LA GUERRE DES GANGS

Luca il contrabbandiere – Italie – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier, Thriller
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Fabio Testi, Ivana Monti, Guido Alberti, Enrico Maisto, Marcel Bozzuffi…
Musique : Fabio Frizzi
Image : 1 .85 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 97 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 21 avril 2026
LE PITCH
Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky pense alors que Sciarrino, un autre contrebandier, les a dénoncés. Peu de temps après, il est sauvagement abattu au bord d’une route. Luca n’a alors qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de son frère.
La cité perdue
Considéré à raisons comme l’un des grands maitres du macabre cinématographique, Lucio Fulci a pourtant œuvré dans bien d’autres genres au cours de sa carrière (comédies, giallo, drame historique…), mais n’aura signé qu’un seul et unique polar : La Guerre des gangs, alias Contraband aux USA. Une simple commande certes, mais que Fulci va prendre un malin plaisir à déboulonner de l’intérieur.
Il faut dire qu’en 1980 lorsqu’il se voit proposer la mise ne boite d’Il Contrabbandiere, il vient tout juste d’achever L’Enfer des zombies mais ne sait pas encore l’impact qu’aura son démarquage de Romero sur sa carrière et le cinéma d’horreur en général. Besoin d’argent, besoin de travailler, il accepte donc le contrat, mais presque à contrecœur signifiant ouvertement son mépris pour un genre, le poliziottesci largement en fin de vague, dont il ne supporte pas une certaine standardisation et surtout les débordements fascisants. A la justice solitaire, à l’exécution sommaire du moindre délinquant, le futur réalisateur de L’au-delà répond par un accord financier et douteux avec la mafia napolitaine et pousse ainsi ses personnages vers une célébration d’une certaine truanderie, encore teinté de morale et de respect, confrontée à une violence aveugle, extérieur, personnifié par le « marseillais » incarné par un Marcel Bozzuffi directement échappé de French Connection. Le refus de la drogue (jugé comme un fléau par les mafieux d’antan), la collaboration avec la population locale voir la police, le cinéaste l’installe sans faux-semblant, offrant même le premier rôle à Luca, contrebandier de cigarette à l’entreprise illégale quasiment familiale. Un personnage de père de famille et de mari aimant, incarné par Fabio Testi (Mais qu’avez-vous fait à Solange ?, Big Racket, L’Important c’est d’aimer…) à la mâchoire carré, sure et rassurante, mais qui laisse déjà filtrer par un regard tour à tour froid et fiévreux, la pente abrupte que va prendre ce polar.
Coup fumant
A l’instar des superbes Beatrice Cenci (un récit historique) et 4 de l’apocalypse (un western), sont thriller est totalement perverti, contaminé par la folie barbare du trafiquant de drogue et de ses hommes de mains, La Guerre des gangs a tôt fait de s’évader vers un délire absolu, déluge de violence exacerbée, incontrôlable, ou rejaillit forcément la fascination morbide du réalisateur. Les exécutions ne se font pas d’une simple balle dans la tête, mais bien en se faisant exploser la carotide, expulser les tripes hors du bide, bruler le visage lentement au chalumeau ou gicler la cervelle sur un parterre d’amateur de PMU. Des élucubrations outrancièrement gore qui auraient pu frôler le ridicule si les détails n’étaient aussi peu ragoutants et si surtout certaines séquences n’étaient tout simplement pas aussi déstabilisantes voir choquantes. En particulier, l’odieuse séquence de viol de l’épouse de Luca dont l’acte proprement dit sera laissée hors champs à la faveur d’un hurlement déchirant, mais dont l’inexorable perversion est soulignée par un découpage terriblement habile et perturbant. Un film profondément malade, que Fulci dirige en faisant fi des limites du budget et du sujet, en y imposant une véritable maestria dans les accélérations et les délitements de l’image, syncopée autour des musiques électrofunk de Fabio Frizzi. Mais dans cette Naples où il ne fait curieusement jamais soleil (superbe photographie étouffante du collaborateur de toujours Sergio Salvati), ou un vieux parrain passe sa vie à zapper devant de vieux western et finit par s’offrir le happy-end, le sentiment de mort omniprésent porté par un Fabio Testi s’achève sur un non-sens, sur une absurde inutilité, annoncée par un délirant gunfight où les tireurs apparaissent et disparaissent à l’écran comme dans un stand de fête foraine.
Insaisissable, tour à tour austère et psychédélique (superbe séquence stroboscopique dans la boite de nuit) La Guerre des gangs expose la viande d’un monde malade, corrompu, délirant, souillé… Un pur film de Lucio Fulci.
Image
Après le DVD d’Ecstasy of Films, La Guerre des gangs revient en Bluray chez Artus Films avec une toute nouvelle copie. Les dernières traces (griffures, tremblements…) ont définitivement été gommées et l’ensemble affiche une stabilité tout à fait solide. Surtout, la définition réussie à dépasser les limites de la source (de nombreux filtres et flous ont été utilisés) pour obtenir un rendu plutôt creusé, au piqué assez fin, sans jamais que de quelconques manipulation numériques (lissages et autres) ne viennent gâcher l’aspect organique de l’objet. Le grain persiste, les couleurs fanées et glauques tout autant, mais le master peut aussi faire quelques démonstrations de force lors de certains extérieurs nettement plus pointus ou une scène de boite de nuit aux teintes puissantes. La meilleure copie du film à ce jour.
Son
On retrouve enfin la véritable version originale du film, italienne, avec un DTS HD Master Audio 2.0 qui porte à merveille le mono direct et bien nettoyé d’époque. C’est plutôt solide, énergique avec toujours cette B.O. électrisante de Fabio Frizzi qui y apporte sa touche. La version doublée française nous parvient elle aussi dans une prestation plus limpide et propre qu’autrefois. Cela tombe bien, en dehors d’un mixage un poil plus écrasé, les voix et la traduction sont tout à fait efficaces.
Interactivité
Elle nous avait manqué la fameuse collection Lucio Fulci d’Artus Films. Retour donc au Mediabook pour La Guerre des gangs avec un nouveau livret piqué dans la reliure combinant une complète présentation et analyse du film par le spécialiste du cinéaste Lionel Grenier, et une exploration de 20 polars italiens plus ou moins connus (dont certains totalement inédits en France) par la plume passionnée de Stéphane Lacombe. L’édition comporte aussi, oh bonheur, le CD de la bande originale mémorable signée Fabio Frizzi. Merci, Artus !
Sur les disques Bluray et DVD on peut découvrir deux bonus vidéo totalement inédits. En premier lieu une nouvelle présentation très complète d’Olivier Père (Arte) qui pendant presque une heure explore les rives du poliziottesco, la carrière de Fulci et de Fabio Testi, les multiples étrangetés du film, sa violence et multiplie les petites informations sur les coulisses et les joies de la production italienne. Dans le même ordre, l’acteur Fabio Testi revient avec plaisir sur l’expérience du film, ses collaborations avec Fulci et la personnalité du bonhomme, délivre quelques astuces pour survivre dans l’industrie du cinéma italien à l’époque et n’hésite pas à s’amuser de la collaboration des véritables contrebandiers lors du tournage. Un monsieur toujours intéressant et qui a le mérite de ne jamais cracher dans la soupe, même dans celle du bis.
Liste des bonus
Le CD de la bande originale, Un livret : « 20 nuances de poliziottesco » par Stéphane Lacombe et Lionel Grenier (80 pages), Présentation du film par Olivier Père, Entretien avec Fabio Testi, Galerie d’affiches et de photos, Bande-annonce originale.






