Z COMME TROMA

France – 2026
Genre : Cinéma
Auteurs : Erwan Bargain, Frédéric Pizzoferrato
Nombre de pages : 280
Éditeur : Éditions Faute de frappe
Date de sortie : 03 mai 2026
LE PITCH
Troma. La seule évocation de ce nom suffit pour que de nombreux cinéphiles, soi-disant sérieux, lèvent les yeux au ciel. Pourquoi consacrer un ouvrage à cette firme spécialisée dans la série Z d’exploitation et qui, surtout, a érigé le mauvais gout au rang d’art majeur ? Pour la simple et bonne raison que Troma fait partie, qu’on le veuille ou non, de l’Histoire du cinéma américain.
Ciné radioactif
Tout l’industrie du cinéma américain est occupée par les multinationales. Toute ? Non ! Un petit studio d’irréductibles résiste encore et toujours à l’oppresseur. Son nom ? La Troma, spécialiste de la série B et Z qui cultive ouvertement le mauvais goût et le politiquement très incorrect avec en tête de proue une mascotte très particulière, un certain Toxic Avenger, super-héros mutant en tutu armé d’une serpillère. Ces gens-là méritaient bien un livre.
Dernier vrai studio indépendant résistant depuis maintenant 50 ans au sein d’un système tendant de plus en plus vers l’uniformisation, la Troma n’a jamais vraiment réussi à percer en France. Quelques VHS chez Uncut, une petite collection DVD chez Sony puis de trop rares Bluray chez Bach Films, on reste toujours dans un domaine relativement confidentiel malheureusement. Pourtant ce laboratoire azimuté a pu produire au cours de son existence quelques vrais films cultes comme la saga des Toxic Avenger, et son pendant animé pour les enfants Toxic Crusader, les Class of Nuk’em High, le très shakespearien punk Tromeo & Juliet, le manifeste trash méta Terror Firmer, le slasher à l’humour très noir Mother’s Day… des films produits pour des budgets souvent ridicules mais avec une énergie absolument débordante et une envie de sauter à pied joint dans la mer… dans la fourmilière.
Très souvent orchestré par le fondateur Lloyd Kaufman, ces péloches prennent des airs de comédies trashs, de faux films d’horreur bordéliques et hystériques où on croise des mutants divers, des armées d’abrutis, des filles à poils et des effets gores dégénérés, mais qui tels des œuvres d’auteurs (ce qu’elles sont) tirent à boulet rouge sur les déviances de la société moderne : malbouffe, uniformisation de la pensée, libéralisme, extrémisme religieux, racismes… Le message n’est jamais d’une grande subtilité, préférant surtout viser l’entrejambe. La force de tout cela est que cette énergie et cette folie accouchent parfois d’authentique petits bijoux du genre.
Le nez creux, Kaufman et son camarade invisible Michael Herz (à tel point qu’un acteur est utilisé pour le jouer dans les vidéos promos), ont aussi fait preuve de belles intuitions en devenant les distributeurs de titres comme le film australien Mad Dog Morgan avec Dennis Hopper, Le Syndrome de Stendhal de Dario Argento ou un certain, et incontournable, Cannibal the Musical signé par le duo Trey Parker et Matt Stone futurs créateurs de South Park. La Troma c’est aussi le creuset dans lequel est né artistiquement un certain James Gunn, futur metteur en scène de Super, Les Gardiens de la galaxie et désormais grand orchestrateur des films DC, et qui n’a jamais renié sa parenté au petit studio, bien au contraire.
Tourner coûte que coûte !
Tous cela et bien d’autres sont évoqués comme il se doit dans l’ouvrage rédigé par Erwan Bargain et Fredéric Pizzoferrato (deux plumes de L’Écran fantastique) dont le cœur est une exploration des plus grands titres de ce généreux catalogue peuplé d’œuvres maisons (des premières comédies sexy jusqu’au délirant et scato Shakeaspeare’s Shitstorm), mais aussi de nombreuses curiosités parfois rachetée, remontées, sauvées ou distribuées sous de curieuses affiches par la firme. Tout un esprit de la bisserie dont beaucoup trop d’opus sont encore inédits officiellement sous nos latitudes. Mais Z comme Troma ne se contente pas de jouer le catalogue non exhaustif et revient bien entendu sur l’histoire même de cette petite société new-yorkaise azimutée, passée des circuits réduits de salles du cinéma à la distribution vidéo avant tout le monde et depuis quelque-temps grand adepte du streaming sur sa propre plateforme (https://watch.troma.com/). On y discute de ses méthodes de tournage dont l’huile de coude reste l’un des principaux ingrédients avec la horde de fans de la première heure, des optiques politiques réelles et très ancrées dans l’ADN de la boite et naturellement la personnalité très particulière de son grand gourou : Lloyd Kaufman. Un bonhomme hilarant, parfois fatiguant, mais toujours animé par l’instinct de survie et d’indépendance et qui fait toujours forte sensation auprès des personnes qui le croisent. Le bouquin est d’ailleurs jalonné de nombreux témoignages de journalistes bien de chez nous (Christophe Lemaire, Rurik Sallé…), d’un peu plus loin (Paolo Zelati, auteur d’American Nightmares bientôt chez le même éditeur), et de divers collaborateurs avec au passages quelques portraits des noms incontournables.
Kaufman en personne livre une assez longue interview présentée en fin de volume, grand moment de blagues absurdes, de réflexions cinéphiles, de méli-mélo politiques et d’annonces commerciales dont il a le secret. Un point final idéal pour ce guide généreusement illustré et plutôt complet de la belle galaxie Troma qui permet aux connaisseurs de revivre quelques bons souvenirs et à d’autre de prendre un premier contact avec ce monde cinématographique « autre ». Vous verrez faut se mouiller un peu la nuque avant de plonger… mais après elle est bonne !




