LE SYNDICAT DU CRIME : LA TRILOGIE

A Better Tomorrow / 英雄本色, A Better Tomorrow II / 英雄本色Ⅱ, A Better Tomorrow III: Love and Death in Saigon / 英雄本色Ⅲ夕陽之歌 – Hong-Kong – 1986, 1987, 1989
Support : UHD 4K
Genre : Action, Policier
Réalisateur : John Woo, Tsui Hark
Acteurs : Chow Yun-Fat, Ti Lung, Leslie Cheung, Tony Leung Ka Fai, Anita Mui, Kien Shih, Emily Chu, Shing Fui-On, Wise Lee…
Musique : Joseph Koo, Koo Ka-Fai, Lowell Lo
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonais et Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 95, 105 et 105 minutes
Editeur : HK Vidéo
Date de sortie : 17 juillet 2026
LE PITCH
Ho et Mark sont deux membres des Triades, unis par une indéfectible amitié. Trahi, Ho est arrêté et incarcéré. A sa sortie de prison, il découvre que Mark a perdu l’usage d’une jambe en cherchant à le venger. Rejeté par son jeune frère, épié par la police, Ho tente de refaire sa vie, mais se heurte à son ancien gang bien décidé à le récupérer. Au prix du sang, Ho et Mark vont regagner leur honneur et leur dignité perdus…
Les larmes des héros
Le premier film fut une véritable révolution dans le cinéma de genre HK et le signe de la renaissance d’un réalisateur pouvant enfin affirmer son regard et son style à l’écran : John Woo. La trilogie est le reflet d’une discussion, parfois âpre, entre le cinéaste, son producteur et ami Tsui Hark et les réalités de l’industrie. C’est dans tous les cas fascinant, incontournable et Chow Yun-Fat y est bien entendu magistral.
Véritable tsunami au box-office asiatique de l’année 1986 et toujours considéré à Hong-Kong comme une référence absolue du polar HK, loin devant The Killer et A Toute épreuve, Le Syndicat du crime était pourtant un projet d’outsiders. A l’image des personnages du film qui ont encore tout à prouver et doivent refaçonner leur place dans un monde du crime qui s’est efforcé de les briser, John Woo par exemple aura dû ronger son frein des décennies durant aux sein des studios, alternant les comédies, les drames et les films de sabres (La Dernière chevalerie n’en reste pas moins un très beau John Woo), avant de pouvoir enfin tourner son film de gangster entre Melville et classiques japonais. A l’origine du projet, Tsui Hark avait dû créer sa propre firme, la Film Workshop afin de retrouver la liberté connue sur le fameux Zu et produisait pour la première fois un film dont il n’était pas lui-même le réalisateur. A l’écran les trois acteurs principaux avaient eux aussi tout à prouver : Ti Leung, ex-stars de la Shaw Brothers était tombé dans l’oubli, Leslie Cheung n’était alors cantonné qu’aux rôles de bellâtres adolescents et Chow Yun-Fat, grande star de la télévision, était considéré comme un chat noir du box-office.
