UNE BALLE DANS LA TÊTE

喋血街頭 / Bullet in the Head – Hong-Kong – 1990
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame, Thriller
Réalisateur : John Woo
Acteurs : Tony Leung Ka Fai, Jacky Cheung, Wise Lee, Simon Yam, Fennie Yuen, Yolinda Yam…
Musique : Romeo Diaz, James Wong
Image : 1.85 16/9
Son : Cantonais et Français DTS Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 131 minutes
Editeur : HK Vidéo
Date de sortie : 15 mai 2026
LE PITCH
Hong Kong 1967. Tandis que les manifestations pro communistes secouent la colonie britannique, trois amis, Ben, Frank et Paul, tentent de subsister malgré leur condition sociale précaire. Devenu assassin malgré lui le jour même de son mariage, Ben se voit contraint de fuir au Vietnam, accompagné de ses deux camarades. Là-bas, au milieu d’un conflit qui les dépasse, leur amitié va exploser.
Frères de sang
Si ce n’est pas le film le plus flamboyant et le plus parfait de John Woo (on laissera les accros débattre entre The Killer et A Toute épreuve), Une Balle dans la tête situé pile entre ces deux pics est certainement le plus puissant et le plus déchirant. Entre deux gestes esthétiques inoubliables, le cinéaste se livrait comme jamais dans un mélodrame guerrier nihiliste et stupéfiant.
Désormais célébré et placé sur un piédestal par le public et les cinéphiles après les révélations que sont Le Syndicat du crime et The Killer, John Woo bifurque étonnement avec le projet Une Balle dans la tête, prise de distance évidente, voir antithétique, avec le fameux Heroic Bloodshed qu’il vient d’initier. Lui qui célébrait l’amitié au-delà de tout, s’engouffre dans le récit d’une camaraderie fraternelle vouée à être pulvérisée par la triste réalité du monde. Un sujet en grande partie inspiré par ses propres souvenirs de jeunesse, mais aussi d’un scénario entamé au départ avec le copain producteur Tsui Hark avec qui les tensions se faisaient de plus en plus présentes depuis le tournage de The Killer. Une balle dans la tête aura raison d’eux, la brouille poussant John Woo à quitter la Film Workshop pour tourner sa vision personnelle du sujet alors que Tsui Hark signa sa variation en se réappropriant les Syndicat du crime avec un troisième opus tout à son image. Une situation vécue comme une trahison et qui a sans doute exacerbé la noirceur absolue de cet authentique « voyage au bout de l’enfer » (le film de Cimino est l’une des références assumées du film avec les films les plus brutaux de Chang Che) où l’inconscience d’une jeunesse passée dans les mauvais quartiers et faite de petites truanderies et de bagarres tout droit sortis d’un vieux film d’Elvis Presley, va rapidement laisser place à une fuite obligée loin de Hong-Kong, à Saïgon, au cœur d’un pays plongé en plein chaos.
Cicatrices
Trois incarnations de l’amitié Ben (Tony Leug) le romantique, Frank (Jacky Cheung, absolument incroyable d’intensité) prêt à tous les sacrifices et Paul (Waise Lee) plus superficiel et individualiste, qui par les épreuves terribles disséminées sur leur chemin de croix ne peuvent qu’être poussés à une confrontation meurtrière. La dernière longue séquence, ultra spectaculaire, ballet de voitures, de balles et d’explosions, comme seul John Woo savait les orchestrer, renvoie ici directement à cette image plus naïve de leurs anciennes compétitions en vélos sur les quais du port. Absolument déchirant et intensément tragique, Une Balle dans la tête rejette presque totalement la vision chevaleresque habituelle du cinéaste, transformant par exemple la tentative de sauvetage de la chanteuse Sally (droguée et prostituée par un mafieux local) en énorme carnage, en échec total sans l’ombre d’un héroïsme réussit à l’horizon. Le long enfermement dans un camp militaire, entre tortures psychologiques et humiliations, ne se sera pas suivi d’une évasion glorieuse, mais d’une plongée définitive dans la folie et le chaos.
Une sensation de déflagration constante, de fièvre et d’effondrement progressif et implacable qui semble d’ailleurs autant volontaire de la part de John Woo que subie puisqu’il dû abandonner quelques scènes durant le tournage, que certains plans furent perdus durant la production et qu’il fut obligé de remanier plusieurs fois son montage définitif, rabotant une vingtaine de minutes du premier chapitre ou réduisant certains personnages (dont le charismatique Simon Yam) à des figures sous-développées. Un montage director’s cut dont John Woo a longtemps tenté de retrouver la trace, mais qui restera sans doute éternellement un grand fantasme pour l’auteur et de cinéphiles.
Mais cet aspect percuté, abimé, sacrifié fait aussi une part de la puissance considérable de l’œuvre, film de guerre qui renvoie constamment aux évènements de Tienanmen et donc à l’inquiétude face à une rétrocession approchant. Un grand mélodrame opératique où les sentiments s’effondrent dans la mort et le caniveau. Un film de gangster sans une ombre de moralité. Un film d’action contrarié où l’héroïsme n’a plus sa place. Un film choc définitivement et dont les petites notes mélodiques répétitives, d’une mélancolie qui tourne à l’entêtement glauque, restent longtemps en tête, comme une plaie ouverte.
