PRINTEMPS BLEU

青い春 – Japon – 1993
Genre : Drame
Dessinateur : Taiyo Matsumoto
Scénariste : Taiyo Matsumoto
Nombre de pages : 192
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Date de sortie : 29 janvier 2026
LE PITCH
Printemps bleu comporte sept nouvelles. Chacune possède des protagonistes différents, jeunes garçons, adolescents, voyous… mais tous retranscrivent la même violence urbaine, les mêmes désillusions, et surtout le même mal être d’une société malade. Cette fascination pour l’étrangeté, la folie, sont de nouveau mélangées à la poésie morbide du maître Matsumoto.
Il faut bien que jeunesse se passe
Edité une première fois en 2000 par la maison Tonkam, le recueil de nouvelles de jeunesse (dans tous les sens du terme) de Taiyô Matsumoto revient dans une édition prestige avec couverture solide, sur-jaquette et papier de meilleur qualité. Ce n’est peut-être pas l’œuvre la plus facile d’accès de l’auteur d’Amer Beton et Ping Pong, mais ces chroniques de la délinquance adolescente n’en débordent pas moins de vie et de poésie.
Si lui-même n’a jamais glissé dans la délinquance justement, il révèle aisément dans l’une de ses postfaces avoir longtemps fréquenté certains de ces petits gangs du lycée. Des vieux copains plus costauds, plus forts en gueule, plus charismatiques, qu’il admirait et qu’il décida de suivre régulièrement dans leurs forfaits et leurs errances en les photographiant. Ce milieu-là, il le connait donc très bien et en donne ici une illustration criante de vérité. Toujours au raz du sol, même lorsqu’ils se galèrent sur le toit du lycéen ou d’un immeuble quelconque, ces épisodes plus ou moins longs, brossent le portrait de jeunes garçons franchement paumés, désabusés, inconscients du passé, regardant l’avenir avec méfiance et préférant aisément s’inscrire solidement dans le présent. Des instants concrets, mais souvent bien vaincs, faits de conversation futiles, de branlettes rapides, de mises en dangers stupides et de camaraderies viriles, fraternelles mais néanmoins parfois bien brutales. Il ne se passe pas franchement grand-chose dans ces petites évocations de bulles temporelles, au printemps de vies qui ne débuteront peut-être jamais, souvent au détour d’un été qui n’en finit plus, l’auteur laissant surtout ses personnages respirer, prendre de la voix et de l’espace, à la lisière du documentaire.
Juste en bas de la rue
Même dans le chapitre le plus long où trois de ces gamins se retrouvent avec un flingue entre les mains, l’histoire ne glisse jamais vers le thriller, le manga de yakuza ou d’action, l’arme se montrant plus gênante qu’autre chose une fois le fantasme éventé. Ils ont beau être très japonais, on les reconnait aisément ces ados en marge, sans grands chose à se mettre sous la dent et qui forcément, pour faire passer le temps, finiront par casser les pieds de tous les clients d’un restaurant, insulter les passants ou jouer à celui qui tapera le plus de fois dans ses mains au-dessus du vide. Pathétiques autant qu’attachants, craignos autant que sympathiques, ils laissent aussi la place le temps d’une interminable partie de mahjong à une équipe lycéenne de baseball éliminée du grand tournoi national et préférant se planquer tout un été dans leur club plutôt que d’affronter la réalité. La véracité des dialogues, des situations et des attitudes, sont cependant mis en image avec le regard tout particulier de Taiyo Matsumoto, jouant de son trait anguleux, de son noir et blanc tranché, de ses poses dynamiques et sa capture urbaine pointilleuse, avec toute la subjectivité possible. Les cadrages et les images se déforment au grès de l’énergie déployée par les personnages ou parfois simplement des évasions de leur pensée, et l’aridité de leur décors (les murs de bétons tous recouverts de tags moches et crétins) se métamorphosent en petit ilots nostalgique comme pour continuer à embellir ces instants et ces années perdues.
Le coup de crayon du dessinateur se peaufine de nouvelles en nouvelles, et s’il reconnait avoir du mal avec ces « œuvres de jeunesse », ces planches se montrant moins maitrisées, moins précises, que ses créations plus récentes, elles sont le plus souvent déjà impressionnantes de vivacité et de personnalité.