Une histoire d’amitiés et d’honneur
Ce sont surement toutes ces énergies, et ce besoin de se démarquer qui donne toute cette intensité dramatique à A Better Tomorrow (le titre anglais résonne comme un souhait), réactivant les valeurs chevaleresques et les grandes amitiés fraternelles des wuxia d’autrefois, en les inscrivant dans un décor de film noir contemporains. A une époque où la kung-fu comedy et le film d’action musclé sont rois, une tragédie criminelle comme Le Syndicat du crime célébrant les valeurs d’une noblesse d’une disparu et d’amitiés inconditionnelles où les hommes laissent exprimer autant leur rage que leur sentiments profonds renverse littéralement les codes. John Woo y exprime pour la première fois toute l’étendue de sa vision du monde cinématographique et explore une mise en scène qui frôle plus d’une fois la virtuosité, en particulier lorsqu’elle s’attarde sur le façonnement d’un personnage au départ secondaire, le fameux Mark, qui va peu à peu s’approprier tous les oripeaux du héros de polar à l’ancienne (les lunettes, le manteau, le costume, l’attitude… ) et bouffer littéralement l’écran grâce au charisme fascinant d’un Chow Yun-Fat enfin maitre de son image. Une icône nait à l’écran mais elle réussit à ne jamais faire de l’ombre aux autres et existe à l’écran comme le révélateur des faiblesses du repenti Sung (Ti Leung) et de sa relation à reconstruire avec le jeune frère Kit (Leslie Cheung) entré dans la police. Façonné comme un mélodrame d’action où les premières minutes presque décontractées et tournées vers la comédie, le film ne fait qu’annoncer une chute inéluctable dont le plus grand enjeu sera pour tous les trois de se relever. Un film qui reste toujours aussi fort et résiste admirablement au temps, la flamboyance du romantisme à la John Woo étant encore pétrie d’une construction relativement classique où les scènes d’action ne sont pas encore tout à fait le cœur du dispositif.
Une histoire d’argent et de sang
Une limite qui sera largement franchie avec Le Syndicat du crime 2 dont le grand final d’une bonne quinzaine de minutes tournant au gunfight baroque et au massacre sanglant aux airs de fin du monde chorégraphié est certainement resté dans les annales. Le lyrisme barbare de John Woo y explose totalement, mais le reste de ce métrage essentiellement voulu par le coproducteur et distributeur Cinema City, s’avère nettement moins convaincant. Imaginé uniquement pour des motivations mercantiles, ce second chapitre doit composer avec le désintérêt relatif de John Woo et de Tsui Hark, mais aussi avec la mort mémorable du personnage joué par Chow Yun-Fat dans l’opus précédent. Un frère jumeau sort de nulle-part (l’acteur reste génial mais la suspension de crédibilité est douloureuse atteinte) et le personnage de parrain torturé Si Lung est entièrement conçu pour redonner un coup de boost à la carrière de Dean Sheck… accessoirement l’un des fondateurs de la Cinema City. Le scénario s’avère rapidement une construction branlante et laborieuse (les interminables séquences américaines, le trauma pathétique du personnage…) et ne survit certainement que grâce à ces fameuses scènes d’action, chorégraphiées par Ching Siu-Tung, électrisantes et spectaculaires, et sans doute aussi à l’emphase mise sur le personnage de Leslie Cheung, plus complexe et incarné, et qui devient à son tour l’agneau sacrificiel dans ce nouveau feuilleton de mafia chinoise, de trahisons et d’amitiés vengeresses.
Une histoire d’amour et de mort
Le concept de la prequelle avait pourtant été immédiatement évoquée par John Woo, s’appuyant sur un dialogue évoquant la naissance de l’amitié entre Sung et Mark au Vietnam, mais c’est finalement Tsui Hark qui la tourna trois ans après la sortie du premier opus. Basé justement sur les discussions, parfois houleuse, qu’il a pu avoir avec son ami John Woo, ce troisième chapitre ressemble forcément parfois beaucoup au Une Balle dans la tête de l’autre cinéaste et surtout contraste fortement avec les deux premiers métrages. Et pas uniquement par l’époque et le cadre géographique choisis. Se réappropriant totalement l’univers du Syndicat du crime, Tsui Hark qui revenait justement à la réalisation après trois ans de pures productions, imagine la véritable naissance du personnage de Mark Gaur. Celui-ci était alors devenu une authentique icone dans la culture pop, en particulier pour la jeunesse masculine, et le cinéaste prend un malin plaisir à illustrer son éclosion par le biais d’une femme, Chow Yin-Kit, criminelle endurcie, qui va le faire sortir de sa maladresse juvénile pour en faire un homme adulte, au look impeccable, mais aussi une figure mélancolique et hantée par la force des choses. S’il est officiellement le personnage central du film, Chow Yun-Fat se fait nettement et magnifiquement éclipsé par la beauté et le charisme cinégénique impressionnant de la pop star Anita Mui, à la foi glamour et fatale au possible. Tsui Hark pousse même le vice jusqu’à faire passer les gunfights au second plan, se concentrant sur un triangle (voir quatuor) amoureux touchant et d’autant plus romanesque qu’il va se faire cruellement rattraper par les remous de l’Histoire, en l’occurrence les dernières heures de la Guerre du Vietnam et la victoire des Viêt-Cong. A la flamboyance de John Woo, le réalisateur de L’Enfer des armes répond par une plongée progressive dans le chaos de l’existence où la virilité n’est plus une valeur immuable, tout comme les notions de bien et de mal. Un très grand film, dont le principal défaut pour beaucoup est effectivement de ne pas être le Syndicat du crime attendu. C’est aussi l’une de ses nombreuses qualités.
