DEUX DANS BERLIN

France – 2026
Genre : Policier
Dessinateur : Louis Alloing
Scénariste : Rodolphe
Nombre de pages : 199
Éditeur : Pictavita
Date de sortie : 25 mars 2026
LE PITCH
Berlin, hiver 1944. L’ancien officier SS Hans Kalterer est affecté auprès de la police criminelle pour enquêter sur le meurtre d’un haut dignitaire nazi. Au même moment Rupert Haas, détenu à Buchenwald, profite d’un bombardement pour s’échapper du camp. Ayant rejoint la capitale, espérant y retrouver femme et enfant, c’est une tout autre réalité qu’il découvre : ces derniers ont été tués. Décidé à venger leur mort, il se lance dans une chasse à l’homme sanglante.
Dans les ruines
Les « vétérans » Rodolphe et Louis Alloing adaptent le roman marquant de Göran Hachmeister et Richard Birkefeld en BD. Un polar comme une plongée dans un Berlin crépusculaire, au bord de la chute, porté par un sublime noir et blanc et une gageur historique indéniable.
Solide scénariste s’il en est, et particulièrement prolifique et versatile qui plus est, Rodolphe absorbe admirablement le roman original pour en reproduire l’essentiel. Forcément quelques détails manquent, quelques épisodes sont éludés ou réduits, certains personnages sont moins développés, pourtant par ses dialogues et son découpage, la force du texte est toujours aussi présente. Même l’enquête purement policière est impeccablement respectée, avançant toujours laborieusement, mais surement, au gré des indices et des révélations, s’efforçant de reproduire les évènements d’une nuit fatidique qui aura scellé le destin des habitants d’un immeuble frappé par un bombardement. L’avancée se fait à l’ancienne, pas à pas et sans grande esbroufe, tout simplement parce que l’essentiel dans Deux dans Berlin est le facteur humain. Le roman comme la BD explorent en effet l’âme humaine confrontée à une tragédie Historique, à un basculement, à un monde devenu plus brutal que jamais, sous la coupe nazie. Que deviennent les anciennes amitiés, les anciens amoureux, les croyances profondes et bien entendu cette satanées morales dans un tel contexte?
Les damnés
Elle n’est pas toujours bien belle l’humanité dans ce contexte-là, et Deux dans Berlin le prouve une nouvelle fois en suivant les trajectoires parallèles de Rupert Haas, échappé du camp de Buchenwald où il avait été enfermé après avoir tenu des propos antinazis devant des proches, et Hans Kalterer, officier SS pragmatique mais peu convaincu, docile aux ordres mais nettement plus à l’aise lorsqu’il est engagé pour enquêter sur la mort d’un haut gradé. Le premier se lance dans une vendetta personnelle, recherchant l’identité de celui qui l’aurait vendu et laissé sa femme et son fils mourir, tendit que l’autre lui file le train, mais n’aillant que peut d’intérêt à trouver trop rapidement le coupable à son affaire. On sent constamment que leurs destins vont se croiser, mais le récit ménage parfaitement ses effets et son suspens, profitant de leurs de leurs explorations de la cité de plus en plus en ruine, de plus en plus vide, de plus en plus perdue, pour brosser le portrait sans phare de la fin de la « grande » Allemagne. Haletant, angoissant et particulièrement solide, Deux dans Berlin fait plus d’une fois ressentir l’apprêter de l’existence dans ce décor de fin du monde où les bâtiments effondrés, traversés de quelques pauvres habitants éparses, perdus, attendant désespérément la fin de la guerre, cohabitent encore avec une autorité militaire fasciste qui se délite, signant quelques dernières exécutions, s’efforçant de profiter du chaos annoncé ou de se perdre dans quelques fêtes absurdes en sous-sol.
Avec leur bichromie impeccable, tout juste relevée de quelques touches de rouge renvoyant à la mort et la folie, les planches de Louis Alloing creusent les références historiques, le réalisme du drame policier, renvoyant à quelques grands classiques du film noir autant qu’à d’authentiques documents d’archives. Son trait toujours très proche des collègues Tardi ou Comes, capture avec justesse les remous des personnages, leur cruauté aussi parfois, et renvoie à une tradition noble de la BD française, versant [A Suivre], qui frappe par sa pertinence. Une lecture marquante.




