NUIT ET BROUILLARD

France – 1956
Support : Bluray
Genre : Documentaire
Réalisateur : Alain Resnais
Acteurs : Voix off de Michel Bouquet, texte de Jean Cayrol
Musique : Hanns Eisler
Durée : 32 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Français PCM 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Editeur : Potemkine Films
Date de sortie : 19 mai 2026
LE PITCH
1955 : Alain Resnais, à la demande du comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, se rend sur les lieux où des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont perdu la vie. Il s’agit d’Orianenbourg, Auschwitz, Dachau, Ravensbrück, Belsen, Neuengamme, Struthof. Avec Jean Cayrol et l’aide de documents d’archives, il retrace le lent calvaire des déportés.
L’horreur est humaine
70 ans après sa sortie, Nuit et Brouillard nous replonge dans les limbes de l’horreur de la Seconde Guerre mondiale dans une version restaurée. Le film d’Alain Resnais demeure toujours et encore aussi important, comme un rappel, un avertissement de ce que l’humanité peut avoir d’inhumaine.
L’activité de critique de films nous fait parfois réaliser des grands écarts quasi comiques. Comment passer d’un navet à un chef d’œuvre ? D’une romance à une tragédie ? D’un Bud Spencer à un Woody Allen, d’un Statham à un Fellini !? Et comment aborder une œuvre telle que ce Nuit et Brouillard qui nous envoie dans les brumes justement. Alors que les conflits font rage aux quatre coins du monde, et toujours un peu plus depuis quelques temps, alors que les Pro, les Anti, les révisionnistes, les légitimistes se disputent…regarder un tel film, un tel document nous rappelle une chose universelle sur laquelle nous devrions tous tomber d’accord : l’horreur n’a pas de religion, de couleur, d’origine contrôlée ou pas, non, comme le disait Coluche, « l’horreur est humaine ».
Revoir ces images que nous pensions bien connaître, et qui malgré tout nous révulsent toujours, entendre ce magnifique texte tellement et simplement humain de Jean Cayrol (résistant et déporté à Mauthausen), déclamé par le déjà excellent Michel Bouquet (il avait à peine 30 ans), ne peut laisser indifférent… Et oui, plus de 70 ans après sa réalisation, Nuit et Brouillard vous met toujours des coups de poing dans la tronche et dans le ventre. Et si ce film a un but, c’est bien celui-ci, nous faire mal pour ne pas oublier, ne jamais oublier.
Une première pierre
Lorsque Anatole Dauman, convaincu et enthousiasmé par le projet d’Henri Michel et Olga Wormser, propose le sujet brûlant du film au jeune Alain Resnais, celui-ci refusa d’emblée, ne s’estimant pas légitime. Réalisateur de courts-métrages depuis les années 1930 sur des thèmes artistiques (Van Gogh, Guernica) et politiques (le censuré Les statues meurent en 1953, sur la colonisation, avec Chris Marker qui sera aussi présent sur Nuit et Brouillard), Resnais accepte finalement quand Jean Cayrol rejoint la partie pour écrire le texte. Écrivain, résistant et déporté à Mauthausen, l’auteur de Je vivrais l’amour des autres apporte la légitimité voulue par le cinéaste.
Nuit et Brouillard (Nacht und Nebel : décret de 1941 ordonnant la déportation de tous les ennemis-opposants au régime nazi, et leur disparition) n’est pas seulement un assemblage, un collage d’images d’archives, et Resnais et son équipe iront jusqu’en Pologne dans différents camps dont le tristement célèbre d’Auschwitz-Birkenau pour tourner d’autres séquences en 1955 sur les ruines de l’enfer concentrationnaire. La Bande Originale mémorable est signée Hanns Eisler, autrichien ami de Bertold Brecht et contraint à l’exil en 1933. Il adapte un chant de prisonniers politiques allemands communistes, Le chant des marais.
Au-delà du choc, de la violence de certaines images (ce qui expliquera une volonté de « censure », d’interdiction aux moins de 16 ans des autorités françaises), le film cherche surtout à dépeindre une certaine banalité du mal, et appuie sur l’intelligence humaine, la technique déployée pour mener à terme ce funeste projet d’extermination. La spécificité juive de la Solution finale n’étant alors que peu connue, ou plutôt tue, le long-métrage tend à englober toutes les victimes du Troisième Reich dans un grand ensemble. Il s’agit d’une première pierre à l’édification d’une Histoire de la déportation, un jalon important et décisif magnifié par les images de Resnais, la musique d’Eisler et le récit de Cayrol lu par la voix blanche de Michel Bouquet.
Présenté Hors-compétition au Festival de Cannes 1956 pour ne pas froisser l’Allemagne, le film connaîtra un important succès en salles avant de devenir un objet pédagogique régulièrement utilisé à l’école.
Image
L’ancienne édition DVD Arte de 2003 est évidemment surpassée par cette sortie HD. Le film a été restauré en 4K par Argos Films à partir du négatif 35mm. La copie est propre et stable dans l’ensemble. Il existe des écarts de qualité entre les images d’archives et celles de 1955, plus lumineuses et saturées.
Son
La Bande son a été restaurée par L.E. Diapason à partir du positif 35mm. Le mixage est clair, sans souffle.
Interactivité
Pour cette édition de ce monument du film documentaire, les éditions Potemkine ont réalisé un joli travail éditorial qui rend indispensable cette édition, notamment pour les historiens.
Outre le livret, le Blu-Ray regorge de près de trois heures de bonus vidéo. Le documentaire de Jean-louis Comolli peut se regarder comme un cours magistral sur l’Histoire de la déportation et sa mémoire à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. On en apprend ainsi plus sur les artisans de l’ombre que furent Henri Michel et Olga Wormser du comité d’histoire de la Seconde Guerre Mondiale.
Les deux autres bonus nous permettent de mieux appréhender le contexte, la réception du film, les controverses autour d’un film qui reçut le Prix Jean Vigo notamment pour protester contre la censure.
Liste des bonus
Un livret de 80 pages avec documents d’archives, texte inédit de Michel Grtibenski sur la musique composée par Hanns Eisler ; « Face aux fantômes », documentaire réalisé par Jean-louis Comolli avec Sylvie Lindeperg (109’) ; « Les yeux grand ouverts », réalisé par Margot Grenier (14’) ; Entretien avec Jean-Michel Frodon (47’).





