvent véritablement d’une identité visuelle cultivant une certaine idée du moche, du crado, du rustique qui renvoie autant à la culture underground qu’à la médiocrité de cette Amérique de cartoon, jamais trop loin de la vraie.
Image
Question de goût certainement mais le film de Beavis and Butt-head affiche une superbe copie, qui certes n’a pas gommé tous les petits points blancs et légers impacts du temps, mais qui par un soin tout particulier (on penche quand même vers un scan 2K ou 4K) cajole admirablement toute la fibre filmique du projet. La matière des cellulos affleure constamment, le grain est vibrant et organique et les contours des personnages et décors admirablement dessinés. La définition est extrêmement bien tenue, ferme et creusée. On préfère alors toutes ces petites scories à une image trop lisse et trop propre.
Son
Le doublage français, assez laborieux parfois, reste coincé avec son petit Dolby Digital 2.0 de l’ère DVD. La version originale en DTS HD Master Audio 5.1 est plus particulière avec de nombreuses scènes de dialogues très frontaux, presque plats, à l’image du mixage de la série tv, mais avec quelques séquences nettement plus dynamiques (l’ouverture façon Godzilla, le chaos policier de la dernière bobine, la séquence psychédélique…) qui rappellent qu’on est bel et bien au cinéma.
Interactivité
Cette édition nous permet de profiter enfin des suppléments produits pour le DVD américain il y a plus de 25 ans (l’édition française se contentait de bandes annonces) à commencer par le commentaire audio de Mike Judge et la productrice Yvette Kaplan qui s’attarde très précisément sur les diverses techniques d’animation et les difficultés de productions à grand renforts d’anecdotes et d’informations précises. Le making of est lui aussi plutôt informatif avec un retour sur le succès de la série initiale, l’identité MTV et ce passage risqué (en particulier pour l’époque) au grand écran. La suite est plus anecdotique avec un montage des scènes les plus énervées du film et trois interventions de stars (Jennifer Tilly, Steve Buscemi et Snoop Dogg) qui expliquent comment éviter les deux loustics lorsqu’ils viennent se frotter à vous.
Liste des bonus
Commentaire audio de Mike Judge et Yvette Kaplan, Making of (23’), La musique du film (11’), Smackdown (3’), MTV Celebrity Shorts (4’), Bandes annonces.






