OFF

Belgique – 2026
Genre : Science-Fiction
Dessinateur : Patrice Réglat-Vizzavona
Scénariste : Romain Renard, Olivier Tollet
Nombre de pages : 344
Éditeur : Éditions Daniel Maghen
Date de sortie : 4 février 206
LE PITCH
Une tempête solaire a provoqué à l’échelle mondiale une coupure de courant généralisée qui risque d’être durable. Tout s’arrête… et menace de s’effondrer !
Blackout
Une simple étincelle et le monde tel que nous le connaissons s’effondre. Un point de départ classique, moteur d’un scénario catastrophe observé ici sur le territoire belge mais dont la pertinence et la justesse des mécaniques de l’effondrement fait tendre vers une inévitable universalité. Un volume imposant mais qui se lit d’une traite.
Off fut longtemps imaginé par ses deux scénaristes comme une série tv à la fois réaliste et spectaculaire qui s’inscrirait directement dans le contexte contemporain de la Belgique, et de l’Europe d’aujourd’hui. Un pays lui aussi fracturé par deux grandes zones géographiques et culturelles, et constamment menacé par la monté des partis d’extrême-droites et nationalistes. Alors que les manœuvres sont déjà en cours dans les coulisses du pouvoir, la catastrophe planétaire qui entraine la coupure globale des réseaux d’électricité précipite les évènements, accentue considérablement les tensions et les oppositions, et fait rêver certains à une prise de pouvoir au nom d’un nouvel ordre. Une trame politique qui n’est que l’une des strates du récits qui va ainsi passer de Anne Van Obel, ministre en exercice très vite un peu seule contre tous, à d’autres membres de sa famille : sa mère et son fils resté à la campagne tentant de cohabiter avec la famille voisine plus rustique et son frère, policier, dont la femme va accoucher et le laisser veuf le soir même de l’extinction des feux. L’occasion pour les auteurs de donner une vision plus globale des évènements, alors que quelques échos du reste du monde se laissent entendre sur les dernières radios, et de faire alterner les tons, passant ainsi effectivement des enjeux purement politiques à un thriller plus proche du récit policier et de la traque ou au drame rural qui n’est pas sans rappeler parfois le Malevil de Robert Merle.
Détruire ou reconstruire ?
Ici aussi se joue constamment la question du sursaut civilisationnel, du choix de reconstruction qui s’offre aux survivants, entre replis sur soi, rejet de l’autre ou un véritable retour à l’essentiel, à la terre et à la fraternité. Naturellement le cœur des auteurs penche largement plus vers cette seconde solution, faisant justement le parallèle dans ce récit choral entre un animal politique opportuniste, bercé d’ambitions toutes personnelles et prêt à prendre le pouvoir par les armes et imposer sa dictature, avec un criminel déséquilibré qui profite du chaos pour se constituer une petite milice dévouée, piller les dernières richesses et assouvir une vieille vengeance sur la famille Van Obel. Pas besoin d’attendre la fin du monde pour voir éclore ce type de phénomènes, les craintes écologiques et économiques faisant monter la menace fasciste un peu partout dans le monde, mais ce cadre cathartique permet de l’aborder par l’optique du genre et d’une fiction plus révélatrice. Étonnement d’ailleurs, malgré un scénario profondément dramatique et sombre, où finalement toutes les bonnes volontés se font systématiquement balayées par la triste réalité, le volume Off s’achève par quelques pages annonçant finalement une forme de renaissance, une touche d’espoir bienvenue.
On ne peut forcément s’empêcher d’essayer d’imaginer ce qu’aurait pu donner ce scénario sous la forme d’une série tv, longue et ambitieuse, qui aurait peut-être mieux souligné encore les parallèles avec l’actualité, mais on aurait alors dû se passer de la prestation visuelle de Patrice Réglat-Vizzavona (Le Passager, Djemnah) apportant une étrange douceur par le choix de couleurs sépia, mais creusant aussi le glissement régulier vers le cauchemar social, presque historique. La belle précision dans les décors, son trait réaliste et ses atmosphères bien campées ne sont jamais aussi marquantes que lorsqu’il resserre le cadrage sur les visages de ses protagonistes, leurs émotions fortes et leurs tensions. Ce sont elles aussi bien entendu qui nous pousse à tourner constamment les pages jusqu’à la dernière. Efficace et prenant.




