DANGEREUSE SOUS TOUS RAPPORTS

Something Wild – Etats-Unis – 1986
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Comédie dramatique, Thriller
Réalisateur : Jonathan Demme
Acteurs : Melanie Griffith, Jeff Daniels, Ray Liotta, Jack Gilpin, Margaret Colin, Tracey Walter…
Musique : Laurie Anderson, John Cale
Durée : 114 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Bubbel Pop’ Edition
Date de sortie : 15 juin 2026
LE PITCH
Charles, homme d’affaire coincé, rencontre Lulu, tornade sensuelle au goût du risque, qui fait exploser son quotidien bien rangé en l’embarquant dans une fuite en avant pleine de séductions ambiguës, de jeux de pouvoir et de liberté électrisante…
Wild Things
Véritable pépite 80’s que nous propose ici l’éditeur BubbelPop, un road-movie qui s’avère être un savant mélange de comédie sentimentale, satire sociale et thriller. Avec un casting cinq étoiles et réalisé par Jonathan Demme qui, après avoir réalisé quelques films d’exploitations, décidait de passer à la vitesse supérieure, notamment en livrant ici un film ambitieux où se dégage au final quelque chose d’assez puissant et unique.
Plus connu pour avoir réalisé Le Silence des agneaux et Philadelphia, ces deux plus gros succès commerciaux et critiques qui l’on définitivement fait passer de réalisateur de l’ombre à la lumière, Jonathan Demme est parti de loin avant de rencontrer le succès et sa carrière a été très loin d’être un long fleuve tranquille. C’est d’abord sous la houlette de Roger Corman qu’il aura l’occasion de faire ses armes, pour qui il livrera quelques séries B, avec, Corman oblige, des budgets dérisoires et des histoires très vite oubliables, mais dont déjà il sait tirer le meilleur comme dans 5 Femmes à abattre. Dans les années 80, il se décidera à faire preuve de plus d’ambition, notamment en réalisant en 1984 le sublime drame romantique et pourtant méconnu et oublié Swing Shift avec Goldie Hawn et Kurt Russell qui sera un échec malgré les bonnes critiques et un humanisme, propre au réalisateur, qui imprègne ce bijou. En 1986, il livre enfin Dangereuse sous tout rapport qui ne connaîtra pas non plus le succès espéré, et pourtant, bien que très différent de son précédent film, ici, il va livrer une œuvre qui mélange tous les genres avec maestria. Un film qui ne va cesser de nous déstabiliser tout le long.
Se plaçant au départ sur le ton de la comédie déjantée et du road-trip irrésistible, car bénéficiant d’un très bon scénario, le film va ensuite basculer vers quelque chose de plus grave et violent, sans que le cinéaste ne perde le fil un seul instant. Nous sommes donc saisis par la rigueur dont fait preuve Jonathan Demme pour rendre l’ensemble cohérent et prenant, Demme n’ayant pas besoin de grands discours pour rendre attachants ses deux héros, imaginant au passage avec bonheur ce qui est sans doute le fantasme « caché » de beaucoup d’hommes… Il y a quelque chose d’à la fois vraiment piquant et assez tragique que peu de réalisateurs sont capables de maîtriser, surtout en passant d’un genre à un autre d’une seconde à l’autre. Autre grande réussite de ce film, c’est la dimension humaine qui règne tout le long tout en dégageant un charme et une modernité indéniables. Dans ce voyage, Jonathan Demme aime s’attarder en filmant les visages de parfaits inconnus, des personnes d’une Amérique profonde, ce qui rajoute à l’ensemble une sincérité authentique qui rappelle son attachement à la forme documentaire.
Locos de amor
Comme il le fera pour Veuve mais pas trop deux ans plus tard, Demme nous narre la naissance d’une passion basée sur le mensonge et les non-dits, car si Lulu est une personnalité complexe, on découvre au fil du récit riche en rebondissements que Charles l’est tout autant. Ici, on finit par vite s’apercevoir que Lulu et Charles partagent finalement ce même sentiment d’avoir raté quelque chose dans leur vie. Leur rencontre va ainsi être l’occasion de corriger le tir, non sans risquer de tout perdre. C’est donc sur le fil du rasoir que nos deux protagonistes marchent constamment, au gré des révélations, de leur vécu et de leurs sentiments.
