LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE

Los ojos azules de la muñeca rota – Espagne – 1974
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Carlos Aured
Acteurs : Paul Naschy, Diana Lorys, Eduardo Calvo, Eva León, Inés Morales…
Musique : Juan Carlos Calderón
Image : 1.37 16/9
Son : Espagnol LPCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme à tout faire dans un domaine français tenu par trois soeurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées, et leurs yeux déposés dans un bol.
La maison des femmes
Certainement jaloux du succès rencontré par les Giallos italiens et devant le déclin des petits films d’horreur gothiques à l’ancienne, le cinéma espagnol se tourna très rapidement vers ces nouveaux thrillers, sulfureux et sanglants, en délivrant ses propres propositions. Les Yeux Bleus de la poupée cassée fait partie des toutes premières tentatives et place, forcément, la star Paul Naschy en tête d’affiche.
Figure quasiment tutélaire du cinéma d’épouvante espagnole ayant incarné le fameux loups-garous Waldemar mais aussi quelques vampires, bossus ou vaillants héros, Naschy délaisse donc ses habituels maquillages pour Les Yeux bleus de la poupée cassée, s’efforçant sans doute de donner un nouveau souffle à sa carrière et de se présenter sous un nouveau jour. Il incarne tout de même comme il se doit la figure masculine principale du film qui va séduire comme simple métayer les femmes qui habitent le domaine dans lequel il vient d’être engagé (permettant ainsi de le faire apparaitre torse nu ou coupant virilement du bois), mais son personnage est clairement plus torturé que ténébreux. Un ancien repris de justice, hanté par son crime, et qui, on s’en rend vite compte, serait surtout pris au piège dans cette cage dorée où trois sœurs nourrissent tentions et ressentiments les unes envers les autres. Elles sont d’ailleurs toutes marquées à leur façon, physiquement et/ou mentalement, installant une atmosphère lourde et préoccupantes dans les lieux. Surtout qu’à l’extérieur la police enquête sur un meurtrier qui s’en prend aux femmes isolées et leurs arrache les yeux.
Homme à femmes
Tous les codes du giallos sont bel et bien là avec la fameuse musique chaloupée qui laisse place à une vieille ritournelle enfantine, les crimes sanglants perpétrés par une main gantée et un érotisme assumé révélant régulièrement la plastique affriolante des actrices. Réalisateur ayant fait ses débuts pour et avec l’acteur Paul Naschy, Carlos Aured (El espanto surge de la tumba, L’Empreinte de Dracula…) fait de son mieux pour installer une ambiance légèrement sulfureuse et un certain suspens malgré la pauvreté évidente du budget, délivrant les petits effets gores attendus et les regards en biais de circonstance, mais son film n’est pas qu’un simple copier-coller. En prenant de la distance avec la riche bourgeoisie italienne au profit d’un milieu campagnard nettement plus modeste, Les Yeux bleus de la poupée cassée devient presque un whodunnit champêtre, plus rugueux et terrien, où il s’agit dès lors moins de complot que de secrets honteux, de pulsions réfrénées et d’un esprit renfermé qui pousse au crime. Censure oblige, le film est censé se dérouler en France (le prénom des personnages, quelques magazines croisés dans le bar du village…) mais il fait clairement écho à la société espagnole encore marquée par la dictature fasciste, les jugements moraux catholiques et les abus de pouvoir en particulier lorsque la populace se lance dans la traque d’un coupable tout désigné… abattu avant d’être reconnu innocent. Il faut dire que malgré les apparences, le véritable coupable n’est pas si facile à démasquer.
Même si le métrage n’est pas forcément animé par un rythme haletant et que le casting peut s’avérer très inégal (a-t-on droit de dire que le jeu de Naschy est quand même très limité ?), Les Yeux bleus de la poupée cassée s’avère un giallo espagnol assez intriguant, doté d’une personnalité bien à lui et capable d’offrir quelques jolies surprises scénaristiques jusqu’à son final franchement mélancolique. Une belle curiosité.
Image
Très peu connu chez nous et on ne peut plus rare, le film nous parvient dans une solide copie 2K joliment restaurée sans doute à partir de la source 35 d’origine. Si le générique et quelques passages sont parfois un peu fluctuants, l’essentiel du film assure une définition tout à fait solide, redonnant un peu de force et de présence à des décors étriqués. Les couleurs surtout, soulignent une esthétique nettement plus soignée que dans nos souvenirs. Le piqué est plutôt creusé et les détails ne manquent pas.
Son
La version originale espagnole nous parvient dans une petite stéréo non compressée. Quelques échos métalliques persistent parfois dans les dialogues mais le mono reste tout à fait clair et agréable.
Interactivité
Digipack et fourreau cartonné, disque Bluray et DVD bien rangés, Artus offre toujours de jolis objets. L’éditeur délivre aussi son habituelle bande annonce originale, sa galerie de photo (très courtes) et une présentation par deux de ses intervenants habituels. Ici donc Emmanuel Le Gagne et Alain Petit qui se lancent dans une longue discussion autour de la carrière de l’acteur Paul Naschy. Ses débuts, ses années de gloire gothiques, les différentes évolutions de sa filmographie, sa personnalité et bien entendu le film en présence ici, sont abordés avec la décontraction d’une conversation entre potes. Pas mal d’anecdotes et d’évocations de films inédits ou invisibles retiennent forcément l’attention.
Liste des bonus
Portrait de Paul Naschy par Emmanuel Le Gagne et Alain Petit (61’), Diaporama d’affiches et photos (1’), Bande-annonce originale (2’).






