LES TITANS

Arrivano i titani – Italie, France, Espagne – 1962
Support : Bluray & DVD
Genre : Péplum, Action
Réalisateur : Duccio Tessari
Acteurs : Giuliano Gemma, Antonella Lualdi, Pedro Armendariz, Jaqueline Sassard, Serge Nubret, Gérard Séty…
Musique : Carlo Rustichelli
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 115 minutes
Éditeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 16 juin 2026
LE PITCH
Dans la Grèce antique, Cadmus, roi de Crête, se fait proclamer dieu et bannit toute autre forme de religion. Il provoque la colère de Zeus, qui décide de le punir en armant Kryos, le chef des titans : Zeus lui promet que ses frères, enfermés aux Enfers, seront libérés s’il mène à bien sa tâche.
Les dieux n’ont qu’à bien se tenir
Consacré par un engouement surprise en France mais aussi par un ton plus humoristique qui va rapidement contaminer toute la production péplum italienne des dernières années du genre, Les Titans est l’un de ces grands divertissements témoignant de la belle époque du cinéma populaire transalpin. C’est aussi le film de la révélation pour Giuliano Gemma voué à devenir rapidement une star incontournable dans toute l’Europe et au-delà.
Duccio Tessari et Giuliano Gemma étaient avant 1962 des hommes de l’ombres au sein de l’industrie italienne. Le premier faisait ses gammes en participant aux scripts de films nettement plus sérieux comme Messaline, Le Colosse de Rhode ou Hercule contre les vampires, tandis que le second se fait laborieusement un petit nom dans des rôles de seconds plans ou comme cascadeur. Tous deux ont encore tout à prouver et vont le faire avec Les Titans. Un autre péplum forcément, genre au top de la vague à l’époque et où tous deux ont œuvré de concert, mais qui va marquer immédiatement sa différence en optant pour un protagoniste bien loin des stéréotypes musclés de l’époque. Dès l’ouverture il montre les fameux titans enfermés en enfer par Zeus dans un travelling présentant quelques colosses bruns et barbus jusqu’à s’arrêter sur ce jeune homme Krios, au corps nettement moins épais, aux cheveux blonds décoloré et au sourire aussi séducteur qu’espiègle. Il ferait même presque gringalet aux côtés de son acolyte Rator, imposant Serge Nubret (Goliath et l’Hercule noir, Un gosse de la bute…) roi français de la musculation. Si ce nouveau héros ne sera jamais contre quelques bagarres, il tranche avec les demi-dieux bodybuildés en mettant toujours en avant son intelligence, son agilité et ses nombreuses astuces face au vilain dictateur Cadmo (Pedro Armendariz) et les dieux eux-mêmes.
Krios à gorge déployée
Baignant dans un grand melting-pot de légendes antiques (on croise Prométhée et Sisyphe en enfer, on rencontre un géant, un cyclope et on balance Méduse pardessus la falaise…), Les Titans se veut en effet un péplum déluré qui absorbe les contours du genre pour les approcher avec la bonne humeur et la décontraction de la comédie d’aventure. Pas grand-chose à prendre au sérieux là-dedans, notre brave héros s’amuse à jouer les troubles fêtes dans la cité, donnant lieu à une grande poursuite bondissante d’un toit de toile à l’autre ou roulé en boule dans un tonneau, transforme une grande soirée mondaine en casino de l’entourloupe jusqu’à cette grande bataille finale où les bourres-pifs pleuvent autant que les baffes dans un album d’Astérix. Il y a d’ailleurs une véritable proximité de ton entre les deux œuvres (le premier Astérix le gaulois date de 1959), autant dans le joyeux détournement historique et mythologique, les dialogues pleins d’esprit, que dans les clins d’œil disséminés (tiens l’air du Pont de la Rivière Kwai…). Plus généralement, on retrouve un même humour gamin où les héros comptent fleurette entre deux gardes assommés, tourmentent les gardes un casque d’invisibilité sur la tête et bien entendu enjoignent le bon peuple à se battre pour leur liberté. La bonne humeur et l’énergie décoiffante de Gemma est on ne peut plus communicative, tandis que Tessari s’impose déjà comme un artisan des plus solides, délivrant un Technicolor somptueux, tirant le meilleur du moindre décor (les palais tout en colonne et en tentures, les enfers figurés par une grotte photographiée comme chez Bava) mais montre aussi déjà son intérêt pour les grands paysages méditerranéens qui deviendront le théâtre de ses westerns quelques années plus tard.
