NOROÏ : THE CURSE

ノロイ – Japon – 2005
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Koji Shiraishi
Acteurs : Jin Muraki, Rio Kanno, Tomono Kuga, Marika Matsumoto, Yoko Chosokabe, Hiroshi Aramata…
Musique : Aucun
Durée : 114 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Japonais et Français DTS-HD 5.1
Sous-titres : Français
Editeur : Factoris Films
Date de sortie : 22 avril 2026
LE PITCH
Journaliste spécialisé dans les événements paranormaux, Masafumi Kobayashi est alerté par une mère de famille sur les bruits étranges qui proviennent de la maison voisine où vit une mère célibataire recluse et son fils de 10 ans. Cette enquête à priori anodine n’est que le point de départ d’une malédiction ancestrale qui entraînera la chute de Kobayashi en le confrontant au démon Kagubata, …
Pas très normal activité
Au croisement du found footage et du documenteur et produit alors que la J-Horror entamait son inexorable déclin, film fauché et en apparence anecdotique s’étirant sur un rythme volontiers rédhibitoire, Noroi mérite pourtant aujourd’hui d’être redécouvert. Jouant du choc entre un réalisme exacerbé et au sérieux inébranlable venant se fracasser par vagues successives sur le grotesque d’une malédiction ubuesque comme seul le pays du soleil levant est capable d’en produire, le film de Koji Shiraishi est l’équivalent d’une adaptation par Jacques Pradel acoquiné à toute l’équipe de Strip-Tease d’une histoire de Junji Ito gribouillée sur un coin de table un soir de cuite au saké frelaté. Et on exagère à peine.
Et d’ailleurs, faux found footage ou vrai documenteur ? Dans le cas de Noroï, la question peut se poser. Dans sa première moitié, le film de Kôji Shiraishi verse sans équivoque dans le documentaire bidon, en mêlant interviews et reportages sur le terrain mené par un journaliste du paranormal au look bonhomme, volontairement en retrait pour ne pas « contaminer » son sujet ou pour créer le doute chez le spectateur. Mais ces séquences d’investigation pure sont entrecoupés d’extraits d’émissions et d’interventions d’experts, avec des sources de qualité variable. Il est assez stupéfiant d’assister au travail de « reconstitution » mené par Shiraishi pour nous convaincre que l’on assiste bel et bien à l’une de ces vidéos promettant moult révélations sur les activités de l’au-delà et des forces du mal et que l’on s’arrachait alors en vente par correspondance après s’être laissé avoir par une annonce alléchante dans un magazine ou sur un internet encore balbutiant.
Avec quelques années d’avance sur le [REC] du duo Jaume Balaguero/Paco Plaza, le cinéaste japonais joue tel un virtuose des codes visuels, narratifs et même sonores (ah, ces moments où un technicien isole sur une bande magnétique LE petit bruit qui fait monter le trouillomètre !) pour mieux en démontrer les artifices. Et c’est bien évidemment dans ces failles que le mal, le vrai, peut alors s’introduire pour substituer à des frissons de pacotilles une terreur sourde et qui s’accroche à la peau comme un vieux pansement qui suinte. Et c’est à partir de ces moments-là, en réalité, que le found footage prend progressivement le relais, la caméra cessant d’être un témoin passif et objectif pour subir les assauts décousus du démon Kabugata. Jamais ostentatoire, ce glissement d’un mécanisme à l’autre en dit long sur la personnalité du réalisateur, tantôt prestidigitateur, tantôt affabulateur, tantôt sorcier pervers.
