CHROMOSOME 3 & SCANNERS

The Brood, Scanners – Canada – 1979, 1981
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Horreur, Science-Fiction
Réalisateur : David Cronenberg
Acteurs : Oliver Reed, Samantha Eggar, Art Hindle, Cindy Hinds, Jennifer O’Neill, Stephen Lack, Patrick McGoohan, Michael Ironside…
Musique : Howard Shore
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 et 103 minutes
Editeur : BQHL Editions
Date de sortie : 26 mai 2026
LE PITCH
Chromosome 3 : Soignée pour des problèmes psychiques, Nola Craveth est suivie par le docteur Hal Raglan, inventeur d’une thérapie révolutionnaire : les psychoprotoplasmes. Les patients extériorisent leurs troubles mentaux par des manifestations organiques telles que plaies, pustules ou excroissances dermiques. Bientôt, la fille de Nola est victime d’étranges sévices, puis certains de ses proches sont sauvagement assassinés.
Scanners : Une organisation secrète a pour but d’étudier les Scanners, des mediums aux pouvoirs surnaturels et aux facultés mentales surdéveloppées. Elle recrute un jeune medium pour détecter tous les Scanners qui lui sont opposés. Il va découvrir les aspects cachés de cette périlleuse mission…
Progénitures déviantes
Prophète de la nouvelle chair et d’un cinéma viscérale brillamment intelligent, David Cronenberg s’est avec la maturité clairement éloigné de ses premiers débordements, se concentrant sur une vision plus glacée et conceptuelle du monde. Retour en arrière avec les deux éditions 4K éditées par BQHL, Chromosome 3 et Scanners, deux œuvres essentielles, autant remarquables par leurs excès que par leur maitrise avant-gardiste.
A la fin des années 70, David Cronenberg est encore loin d’être le cinéaste établi qu’il est aujourd’hui, surtout reconnu par les gens du métier pour ses deux premières œuvres expérimentales Stereo et Crimes of the Future et pour avoir fait ses premiers pas dans le cinéma d’horreur par la petite porte (ce qui ne retire en rien à leurs qualités) avec ses deux variations sur la contamination : Frissons et Rage. Pour preuve, il accepte même après ces deux-là, d’enchainer avec Fast Company, un film sur la course automobile assez efficace, mais bien loin de ses obsessions personnelles. Pourtant il va profiter d’un climat unique dans l’histoire du cinéma canadien qui grâce à une aide d’état colossale (via des déductions d’impôts) va entrainer une effervescence dans la production locale. L’argent coule à flot et les producteurs acceptent le moindre projet qui passe, mais s’il a l’air invendable, anti-commercial et franchement bizarroïde. C’est dans ce contexte que Cronenberg et son producteur Pierre David (Le Dentiste, Wishmaster) mettent en boite ce qui va devenir le passeport définitif pour le lancement d’une authentique carrière : The Brood (le titre français Chromosome 3 est ridicule) qui va alerter le monde de la critique et Scanners véritable carton populaire en particulier grâce à la vidéo.
Monde intérieur
Le tournage des deux métrages n’aura que très peu de points communs, le premier se déroulant dans un professionnalisme à toute épreuve, le second dans un désordre total, mais à l’arrivé chacun démontre définitivement de ses talents de réalisateur (choix des cadres, caméra fluide, esthétique faussement froide) autant que de ses thématiques primordiales, en particulier l’exultation de l’esprit sur le corps. Il faut dire que The Brood est directement inspiré de la vie personnelle de Cronenberg, en plein séparation avec sa moitié partie vivre dans une secte new age, où il n’hésitera pas à aller « kidnapper » sa propre fille. Le film est alors un incroyable thriller intime, éprouvant, où une adepte (Samantha Eggar totalement hallucinée) d’une nouvelle exploration psychanalytique, le psychoprotoplasme, donne naissance via des excroissances à même son corps, a des représentations physiques de ses pulsions et de sa colère. Des monstres à corps d’enfants qui massacrent avec une violence incommensurable les objets de sa thérapie, comme une haine physique, organique et monstrueuse. Sain d’esprit, le solide Art Hindle (L’Invasion des profanateurs) rejette cette dégénérescence autant psychologique qu’organique, pour sauver coûte que coûte sa fille, petit ange qui sera forcément transformé par les traumas de son arbre généalogique, comme impactant directement sur sa propre génétique. Aussi effrayant que puissant, The Brood culmine forcément dans une confrontation définitive en huis-clos, autant par le verbe que par un affrontement plus direct entre le gourou joué par le massif Oliver Reed, victime de sa propre expérimentation.
Rage Against the Machine
Et c’est une autre expérience scientifique amorale (comme La Mouche, Videodrome, eXistenz…) qui est à l’origine de la naissance des fameux Scanners. Là encore, Cronenberg pioche dans le réel, un scandale sanitaire des années 40 dans lequel l’administration a laissé un médicament expérimental être prescrit à des femmes enceintes, résultant à des malformations cérébrales terribles. Dans Scanners l’effet de l’Ephémérole est plus spectaculaire encore, puisque telles les origines des X-Men, il provoque l’apparition d’authentiques pouvoirs télépathiques. L’esprit qui malmène encore et toujours la chair (bien qu’ici il y a une idée de réciprocité), qui va jaillir de manière spectaculaire, et audacieusement gore, avec veines qui explosent sur tout le corps, combustions spontanées, projections à travers la pièce et… explosions cérébrales. Une image culte, traumatisante et fascinante qui démontre la méfiance du réalisateur face à la science incontrôlée et sans doute aussi envers une certaine idée du progrès. Ce dernier prend d’ailleurs le visage d’un consortium tentaculaire (la tête ne connaissant plus ses filiales) fait de bureaux et de couloirs froids, d’hommes de main impassibles que la monstruosité et la mutation sont prêts à avaler. On oubliera poliment la prestation invisible du fade Stephen Lack dans le rôle principal, totalement dévoré par la confrontation en arrière-plan de Patrick McGoohan (Le Prisonnier) et Michael Ironside (Total Recall), deux figures d’autorité, de pères (puisqu’ici encore toute est une question de famille) l’un répondant à une présence froide et cérébrale, l’autre à une personnalisation de… la rage. L’un des opus les plus accessibles de par sa structure et son exploitation ébouriffante d’effets spéciaux aussi viscéraux que spectaculaires, Scanners est pourtant l’un de ses essais les moins maitrisés, alternant entre phases de creux (l’enquête type espionnage trop ronronnante) et des morceaux de bravoures inoubliables, il initie clairement la révolution à venir, autant dans la filmographie du maitre (Videodrome est le suivant) et dans une vision décomplexé de la SF technologique menant jusqu’à un certain Matrix, qui ne s’est pas gêné pour en reprendre les grandes largeurs.
