JEZEBEL

France, Italie – 2026
Genre : Drame, Érotique
Dessinateur et Scénariste : EON
Nombre de pages : 52
Éditeur : Tabou BD
Date de sortie : 29 mai 2026
LE PITCH
Lorsqu’un homme apparaît dans la vie de Jezebel, il éveille un désir fait de passion, de plaisir, de blessures et de choix irréversibles. Autour d’eux, les silences s’effritent, les certitudes vacillent, et les corps parlent parfois plus fort que les mots.
Sous emprise
Son nom est synonyme de perfidie et de blasphème, définitivement associé à celui de l’épouse terrible d’Achab, Roi d’Israel. Presque 3000 ans plus tard, la femme qui le porte est une fois encore auréolée d’une aura dépravée, superbe créature aux sens attisés par la débauche et l’avilissement.
L’album est le portrait d’une femme. Une femme déjà absente, déjà enfuie, qui laisse une simple lettre à celui qu’elle aurait dû épouser sous peu. Une jeune femme magnifique naturellement, mais torturée, habitée par une passion inextinguible et un besoin irrépressible de perversité. A l’instar de celui qu’elle considère toujours comme l’amour de sa vie, mais malheureusement incapable de lui offrir tout se dont elle a besoin, le lecteur découvre peu à peu sa véritable identité ou en tout cas les évènements qui l’ont amenée à devenir celle qu’elle est aujourd’hui. Maudite par son nom (la référence biblique est bien présente), elle l’est aussi par une mère infidèle et manipulatrice, puis par l’un de ses amants, dominateur, qui entend bien plier cette ancienne adolescente, à ses désirs et ses fantasmes. Illustrateur extrêmement doué croisé sur Druuna Au commencement et la série historique Karolus Magnus L’empereur des barbares, Eon revient ici comme artiste complet et orchestre un drame charnel en forme de piège, l’héroïne conditionnée par les exhibitions de sa génitrice et ses propres pulsions et curiosités, se laissant entrainer peu à peu vers le point de non-retour. Un besoin de plus en plus prégnant de se soumettre aux besoins de son homme, ou des autres, et en tout cas de s’avilir pour le plaisir, quitte à faire une croix sur une part de sa vie.
Chair maudite
Le lecteur aussi se laisse piéger, forcément fasciné par les formes de la belle héroïne (et celles de sa mère plus que désirable) et par la mise en scène des nombreuses scènes de sexe, délicieusement explicites et pornographiques. Des têtes à têtes exclusivement, mais qui savent varier les positions et les propositions, et qui surtout gardent toujours malgré leur frontalité assumée une forme certaine de sensualité. Il faut dire que Eon est un dessinateur particulièrement doué, aux contours très réalistes, aux courbes expressives, peaufinant autant ses personnages que ses décors et son découpage. Une proposition graphique solide et dont l’aspect chic et choc peut parfois rappeler, jusque dans la fascination pour les chaussures à haut talon et les sous-vêtements sexy, les anciennes productions cinéma de Marc Dorcel. Du porno à l’ancienne jusque, il faut bien le dire, dans l’exploration assez limitée des tourments psychologiques de Jezebel, femme victime de sa chair et hantée par un homme pervers et sadique, et qui se laisse entrainer bien vite vers la déchéance et qui finalement ne semble pas vraiment tenter de s’en sortir ou d’entrainer son gentil fiancé dans ses débauches, préférant le tromper en affichant une vague culpabilité.
L’auteur disposait pourtant de quelques éléments qui induisent un esprit beaucoup plus brisé qu’en apparence (que s’est-il vraiment passé avec sa mère et son amant ?), ou qui aurait pu orienter le récit vers une vraie réflexion sur le désir féminin, mais il ne va pas plus loin que le drame sexuel sulfureux. On aurait sans doute préféré un thriller nettement plus opaque et tortueux, complexe et malade, on en garde tout de même un plaisir de lecture certain grâce à ces illustrations au sex-appeal indéniable.



