QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE

France, Pologne – 2024
Support : DVD
Genre : Drame, Fantastique
Réalisateur : Julia Kowalski
Acteurs : Maria Wrobel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibinski, Przemyslaw Prestrzelski, Kuba Dyniewicz, Jean-Baptiste Durand…
Musique : Daniel Kowalski
Image : 1.66 16/9
Son : Français Dolby Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 88 minutes
Editeur : Blaq Out
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hériter de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler.
Feu sacré
Après des décennies de clichés et d’isolements, les sorcières reprennent le pouvoir. Dans cette sombre histoire de possession rurale, la réalisatrice invoque pouvoirs anciens et vieux sortilèges pour mieux photographier le mal ordinaire dans la campagne contemporaine.
Si Que ma volonté soit faite est un film qui touche totalement au domaine du fantastique, voir presque à l’horreur par quelques visions plus graphiques, il ne le balance certainement pas avec la ferveur d’un manège de fête foraine. Toutes proportions gardées, on retrouve ici la même proximité entre un monde totalement réaliste, le notre donc, actuel, et des forces puissantes, anciennes et menaçantes, que dans L’Exorciste de William Friedkin. Une autre étude du mal mais qui prend naissance dans une ferme familiale perdue dans un petit village on ne peut plus français, alors que la jeune Nawojka (stupéfiante Julia Kowalski) est persuadée que sa mère, que l’on disait sorcière, tente de reprendre vie à travers son corps. Quelques morts de bovins assez curieuses, une drôle de matière blanchâtre qui apparait dans les champs, quelques rêves agités, quelques instants où elle semble perdue ou crache quelques invectives mystérieuses, mais Julia Kowalski film le tout comme un drame ultra réaliste, s’accrochant aux tensions préexistantes dans la famille, avec le vétérinaire plutôt prévenant envers la protagoniste, et cultive une photographie sculptée par la grisaille et la lumière rasante.
Sacrements
Le choix d’un tournage en pellicule 16mm n’est pas une coquetterie mais bien un excellent moyen de donner plus de matière et de viscéralité à l’espace capté, tout en faisant justement le lien avec un certain cinéma des années 70. Cette magie que l’on sent poindre ne peut dès lors jamais être extraordinaire et encore moins spectaculaire, mais constamment terrienne, commune et en sourdine. Cette dernière est surtout un moyen de caractériser les pulsions enfouies de Nawojka, réprimée dans ses libertés, dans sa féminité, réduite à une aide de ferme docile et patiente. La cocotte boue lentement, fait monter la pression et ne finira par exploser qu’après une succession de drames aussi banals que sordides, transformant sa nouvelle « amie » Sandra (joué par Roxane Mesquida vu chez Breillat et ce n’est pas un hasard) en bouc émissaire des préjugés, colères et de la bêtise collégialement partagée par les convives d’un mariage qui tourne au chaos. La virée nocturne censée célébrer une libération tourne au cauchemar, et l’émancipation sera projeté comme un dédoublement, un nouveau corps et une nouvelle femme extraite de la boue. L’histoire d’une transformation et d’une révélation identitaire aux airs d’ode mystique.
Féminité, hystérie, violence, sexualité, monstruosités intérieures et chasses en meute, se mêlent dans une relecture du mythe de la sorcière constamment entre catholicisme orthodoxe et paganisme et de ce fameux genre du « film de possession » habituellement constamment plombé par ses clichés et ses passages obligés. Julia Kowalski les esquive à peu près tous et même si la symbolique générale peut parfois paraitre trop appuyée, Que ma volonté soit faite frappe par son jusqu’au-boutisme et son indéniable personnalité.
Image
Toujours un peu malheureux que des éditeurs soient obligés de se retrancher vers un support comme le DVD pour des raisons économiques et de faible potentiel commercial. Surtout que la photographie du film en présence, certes parfois grisâtre et relativement réaliste, impose des éclairages intérieurs et des scènes nocturnes des plus intéressantes ainsi que des matières granuleuses très marquées. Avec les limites de ses moyens, le DVD fait du mieux possible pour retranscrire la nature du métrage, assurant une bonne netteté et sans soucis de compression apparent.
Son
La piste française, avec des dialogues en polonais sous-titrés, est proposée dans un Dolby Digital 5.1 plutôt fluide et agréable. Les dialogues sonnent bien, réalistes, et quelques ambiances sonores (fête du mariage, virée nocturne, montées surnaturelles…) jouent plus volontiers sur la légère dynamique à disposition.
Interactivité
Petite édition DVD donc pour Que ma volonté soit faite mais Blaq Out propose tout de même deux suppléments très intéressants. Le premier est une rencontre avec la réalisatrice qui retrace comme il se doit les prémisses du film et la première approche du sujet dans le court métrage J’ai vu le visage du diable, puis revient sur son travail avec les acteurs, le dispositif esthétiques, les personnages, les symboliques et les liens qui existent entre cette vision de la sorcellerie et ses propres origines. Le second bonus est donc tout logiquement le fameux court métrage aux faux airs de documentaire qui suit en Pologne le voyage d’une jeune fille (déjà Maria Wrobel) jusqu’au temple où elle doit être exorcisé. Un réalisme troublant.
Liste des bonus
Entretien avec Julia Kowalski (38’), Court métrage « J’ai vu le visage du diable » (35’).