Un grand spectacle, familial et intemporel, qui parait toujours aussi rafraichissant et réjouissant aujourd’hui. Si de nombreuses productions s’engouffrèrent rapidement dans cette même veine rigolarde, peu réussirent à trouver le même rythme, le même entrain et peuvent se vanter d’être emportés par la fougue de Gemma qui avait, déjà, tout d’une star.
Image
Le fameux Les Titans est enfin disponible en Bluray et c’est à priori un petit miracle puisqu’on ne trouve pas beaucoup (si ce n’est pas) d’homologues dans le reste du monde. Le master n’est à priori pas issu d’une nouvelle restauration, mais sans doute plus d’une copie vidéo déjà plutôt propre et assez stable, retravaillée pour s’incarner sur support HD. Quelques plans trop lisses, quelques restes discrets des rides de l’âge (point blanc, traces de petite griffures), mais tout de même une prestation assez solide et précise pour convaincre. La définition reste très agréable et accompagne à merveille les nombreux décors ensoleillés du film et met beaucoup de soin à retranscrire une palette de couleurs chaudes et pétantes typiques des péplums de l’époque. L’autre bonne nouvelle est que par rapport au vieux DVD distribué un temps en France, le film est présenté au bon format et dans sa version intégrale.
Son
Qui dit version intégrale dit forcément quelques passages qui passent inévitablement par la vost. Il s’agit ici uniquement d’un long dialogue entre Cadmo et son épouse dans lequel ils élaborent laborieusement leur plan et annoncent les enjeux à venir. La version italienne est plutôt sympa et énergique, mais comme souvent pour l’époque, on aura du mal à résister au doublage français, très réussi et préservant à merveille l’humour du spectacle. Le son y est légèrement plus gonflé, mais les scories sont là aussi très rares.
Interactivité
Rimini propose pour Les Titans trois suppléments vidéo parfaitement complémentaires (et pas forcément dans l’ordre). On invitera donc les curieux à visionner en premier la longue évocation par Laurent Aknin des grandes heures du péplum fantastique italien, s’intéressant aux titres les plus célèbres et les incontournables comme le Ulysse de Mario Camerini ou les Hercules de Mario Bava, les Macistes et poussant le travelling jusqu’au deux délires tardifs de Luigi Cozzi avec l’imposant Lou Ferigno. Joli effort (très kitch) sur la présentation au passage. A voir ensuite la présentation plus classique, mais assez précise, du film Les Titans par Stéphane Lacombe qui revient justement sur la place de Duccio Tessari dans le cinéma italien, la découverte du jeune Giulano Gemma, le ton décalé (mais pas parodique) du métrage et son impact important dans l’industrie autant qu’auprès des spectateurs français. Reste enfin une rencontre inattendue avec Ariane Mnouchkine, fille du grand producteur Alexandre Mnouchkine, qui fit office d’assistante sur le tournage (très détendu grâce à la bonne humeur du réalisateur et de Gemma) et d’apprentie dans la salle de montage. Même si ce n’est pas sa tasse de thé en termes de cinéma, elle garde un excellent souvenir de l’expérience et délivre quelques anecdotes bien sympas.
Liste des bonus
Présentation du film par Stéphane Lacombe, responsable éditorial chez Frenezy (32’), Entretien avec Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil qui livre quelques souvenirs de tournage (15’), « Les Péplums mythologiques italiens » : Par Laurent Aknin, historien du cinéma (36’), Galerie photos, Bandes-annonces.