Image
Les trois films ont été comme il se doit restaurés à partir de nouveaux scans 4K des négatifs 35 mm originaux. A chaque fois quasiment toutes les détérioration connues (instabilités, décolorations, taches, points…) ont été soigneusement éliminés et les masters réétalonnés afin de retrouver leurs teintes et leur intensité d’origine. Le résultat est absolument impressionnant, surtout comparé aux anciens DVDs distribués par le même HK Vidéo il y a bien longtemps maintenant. Une véritable redécouverte qui redonne une vraie solidité aux noirs, retrouve le relief d’origine même dans les scènes sombres et déploie une colorimétrie chaude, suave et fermement contrastée, bien aidé par un Dolby Vision qui déploie toute la richesse des couleurs, sans jamais en rajouter. D’ailleurs dans les trois cas, le plus admirable est sans doute cette volonté de rester fidèle à la texture des films HK de l’époque avec un grain vibrant et très présent et des argentiques particulièrement élégants. Forcément, certains petits segments du deuxième et du troisième film, plus marqués par quelques retouches et expérimentation au montage (filtres, fondus…), laissent échapper des éléments plus bousculés (léger artefacts, effets de bruits…) mais rien d’inexcusable ou d’incongru. Dans tous les cas ce sont là des copies 4K de très haute volée.
Son
A chaque fois les films sont présentés au choix avec des pistes DTS HD Master Audio 5.1 ou 2.0 en version originale et doublée français. Le doublage reste assez limité dans son interprétation et ne retrouve jamais vraiment l’esprit des films, et les mixages ajoutant des effets de spatialisation divers peuvent effectivement délivrer quelques sensations supplémentaires dans les scènes les plus explosives, mais restent tout de même passablement artificiels. On préfèrera toujours le mono d’origine de la version originale, retranscrit sur deux canaux, plus proche du son initial et profitant comme il se doit d’une restauration bien poussée affirmant une stabilité et une clarté complète très loin des sautes et du souffle des anciennes vidéos.
Interactivité
La collection HK Vidéo continue son grand retour avec ce coffret consacré à la trilogie Le Syndicat du crime venant enfin remplacer l’ancien box DVD collector revendu une fortune depuis quelques années. Une fois encore l’imposant coffret cartonné délivre quelques petits trésors avec une reproduction réversible d’affiches pour les trois films, un jeu de neuf photos sur papier carton et surtout un livret, absolument passionnant, alliant un texte critique sur la trilogie, une longue interview de John Woo autour de ses débuts et des films en présence, une évocation de la trilogie par Tsui Hark en personne et des précisions sur la restauration.
