LA TAVERNE DE LA JAMAÏQUE

Jamaica Inn – Royaume-Uni – 1939
Support : UHD 4K
Genre : Aventure
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Acteurs : Robert Newton, Charles Laughton, Leslie Banks, Maureen O’Hara, Emlyn Williams, Basil Radford…
Musique : Eric Fenby
Durée : 99 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Factoris Films
Date de sortie : 1er juillet 2026
LE PITCH
À la mort de sa mère, la jeune Mary Yellan part en Cornouailles retrouver la seule famille qui lui reste : sa tante Patience et son mari Joss. Ce dernier est le tenancier de la taverne de la Jamaïque, un lieu à la réputation des plus sordides, repaire des brigands du coin. Le soir de son arrivée, Mary sauve la vie d’un des malfrats, Jem Trehearne, accusé d’avoir volé une part de leur dernier butin. Tous deux parviennent à s’échapper de la taverne et trouvent refuge chez l’excentrique juge Pengallan. Mais ils ignorent que ce dernier est en réalité le chef des bandits, à la tête de toutes les opérations de pillage…
Pirates des Cornouailles
Mélodrame historique romancé, dernier film de sa période anglaise avant de succomber temporairement aux avances de David O. Selznick, Hitchcock a beau ne pas aimer La Taverne de la Jamaïque, difficile de considérer le métrage comme une œuvre mineure de sa filmographie.
Certes, Hitchcock a déjà la tête tournée vers les Etats-Unis lorsqu’il s’engage sur l’adaptation du roman éponyme de Daphné du Maurier, dont il tournera deux adaptations coup sur coup (La Taverne donc, puis Rebecca en 1940…avant Les Oiseaux en 63) et pourtant, son film n’a pas à rougir de comparaison avec ses métrages précédents, même si, il faut le reconnaitre, nous n’atteignons pas les fulgurances de la première version de L’Homme qui en savait trop ou d’Une femme disparait. Collaborant avec le grand Charles Laughton (dont l’Histoire retiendra son unique réalisation, le chef-d’œuvre La Nuit du chasseur), auquel il confie le rôle de Sir Humphrey, un riche notable à la tête d’une organisation criminelle. Acteur remarquable (pour en savoir plus, on ne saurait vous recommander la lecture de En tête à tête avec Orson, Welles étant un fin connaisseur de la carrière de Laughton et aborde le sujet au cours de l’une de ses nombreuses anecdotes), Laughton écrase un peu tout le monde par sa présence. Groupe de pirates oblige, Hitchcock va réunir un cast de sales têtes, auquel il oppose la toute jeune Maureen O’Hara, tournant ici son troisième film et obtenant pour la première fois la tête de l’affiche.
La nuit des chassés
La ressortie sur les écrans est donc la parfaite occasion de profiter du sens de l’aventure dont était capable le futur réalisateur de Vertigo et de s’apercevoir, de (re)découvrir son goût pour le spectacle et son amour du public. Pas vraiment audacieux dans sa réalisation, Hitchcock n’en demeure pas moins très astucieux et capable d’insuffler un rythme tendu dans la moindre scène aussi banale soit elle (voir la séquence dans laquelle la jeune Mary se déplace pour éviter de croiser les pirates avant de s’échapper : une leçon de gestion de l’espace sur plusieurs niveaux). Ce que l’on considère comme acquis aujourd’hui en termes de mise en scène et de construction du suspense ne l’était pas à l’époque. Une contextualisation est bien sûr nécessaire à la pleine appréciation d’un tel film, mais La Taverne de la Jamaïque peut bien sûr s’apprécier comme tel. C’est là tout le talent précurseur d’Hitchcock en matière de divertissement et ce, malgré les quelques ficelles scénaristiques usées de nos jours.
Alfred Hitchcock n’aimait donc pas son film. Connu pour avoir un certain pouvoir sur les acteurs, c’est probablement la faible emprise qu’il avait sur Laughton, également coproducteur, qui l’a un peu agacé et détaché de son métrage, ce dernier ayant même réussi à faire modifier le scénario d’origine pour donner plus d’importance au personnage. Quand deux fortes têtes se rencontrent, on peut déboucher sur une catastrophe. Mais on peut aussi aboutir à un film entrainant, remplissant son cahier des charges et ses promesses auprès des spectateurs. Bien sûr, impossible de savoir quelle serait la place de cette taverne si Hitch’ avait continué sa carrière en Angleterre. Elle n’en demeure pas moins une œuvre charnière dans la carrière de l’un des réalisateurs les plus appréciés. Une ressortie à ne pas louper !
Image
Ressorti en salle puis en Bluray il y a dix ans avec sa superbe nouvelle copie 4K, La Taverne de la Jamaïque vient s’installer (enfin !) confortablement sur support UHD. Bien entendu la source est la même et le travail de restauration toujours des plus impressionnants. L’image est fine, presque neuve, débarrassée de la moindre trace, mais se montre tout aussi généreuse dans sa restitution naturelle et organique du grain de pellicule d’origine. Impressionnant, et ce d’autant plus dans la restitution des jeux de lumière omniprésents, dans la profondeur de champs et la révélation d’une scénographie élégante. Quelques fondus enchainés montrent un léger affaiblissement, mais franchement on tient là une restauration impeccable.
Son
Disposé en DTS-HD Master Audio 2.0, le mono de la version originale a lui aussi profité d’un certain rafraichissement, mais qui reste heureusement fidèle au rendu de départ. Le son est frontal, clair et direct et tout au plus laisse entendre de timides chuintements, mais là encore la restauration est difficilement attaquable.
Interactivité
Bonus central de l’édition, Naufragés en studio est une présentation face caméra signée par Donald Spoto, auteur du livre La Face cachée d’un génie : La Vraie vie d’Alfred Hitchcock. A priori donc, le bonhomme s’y connait, et entreprend ici de raconter les grandes lignes de la création de La Taverne de la Jamaïque. Le travail d’adaptation oui, mais surtout la relation tendue entre Laughton et le cinéaste, la découverte de Maureen O’Hara, l’incroyable rendu du tournage en studio, tout en s’efforçant à chaque fois d’offrir des ponts avec les œuvres antérieur et postérieur du maître. Un bon document, teinté d’un petit humour pince-sans-rire très anglais dont le seul défaut est sa trop courte durée.
Par rapport à l’ancienne édition Bluray de Carlotta Films, la proposition de Factoris gagne au passage un petit item sur le travail de restauration avec des présentations avant / après particulièrement démonstratives.
Liste des bonus
Naufragés en studio (13’), La restauration (4′), Bande-annonce.