Façon puzzle
On peut comprendre ce qui aura rebuté le public de l’époque. Les longues coupes, le refus du crescendo systématique, le zapping entre reportage, émission, talk-show ou images d’archives ou encore ces scènes qui semblent s’attarder sur ce que certains auraient abandonné sur la table de montage, tous ces choix aboutissent à une sorte de non-rythme qui réclame de la patience et de la concentration de la part du spectateur. Dans sa narration, Kôji Shiraishi refuse de donner une vision claire de son histoire, ne la dévoilant que par bribes. Contrairement à Ring ou Ju-On, il est tout à fait impossible de résumer le pourquoi du comment de la malédiction de Kabugata. Quelles sont les règles, quelles sont ces pouvoirs ? Bien malin qui saura répondre. C’est bien évidemment assez frustrant et il n’est pas exclu que cette absence manifeste de cohérence ne soit là que pour masquer l’improvisation totale des scénaristes. Mais l’effet secondaire (inattendu ?) est de laisser croire au public que Kabugata est capable de tout (possessions, suicides collectifs, accidents mortels) et que les simples mortels ne sont pas équipés pour le combattre ou fuir son courroux.
Le flou ne suffisant pas à diffuser et à installer durablement du malaise et de la trouille, Shiraishi s’offre dans sa direction d’acteurs de purs moments de folie, personnifié par un personnage de voyant excentrique recouvert de papier alu et dont chaque apparition provoque une gêne absolue. Doit-on rire, doit-on avoir peur ? Les deux, mon capitaine et le cabotinage frappadingue de Satoru Jitsunashi est un grand moment de n’importe quoi inquiétant. Comme dirait Ben Stiller, le bougre est en mode « full retard ». Et d’autres personnages viennent également percuter la banalité du journaliste Kobayashi, comme cette jeune voisine au sourire et à l’étonnement suspect, comme cette mère de famille apparemment possédée par Kabugata et qui s’offusque un peu trop fort lorsque l’on tape à sa porte ou comme cet ancien du village à l’amabilité qui interroge beaucoup (un suppôt du démon ?). Dans une démarche aussi paranoïaque que bordélique, Shiraishi nous pousse à questionner tout ce que l’on voit, à chercher le mal partout, à ne jamais se sentir à l’aise ou en sécurité. Pour ceux qui mettront tout à priori de côté en laissant aux maladresses du film le bénéfice du doute, on ne va pas se mentir, le visionnage peut se révéler aussi addictif que perturbant.
Image
Tourné en vidéo avec une image volontairement terne, grise, parfois mal dégrossie, Noroï pique forcément les yeux. Un choix esthétique que respecte à la perfection ce bluray exemplaire qui installe une distinction très nette entre les sources exploitées à l’écran. De la restitution fidèle, sans esbroufe (ou presque).
Son
La version française est sans le moindre espèce d’intérêt. Choisissez donc le mixage original, sans vous poser de question. Comme pour l’image, le son est consciemment brut de décoffrage avec des variations de volume instantanée, du sous-mixage, du souffle. En bref, tous les artifices possibles pour appuyer le réalisme du film.
Interactivité
Encore vert dans le paysage de l’édition vidéo, Factoris Films soigne le boulot et fait oublier le DVD très confidentiel de 2010 publié chez Kaze. Par la technique, d’abord, mais aussi par son interactivité qui n’en fait pas des caisses mais qui s’avère très roborative. On commence avec un sujet très pointu sur le found footage nippon, animé par Romain Plourde, très enthousiaste et érudit mais auquel on reprochera justement au passage sa prononciation de « found footage » ou de « Guinea Pig » (on pinaille mais bon). Et on enchaîne avec une interview à distance de Koji Shiraishi, là encore dans la bonne humeur. Deux modules très riches en informations et qui répondent à peu près à toutes les questions que l’on pourrait se poser. Le même Shiraishi se fend d’une introduction et l’éditeur a glissé une affiche du film dans le digipack. Vraiment sympa et surtout, exclusif à cette édition.
Liste des bonus
Introduction du film par Koji Shiraishi (1’), « Faux documentaire, vrai cauchemar : Retour sur le documenteur japonais » par Romain Plourde, Jumpscare (27’), Entretien exclusif avec Koji Shiraishi (47’), Teaser et bande-annonce (1′).