En grand amateur de musique, Jonathan Demme enrichit à nouveau son film d’une superbe belle bande-son, profitant d’un carnet d’adresses fourni. Ainsi David Byrne -leader des Talking Heads, groupe autour duquel le réalisateur a signé le documentaire Stop Making Sense– voisine avec Fine Young Cannibals et le groupe new-yorkais The Feelies. Ce dernier offre d’ailleurs une prestation live sur la scène de la fête des anciens du collège. Dangereuse sous tous rapports est l’œuvre d’un réalisateur/auteur libre. La singulière et réjouissante bande-son très bien fournie en est d’ailleurs la parfaite incarnation, tirant même parfois le film vers une très belle balade musicale. On ne peut plus divertissante et surprenant, cette romance définitivement pas comme les autres, permet aussi de profiter des talents conjugués de l’irrésistible et sensuelle Melanie Griffith (Body Double, Working Girl…), de l’impensable Jeff Daniels (La Rose pourpre du Caire, La Brûlure…) et du glaçant Ray Liotta (Les Affranchis, Copland…).
Vous aimez les œuvres qui font preuves d’audace, d’originalité, d’imprévisibilité et de maîtrise ? Alors ce film est pour vous. Surtout quand le tout est emballé par un génie qui excelle lorsqu’il s’agit de nous offrir une certaine peinture de l’Amérique, passant de la comédie débridée, à la fugue poétique puis virer au cauchemar.
Image
Quelques années après la prestation de Wild Side Video, Bubbel Pop’ Edition propose sa propre « lecture » de la même source HD produite à partir d’un interpositif 35mm. Mais les années ont passé et clairement le nouvel éditeur à franchement peaufiné le rendu avec des teintes plus fermes et naturelles et un piqué légèrement plus poussé. L’effort est particulièrement flagrant sur le disque UHD qui certes reste de l’upgrade 4K mais assure cependant une fidélité appréciable à la source tout en poussant nettement plus loin sa définition et ses contrastes sans jamais tomber dans l’artificialité. Une très bonne surprise.
Son
Un léger, mais vraiment léger, avantage pour la version originale, mais la version française, d’origine en mono, a fait l’objet elle aussi d’un beau coup de polish et cerise sur le gâteau, elles sont toutes deux proposées en 2.0 classiques mais aussi dans des prestations DTS HD Master Audio 5.1 qui ajoute quelques dynamiques et ambiances, légères, plutôt appréciables.
Interactivité
L’édition se présente sous la forme d’un élégant coffret mediabook limité à 330 exemplaires, où l’on peut trouver un livret de 40 pages écrit par Stéphane Chevalier mais aussi l’affiche du film.
Parmi les bonus vidéo, un entretien avec David Mikanowski, journaliste cinéma au Point Pop, qui revient principalement sur le film tout en évoquant d’autres road-movies impliquant une femme et un homme, et en faisant aussi le point sur la carrière de Jonathan Demme et du casting. Un entretien riche, dense et passionnant. Nous retrouvons ensuite Jean-Baptiste Thoret, qui amène une analyse toujours très fine, ainsi qu’un excellent décryptage d’une scène charnière avec le journaliste Jacques Demange.
Stéphane Chevalier et Mika (pas le chanteur) reviennent sur ce qui caractérise le cinéma de Jonathan Demme en 10 points. Un échange ludique et très sympa.
Liste des bonus
Dangereuse sous tous rapports par David Mikanowski (26’), Dangereuse sous tous rapport ou la diversité américaine par Jean-Baptiste Thoret (36’), La Transition Jonathan Demme par Jacques Demange (7’), Jonathan Demme en 10 points par Stéphane Chevalier et Mika (19’), Bandes-annonces (4’).






