LES ANGES MANGENT AUSSI DES FAYOTS

Anche Gli Angeli Mangiano Fagioli – Italie, France, Espagne – 1973
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Enzo Barboni
Acteurs : Giuliano Gemma, Bud Spencer, Robert Middleton, Bill Vanders, Riccardo Pizzuti, Lara Sender…
Musique : Guido et Maurizio De Angelis
Durée : 118 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Italien DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 25 février 2026
LE PITCH
New York 1929. Sans un sou, le ventre vide, la petite frappe Sonny et le catcheur au chômage Charlie entrent au service d’Angelo, le parrain local. Alors qu’ils sont censés racketter les commerçants, ils vont finir par les aider contre la pègre et une police corrompue…
Les Affranchis
Répondant au succès des comédies western Trinita, le réalisateur et scénariste Enzo Barboni met sa propre formule à l’épreuve en séparant le duo Terence Hill / Bud Spencer. Le premier joue le pied tendre venu des grandes villes et se perdant dans l’Ouest américain à l’occasion de Et maintenant, on l’appelle El Magnifico. Le second ne peut échapper à son imposante carrure et se recycle ici en catcheur masqué dans le New York de la Grande Dépression aux côtés d’un Giuliano Gemma en sur régime. Mais peu importe le décor, distributions de baffes, humour bon enfant et grands sentiments demeurent au programme des Anges mangent aussi des fayots.
Non content de faire enrager son ami Segio Leone en faisant passer le western à l’italienne du côté obscur de la farce pour sales garnements, voilà t-y pas qu’Enzo Barboni le précède d’une bonne décennie en plantant ses caméras dans le New York des années folles où une histoire d’amitié se déploie sur fond de gangstérisme, de politiciens véreux et de ripoux. Bon, avouons-le, on ne pourra pas vraiment aller chercher plus loin sur le terrain des ressemblances entre la fresque maousse qu’est Il Était Une Fois en Amérique et ce gentil bout de film assez anecdotique et au titre qui laisse songeur : Les Anges mangent aussi des fayots. Toutefois, au regard de la proximité entre Barboni et Leone (le premier aurait suggéré au second de s’intéresser au Yôjimbô d’Akira Kurosawa, source d’inspiration de Pour une poignée de Dollars et premier jalon du western italien), la coïncidence méritait d’être soulignée. Une coïncidence d’ailleurs renforcée par le fait que Barboni reprenne ici à son compte le même procédé scénaristique que Yôjimbô, avec une guerre des gangs déclenchés par l’individualisme d’éléments perturbateurs qui monnaient leur loyauté à plusieurs factions successives (ou presque).
Pour autant, Enzo Barboni puise l’essentiel de l’inspiration des Anges mangent aussi des fayots chez Charlie Chaplin, Buster Keaton, Fatty Arbuckle, Harold Lloyd ou encore Laurel et Hardy. Le burlesque à l’ancienne, ses gags et sa naïveté, se colore d’un sentimentalisme à l’européenne et d’une pointe de néo-réalisme on ne peut plus italien, nos héros joignant leurs forces pour protéger une famille d’immigrants dans le besoin que l’on croirait sortie d’un film de Vittorio De Sica.
La Grande Bagarre
À l’opposé d’un Terence Hill qui parvient à fonctionner en solo sans trop d’efforts, Bud Spencer n’arrive pas, lui, à faire l’impasse sur un partenaire (mince et dynamique de préférence) dont il incarne obligatoirement le contrepoint. Sous le costume très moulant d’un catcheur masqué (on pense forcément au héros mexicain Santo même si le look est différent), grognon mais avec un grand cœur, Bud Spencer se retrouve finalement dans la position de faire-valoir du Sonny de Giuliano Gemma. Et ce dernier en fait des caisses, façon Robert Redford sous cocaïne. Il faut ainsi une bonne heure de métrage pour que la dynamique entre les deux acteurs s’équilibre enfin. Faute d’alchimie réelle entre ces anges gardiens qui viennent au secours des immigrés et des commerçants qu’ils ont pour mission de rançonner, le film d’Enzo Barboni peine souvent à trouver le ton juste malgré un rythme soutenu et une mise en scène d’une légèreté presque enivrante. Les scènes de complicité et d’amitié avec la famille de Gerace (Steffen Zacharias, figure récurrente du cinéma de Barboni) ou encore ce moment hilarant où le duo renverse l’interrogatoire qu’ils subissent au poste de police élèvent Les Anges mangent aussi des fayots au-dessus de son petit statut de comédie lambda ponctuée de bagarres. Il y a de l’ambition chez Barboni, mais aussi une fâcheuse tendance à laisser la caméra tourner et à se la couler douce au son des accords primesautiers de la musique des frères De Angelis.
Quelques mois avant la sortie de L’Arnaque de George Roy Hill, autre sucrerie 70’s en costumes réinterprétant la Grande Dépression en ode à la débrouille, le réalisateur d’On l’appelle Trinita réussit à livrer une très agréable distraction à la direction artistique malheureusement inégale, entre moments attachants et fautes de goûts indiscutables (l’introduction de Sonny dans une salle de … karaté pleines de japonais stupides en kimono!!!) et qui se redécouvre aujourd’hui avec une bienveillance sincère.
Image
Une bien belle copie à la définition soignée. Pour cet inédit, BQHL est parvenu à mettre la main sur un master de tout premier ordre et qui, malgré quelques accrocs, fait honneur à la photographie vintage de Francisco Marin, entre des extérieurs à la lumière très naturelle et des reconstitutions en studio qui naviguent entre teintes sépia indissociables des années 20/30 et couleurs criardes.
Son
Des dialogues clairs, une musique qui ne sature pas trop et des ambiances (très) discrètes. Pas de doutes, le mono remplit son rôle, sans faire de vagues. Inutile de trop en attendre. La version française est plutôt réussie et demeure le meilleur choix.
Interactivité
Là encore, tout est dans la simplicité. Visiblement enthousiaste et nostalgique, le critique Jean-François Giré propose un long retour sur le film, abordant tous les aspects de la production dans un entretien exhaustif et qui passe comme une lettre à la Poste.
Liste des bonus
Entretien avec Jean-François Giré (39’).





