LA BÊTE DU NORD

La Bestia del Norte – Espagne – 2024
Genre : Fantasy
Dessinateur : Leonel Alexis Castellani
Scénariste : Oscar Martin
Nombre de pages : 72
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 29 janvier 2026
LE PITCH
Épuisé par ses aventures, un puissant barbare arrive dans une ville frontalière en proie aux brigands de la pire espèce. Engagé pour sauver la fille d’un chef de gang au milieu d’une guerre de territoires, le guerrier solitaire pense accepter un contrat facile. Il se jette dans une conspiration mortelle. Plongé malgré lui dans ce nid de vipères, la « Bête du Nord » va devoir rappeler à ces criminels ce qu’est la véritable sauvagerie.
Nuit sauvage
Depuis que les romans de Robert E. Howard sont tombés dans le domaine public, les projets d’adaptations, hors licence classique, de l’univers du grand Conan se multiplient. Un parmi d’autres, La bête du nord est cependant un album percutant et particulièrement sauvage imaginé par Oscar Martin (Solo, Chroniques du roi vagabond…) et Leonel Alexis Castellani (Les Omniscients…).
Pour qui a lu la série post-apo animalière Solo, l’intérêt du barcelonais Oscar Martin pour les écrits de Robert E. Howard est plus qu’évidente. Très marqué justement par les fameuses adaptations Marvel de la grande époque, il a directement insufflé de cette sauvagerie animale,de cette fière indépendance et de cette intelligence instinctive à son rat guerrier. Et comme beaucoup de fans de la première heure, cette libéralisation autour des droits des aventures de Conan (mais pas du nom, qui ne peut être affiché en couverture) lui a permis d’imaginer enfin son propre hommage à cette fresque guerrière mythique. Un projet en financement participatif en Espagne, transformé en album avec désormais une traduction française de bon aloi qui tient effectivement excessivement du pur fantasme devenue réalité. Reprenant à sa manière la narration éprouvée et littéraire de Roy Thomas (Savage Sword of Conan), il conçoit un épisode de plus, une péripétie supplémentaire dans la fresque déjà bien chargée de cette « bête venue du nord », cherchant simplement à prendre un peu de bon temps dans l’une de ces citées civilisées qui jalonnent un vaste désert. Une ville du mensonge où après une rixe dans une taverne (ce qu’il est soupe-au-lait !), il se fait engager comme sauveteur de princesse kidnappée par un méchant rival. Comme souvent, Conan va rapidement se rendre compte que se cache derrière cette mission quelques tromperies d’usages, quelques trahisons et autres jeux de pouvoirs, dont il risque d’être la première victime.
Au cœur de la cité impie
Le récit est quasiment contenu en une seule et unique nuit, et ne peut dès lors pas se permettre de grandes envolée romanesques ou des enjeux grandioses, mais cette apparente simplicité montre surtout une forte compréhension de la force des récits howardiens (l’homme sauvage contre la veulerie du monde des hommes) et n’empêche certainement pas les grandes batailles sanglantes et barbares et les apparitions indispensables de femmes séduisantes mais dangereuses, de sorciers aux pouvoirs considérables, de lézard géants et même d’un homme singe échappé d’une BD de Mike Mignola. L’art du pulp et comme une contraction de tous les frissons provoqués par un bon comic de Conan réalisé avec un rythme parfait, une écriture tranchante et un humour noir ironique et réjouissant. Et si Oscar Martin cite ouvertement Roy Thomas (qui rappelons-le œuvra pendant près de 15 ans sur les meilleurs comics de Conan), c’est certainement Sal Buscema et Gil Kane dont l’illustrateur Castellani réclame l’héritage. Celui qui avait déjà collaboré avec Martin sur le spin off Solo Lyra, affirme son style avec une énergie décuplée. Un coup de crayon semi-réaliste, extrêmement fouillé, fastueux même parfois dans ses détails et ses couleurs, mais dont l’essentiel semble constamment mu par la dynamique de ses personnages, leurs poses de combattants prêts à bondir, très marquée finalement par une esthétique latine du dessin animé. Avec une petite touche excessive de la caricature, Castellani retrouve le physique massif de Conan, tout en muscles et en regards ténébreux, et fait renaitre devant nos yeux une hyperborée fantasmatique, sombre, impitoyable, mais jamais vraiment grave et totalement sérieuse.
Multipliant les splash pages qui décoiffent avec générosité, s’étendant sur les affrontements aux issues particulièrement sanglantes (sang à foison, membres et têtes tranchées…), les éclairages gothiques et ne redoutant certainement pas de laisser échapper quelques silhouettes sensuelles aux passages, l’illustrateur confirme sans cesse l’amour débordant de La Bête du nord pour les meilleures BD dédiées à Conan. On pourrait même dire que l’album s’installe pépère juste sur la marche d’à côté.