Image
Déjà redécouvert dans des copies Bluray flambants neuves il y a quelques années, les deux films reviennent désormais en UHD chez BQHL mais avait toujours des masters produits par l’excellente équipe britannique de Second Sight. Encore une sacrément belle surprise puisque les deux métrages, se découvrent une beauté inédite avec une image précieusement restaurée, une photographie réétalonnée (plus lumineuse et contrastée) et un piqué incroyablement généreux. Si quelques scories et un grain bruité persistaient encore sur les anciennes copies HD, ils ont ici totalement disparus pour un rendu cinématographique pointu, ultra fluide et qui maintient justement les textures et fibres de la pellicule sans jamais s’y perdre. Les argentiques sont resplendissant, et les couleurs n’ont plus rien des restes fanés d’autrefois jouant sur des ocres, des gris pierreux, des rouges et des noirs impeccablement contrastés. En un mot comme en cent, les deux films n’ont jamais été aussi beaux qu’ici.
Son
Plutôt solides, les versions françaises des films ont été préservées au format DTS HD Master Audio 2.0 pour un résultat propre et efficace.
Les versions originales retrouvent elles aussi leurs propositions sonores initiales (adieux les 5.1 artificiels) avec des monos disposés dans des DTS HD Master Audio 2.0 aussi clairs que bien balancés. Pas l’once d’une faiblesse audible, c’est clair et ferme avec une belle emphase sur les compositions d’Howard Shore.
Interactivité
BQHL reprend donc le relais de Pathé pour proposer à nouveau sur ses galettes de Chromosome 3 et de Scanners les différents bonus développés il y a une bonne dizaine par l’édition anglais Second Sight. Une série de rencontres plutôt intéressantes mais où on ne trouve qu’une seule interview disponible du réalisateur et qui se concentre uniquement sur ses débuts, de Stereo à Rage, s’arrêtant justement avant la production de Chromosome 3. Un peu dommage tout de même. Heureusement, d’autres intervenants vont tenter d’éclairer les coulisses des deux films, avec par exemple les acteurs Robert Silverman (figure régulière des films de Cronenberg), Art Hindle, Cindy Hinds, Lawrence Dane ou Stephen Lack qui évoquent leur collaboration avec le cinéaste et délivrent quelques anecdotes sympathiques sur les tournages. Mais les segments véritablement indispensables sont ceux consacrés au producteur Pierre David et au directeur photo Mark Irwin. Clairement pas adeptes de la langue de bois, les deux plongent avec bonheur dans leurs souvenir pour révéler souvent quelques détails croustillants, évoquer le contexte très particulier de l’industrie du cinéma canadien de l’époque, une production compliquée pour Scanners, les relations conflictuelles avec certains acteurs et actrices, le comportement chaotique d’Oliver Reed, mais aussi de vrais regards sur ce cinéma. La méthodologie extrêmement carrée du cinéaste, ses réflexions combinées avec Irwin sur l’esthétique de ses films… Tout cela traverse des entretiens véritablement éclairants.
Pour cette prestation UHD, BQHL a tout de même voulu apporter son petit grain de sel et a invité le critique / historien du ciné de genre Sébastien Gayraud (Mondo Movies : Reflets dans un œil mort) à venir présenter les deux œuvres. Remise en contexte de l’époque de production et du cadre du cinéma canadien, retour sur la filmographie de Cronenberg, thématiques revisitées ou initiées ici, visions de la monstruosité, empreintes gothiques et moderne, réflexion sur l’évolution de la figure du couple, références autours de la question des pouvoirs psychiques : avec presque une heure à chaque fois le monsieur n’est pas là pour faire du remplissage et a effectivement beaucoup de chose à raconter.
Liste des bonus
Chromosome 3 : Présentation du film par le journaliste Sébastien Gayraud (52’), « Character for Cronenberg » : entretien avec Robert A. Silverman (10’), « David Cronenberg: The Early Years » : entretien avec David Cronenberg (13’), « The Look of Rage » : entretien avec Mark Irwin, chef opérateur (13’), « Producing the Brood » : entretien avec Pierre David, producteur (11’), « Meet the Carveths » : rencontre avec les acteurs Art Hindle et Cindy Hinds (20’).
Scanners : Présentation du film par le journaliste Sébastien Gayraud (50’), « The Eye of Scanners » : entretien avec le chef opérateur Mark Irwin (15’), « The Chaos of Scanners » : entretien avec le producteur Pierre David (14’), « Exploding Brains & Popping Veins » : entretien avec le superviseur des maquillages spéciaux Stephan Dupuis (9’), « Bad Guy Dane » : entretien avec Lawrence Dane (5’), « My Art Keeps Me Sane » : entretien avec Stephen Lack (24’).








