LES FRÉNÉTIQUES

The Last Horror Film – Etats-Unis – 1982
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : David Winters
Acteurs : Caroline Munro, Joe Spinell, David Winters, Susanne Benton, Glenn Jacobson, Judd Hamilton…
Musique : Jesse Frederick, Jeff Koz
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 87 minutes
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 22 avril 2026
LE PITCH
Vinny nourrit une obsession maladive pour Jana Bates, star hollywoodienne au sommet de sa gloire. Déterminé à la convaincre de jouer dans son nouveau film, il traverse l’Atlantique pour la rejoindre au Festival de Cannes. Mais son admiration tourne vite à la fixation dangereuse : comportements de plus en plus déplacés, gestes inquiétants… et bientôt, les hommes gravitant autour de l’actrice disparaissent mystérieusement les uns après les autres…
Meurtres et paillettes
Parfois vendu sous l’appellation carrément abusive de Maniac 2, The Last Horror Movie ou Les Frénétiques en France, s’est effectivement entièrement construit sur les retrouvailles entre Joe Spinell et Caroline Munro au sein du genre horrifique. On est cependant ici très loin du glauque absolu du meilleur film de William Lustig.
Longtemps annoncé, parfois approché (jusque dans un court métrage proposé en bonus pour l’édition Bluray), jamais concrétisé, l’espéré Maniac 2 n’aura jamais vu le jour. Cela n’a certainement pas empêché les producteurs et financiers du métrage de remettre le couvert en jouant sur une affiche équivalente. Lustig parti vers de nouvelles contrées (et sans doute trop cher et indépendant), on préserve donc juste le positionnement de départ avec une Caroline Munroe toujours dans le rôle de la future victime tant désirée et un Joe Spinell, inévitablement tétanisant en sociopathe se perdant dans ses propres fantasmes. Mais la grande différence est que son personnage de cinéphile malade et obsessionnel est nettement plus pathétique et fragile que celui de Frank Zito, et que l’on doute plus d’une fois qu’il soit réellement le responsable des meurtres qui ciblent l’équipe d’un film d’horreur. Manifestement impuissant, écrasé par la personnalité de sa mère (la véritable maman de Joe Spinell), très instable quant à sa propre sexualité, projetant constamment une forme de dualité préoccupante, hésitant entre l’orgasme et le dégoût lors de scènes gores visionnées dans une salle de cinéma, où transformant dans son esprit une strip-teaseuse en l’objet de ses désirs (Munroe donc) puis en lui-même grimé de manière clownesque et se caressant lascivement.
Sous les cadavres : la plage.
Des visions troubles et étranges qui ne cohabitent pas toujours très naturellement avec le reste du métrage, whodunnit sanglant plutôt primaire qui au sérieux de Maniac préfère l’humour noir, les personnages outrés et un flot ininterrompu de références et d’hommage. En jouant la carte du film dans le film, en multipliant les parallèles avec le véritable statut des deux têtes d’affiches (l’actrice joue à peu de chose près son propre rôle) et en démultipliant tout cela avec un tournage à l’arrache durant le véritable festival de Cannes, Les Frénétiques peut se permettre de faire apparaitre à l’écran Marcello Mastroiani, Isabelle Adjani ou Kris Kristofferson sans même demander d’autorisation. Pourquoi se gêner ? Surtout que si on en croit l’un des producteurs du film, qui fut dégoutté du monde du cinéma et y laissa sa chemise et tous le reste, le budget du film fut largement épongé par les multiples soirées du réalisateur David Winters (ex-acteur de West Side Story passé à la réalisation Bis et TV) et les détournements collégiaux. La légende raconte même que toute l’équipe disparut du jour au lendemain de la croisette sans payer les chambres d’hôtel. C’est sans doute pour cela qu’après une alternance plutôt amusante entre jaillissement gores (plutôt réussis et scabreux) et visions touristiques (c’était la mode du monokini) le film s’achève bien plus timidement dans un château gothique isolé et un twist absolument absurde.
Bizarroïde et bancal, Les Frénétiques n’est certainement pas à la hauteur de son prédécesseur. Mais il y a forcément quelque chose d’assez fascinant à observer cet objet construit comme un collage très bis entre l’horreur psychologique presque sordide, et le slasher bas du front fasciné par un star system qu’il est censé critiqué. Même le pitch fait constamment penser à La Cité de la peur, film culte de Les Nuls, ajoutant une certaine distance qui, aujourd’hui, ne manque pas de piquant.
Image
ESC nous propose ici la très récente restaurations du film, effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm et de quelques éléments tirés d’un positif moins performant. Le résultat est forcément un peu inégal avec quelques segments marqués par quelques ridules sur les arrière-plans, d’autres légèrement plus flous ou granuleux, mais l’essentiel affirme effectivement une définition bien poussée, redonnant du relief au métrage par ses détails et sa profondeur, tout en offrant des cadres franchement propres mais aux matières pellicules toujours présentes. Les couleurs ont bien été ravivées, les noirs ne débordants plus vers le vert-gris, et les teintes chairs autant que les visions clinquantes de la croisette affirment de très jolis contrastes.
Son
Version originale et française sont présenté dans des DTS HD Master Audio 2.0 plutôt sobres et frontaux. Le petit rafraichissement a été effectué mais la mouture anglaise peut laisser échapper quelques chuintements, là où le doublage local a tendance, c’est admis, à écraser un peu trop le mixage.
Interactivité
L’éditeur français propose une édition plutôt bien composée avec des suppléments en provenance des collègues américains (Severin et Trauma) dont en premier lieu le commentaire audio plutôt sympa de l’actrice Caroline Munro qui évoque généreusement son amitié avec Joe Spinell et leurs collaborations à l’écran, le tournage du film en présence et surtout l’expérience cannois au bras de son maris. On trouve aussi un second commentaire audio, avec le producteur Luke Walter mais celui-ci n’a malheureusement pas été sous-titré.
Pour la suite, la visite des lieux de tournages avant / après n’est pas forcément de plus indispensable et la rencontre avec sal Sirchia, grand copain de Joe Spinell, tourne un peu trop au témoignage pathos malgré quelques informations touchante sur les addictions de l’acteur. Les deux segments les plus intéressants restent donc clairement le très curieux court métrage Mr Robbie, autre délire bien glauque sur un sociopathe assassin joué par Spinell et l’interview audio du producteur Judd Hamilton qui raconte une production particulièrement compliquée, sa relation houleuse avec le réalisateur David Winters (qui passait son temps aux fêtes arrosées et à filmer des filles à moitié nu) qui s’est fini avec une affaire de détournement de fond et autres joyeusetés. Assez hallucinant.
Liste des bonus
Un livret (24 pages), Commentaire audio de Caroline Munro, animé par Alan Jones (VOST), Commentaire audio de Luke Walter (prod. associé), animé par David Gregory (VO), « Comme un père spirituel » : Sal Sirchia se souvient de Joe Spinell (21’), « Mon dernier film d’horreur » : Entretien audio d’archive illustré avec le producteur Judd Hamilton (19’), « Cannes & New-York » : Les lieux de tournage du film aujourd’hui (14’), Court métrage : « Mr Robbie » de Buddy Giovinazzo, avec Joe Spinell (« Maniac 2: Mr. Robbie », 1986, 8’), Bande-annonce d’époque.