Chaque film est ensuite logé dans son propre digipack cartonné, fin pour le premier opus, plus épais pour les deux suivants puisqu’ils profitent eux d’un Bluray supplémentaire comprenant, entre autres, un second montage. La version taiwanaise du Syndicat du crime 3 avec sa dizaine de minutes rallongées anecdotiques et sa piste doublée en mandarin jouant de quelques différences dans les dialogues était déjà présente sur l’ancien coffret DVD. La version workprint du Syndicat du crime 2 est cependant une totale découverte, trouvaille inespérée du technicien responsable de ces nouvelles restaurations qui est tombé sur les bobines, son d’abord puis vidéos, que tout le monde croyait perdues. Voici donc en HD, mais sans restauration, une version plus longue d’une bonne vingtaine de minutes faisant mieux respirer les séquences par un montage moins haché, délivrant quelques scènes effectivement dispensables (la bombe) mais permettant tout de même d’étendre le temps d’écran de certains personnages ou de rallonger encore le final par un duel au sabre entre Ti Lung et le mercenaire ennemis. Un vrai trésor pour les fans qui ferait presque rêver à l’idée d’un nouveau director’s cut mélangeant le meilleur des deux montages.
Des éléments qui auraient déjà suffi à faire de cette sortie un petit évènement éditorial mais qui est bien entendu aussi accompagné de nombreux suppléments plus « classiques » avec un déluge d’interviews inédites comme celle des scénaristes des premier et troisième film (dont le cinéaste Gordon Chan non-crédité sur Le Syndicat du crime), du producteur Terence Chang et bien entendu par deux fois du réalisateur John Woo qui évoque longuement et frontalement ses longues années de mercenaires au sein de l’industrie avant sa rencontre avec Tsui Hark (on sent vraiment que la brouille de l’époque est oubliée), la naissance de ce premier film de gangster à l’européenne dont il rêvait tant et même des difficultés et des nombreux compromis entourant la suite. Le programme inclut aussi une déclaration amoureuse du réalisateur Gareth Evans (The Raid) et les interventions de spécialistes anglo-saxons avec les présentations habituelles de Grady Hendrix pour Hong Jong Confidential, un retour sur l’impact de la franchise à Hong-Kong ou un regard porté sur la représentation du Vietnam dans le troisième film.
Imposant certes mais il fallait impérativement que les camarades d’HK Magazine reviennent apposer leur regard sur ces trois films. Ils le font en deux segments avec d’un coté les deux films de John Woo et de l’autre celui de Tsui Hark. Une fois encore la conversation est palpitante et cinéphilique à souhait, mélangeant souvenir des premières découvertes et considérations plus actuelles, passant d’analyses stylistiques a des réflexions presque plus émotives, débattant sur les grandes réussites et les petits échecs de chaque film tout en soulignant l’impact considérable de ces métrages sur l’industrie chinoise et le cinéma d’action dans son ensemble. On apprécie certainement la grande réévaluation du Syndicat du crime 3, longtemps mal considéré et que Christophe Gans avoue ici avoir totalement redécouvert (« un choc »), le replaçant parmi ses préférés de Tsui Hark… On se sent moins seul d’un coup.
Liste des bonus
1 livret (44 pages), 9 photos, 3 affiches.
Le Syndicat du crime 1 : « Better than the Best »: Interview de John Woo, « Between Friends » : Rencontre avec Terence Chang, « When Tomorrow comes » : Entretien avec Chang HingKa, « Thoughts on the Future » : Entretien avec Gordon Chan, « Better and Bombastic » : Gareth Evans à propos du film et de John Woo, « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix, Bandes-annonces, Galerie d’images
Le Syndicat du crime 2 : « Better Than Ever » : Entretien avec Frank Djeng, historien du cinéma, « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix, Bandes-annonces, Galerie d’images, « Le Syndicat du crime 2 Workprint » : La copie de travail longtemps perdue contenant plus de 30 minutes d’images inédites, « A Tumultuous Tomorrow » : Interview de John Woo, « HK revisited » avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon
Le Syndicat du crime 3 : « Third Time Lucky » : Interview avec Jason Lam KeeTo et Lau TaiMuk, « All our Tomorrows » : L’histoire d’une franchise avec Gilbert Po, universitaire, « Nam Flashbacks » : Entretien avec Aurélie Basha I Novosejt, universitaire, « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix, Bandes-annonces, Galerie d’images, « Le Syndicat du crime 3 » : Le montage taïwanais, Master class de John Woo.