Image
A nouveau une résurrection renversante pour un classique de l’âge d’or du ciné HK. Restauré à partir d’un scan 4K des négatifs 35, la copie est absolument sublime, toujours propre, toujours stable, toujours ferme et maitrisée avec des argentiques bien présents et un grain délicat mais organiques et présents. La définition déploie une profondeur et des détails totalement inédits, se mariant au passage avec une colorimétrie pas forcément plus chaude qu’autrefois, mais en tout cas nettement mieux incarnée et beaucoup, beaucoup, plus riche. L’ambition du film et son budget, important pour l’époque, saute définitivement aux yeux et finissent de donner à Une Balle dans la tête une place très particulière dans la filmo de John Woo.
Son
On est toujours un peu partagé devant les remixages 5.1 proposé par les éditeurs pour les films chinois de cette époque. Les dialogues y semblent légèrement plus lointains et ce au profit de quelques ambiances plus présentes et de quelques gunfights plus dynamiques. Les monos d’origines, en DTS HD Master Audio 2.0 nous paraissent nettement plus efficaces, francs et directs, surtout qu’eux aussi ont été nettoyés et rafraichis pour l’occasion. La version originale, plus sèche et plus pêchu semble forcément la plus naturelle.
Interactivité
Boitier cartonné solide, digipack cartonné, reproduction de l’affiche et de photos d’exploitation, on est désormais tout à fait habitué à l’habillage des nouvelles éditions collector de HK Vidéo. Il ne faut d’ailleurs pas y oublier le livret, plutôt fin mais composé d’un texte de présentation de John Woo et d’une analyse brillamment écrite du métrage.
Une Balle dans la tête en coffret 4K est alors aussi riche et généreux que les précédents The Killer et A toute épreuve déversant, en grande partie grâce à un bluray supplémentaire uniquement réservé aux bonus, une succession imposantes d’interviews nouvelles et anciennes, donnant la parole au cinéaste, aux producteurs, au monteur, aux acteurs et actrices, certains retraçant un bout de leurs carrières respectives, d’autre revenant exclusivement sur l’expérience du film. John Woo, David Wu et Catherine Lau y explorent sans doute un peu plus profondément des coulisses parfois tendues, parfois explosives, poussées par le jusqu’au-boutisme d’un réalisateur n’hésitant pas à se mettre en danger lui-même mais devant aussi faire face à des soucis financiers et des coupes dans le scénario et en post-production, incontournables. C’est en tout cas un large réseau d’entretiens, parfois très longs, souvent très intéressants, bourrés d’anecdotes et de considérations artistiques qui ne peut que passionner. On retrouve en outre pas loin une rencontre avec le critique Lars Laamann qui revient sur le traitement du conflit du Vietnam dans les films chinois de l’époque, souvent mis en parallèle avec les menaces de la Chine continentale, ainsi que l’habituel épisode de présentation du film « Hong Kong Confidential » par Grady Hendrix. Pour les plus accros, il est aussi possible de visionner le métrage avec le commentaire audio passionné, mais non-sous-titré d’un autre critique anglo-saxon, Frank Djeng.
Un programme imposant qui culmine sur les disques du film (UHD et Bluray) par un nouvel opus du désormais incontournable HK Revisited en compagnie de Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon. Le film ne faisant pas forcément l’unanimité, en tout cas dans son entièreté, les discussions en sont presque plus intéressantes encore, tournant aux petits débats, aux démonstrations et au comparaison pertinentes. Une vraie conversation de cinéphiles éclairés. Enfin le dernier supplément de taille, et inespéré, reste ce fameux montage, longtemps évoqués dans les pages HK magazine par exemple, intitulé ici Midnight Screening et présenté parfois en festival avant la sortie définitive. Reconstitué à partir de sources diverses (mais jamais trop abimées tout de même), il permet de visionner des séquences parfois légèrement plus développées, quelques plans alternatifs et surtout la fameuse séquence où les trois héros sont obligés de boire de l’urine. Un trésor pour les fans du film qui seront fasciné tout autant par la fin alternative présentée à part et s’achevant nettement plus sèchement avec un anti-climax dans la salle de réunion où les deux anciens potes se confronte une dernière fois.
Liste des bonus
Un livret, La reproduction de l’affiche du film dédicacée par John Woo, 5 photos d’exploitation, Montage « Midnight Screening (136’), « HK revisited, épisode 05 » avec Christophe Gans, David Martinez, Léonard Haddad et Julien Carbon, « Brilliance with A Bullet » : Interview de John Woo, « Apocalypse Woo » : Interview du monteur David Wu, « Army of One » : Interview du producteur Terence Chang, « Tumultuous Time » : Interview avec la productrice associé, Catherine Lau • Head Case : interview avec le comédien Waise Lee, « Board of Room Ending » : fin alternative, Galerie d’images, « Hong Kong Confidential » avec Grady Hendrix, « Apocalypse How » : Interview de l’historien Lars Laamann, Interview de l’actrice Fennie Yuen, Commentaire audio de l’historien Frank Djeng (VO), Bande-annonce, Suppléments d’époque : « John Woo et la guerre » : Interview de John Woo, Interview de Terence Chang, Bandes-annonces, Interviews inédites en France : John Woo, Jacky Cheung, Waise Lee, Simon Yam (acteurs), David Wu (monteur), Patrick Leung (co-scénariste), Lau Chi-Ho (coordinateur des séquences d’action).






