MÉTAL HURLANT N°19 : IL ÉTAIT UNE FOIS DANS LE DÉSERT

France – 2026
Genre : Fantastique, Science-fiction
Dessinateurs : Jeremie Gasparutto, Savador Sanz, Simon Bogojevic Narath, Pim Bos, Stevan Subic, Juliette Etrivert…
Scénaristes : Serge Lenman, Jerry Frissen, Alejandro Jodorowski, Simeon Van…
Nombre de pages : 272
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 27 mai 2026
LE PITCH
Aux rares âmes qui osent le fouler, le désert rappelle avec cruauté que nous ne sommes pas les bienvenus. La survie n’y est ni promise ni acquise, elle y est disputée à chaque instant. Pourtant, il est précieux d’y revenir, ne serait-ce que pour se rappeler une évidence : notre existence est un putain de miracle. Pour celles et ceux qui, comme nous chez Métal Hurlant, rêvent d’autres mondes, d’odyssées pionnières et d’expériences aussi physiques que philosophiques, le désert est une invitation à redécouvrir la simplicité vertigineuse de notre condition… À moins que nous n’ayons malgré tout un rôle à jouer ? Celui de voir le désert, de témoigner de son existence et, qui sait, de lui donner un sens ?
Dunes, Dunes, Rien que des Dunes
Sans pitié, alors que la France souffre en pleine canicule la rédaction de Métal Hurlant nous sort un numéro spécial « désert » ! Un peu de fraicheur était trop demandé ? Une thématique glaçon voir arctique fournie avec un ventilateur réfrigérant aurait sans doute été une proposition commerciale nettement plus alléchante. Bon allez on prépare quelques gourdes d’eaux, on siffle son chameau et c’est parti !
Est-ce que c’est l’opportunité d’avoir une interview exclusive de Denis Villeneuve en pleine post-production de Dune 3 qui a initié la thématique du numéro ou l’inverse ? Peu importe, bien qu’un peu trop courte à notre goût, la rencontre annonce clairement un grand final pleinement conscient du ton particulier du livre de Frank Herbert et qui risque surtout de déstabiliser quelques spectateurs néophytes et c’est tant mieux. En tous cas, le désert, le terrien, inspire clairement le rédacteur en chef Jerry Frissen qui se fend d’une série d’instantanés sur les hauts lieux hallucinés des paysages arides américains avec ses dinos sortis de nulle part, ses anciens tunnels de chercheurs d’or ou ses cimetières de voitures plantés dans le sol. L’auteur semble y chercher une forme de poésie perdue, des restes de mondes oubliés, une autre vérité peut-être, à laquelle il fait directement échos dans son L’ile des morts, utilisant le véritable décor mystique du Grandstand pour imaginer avec Thierry Martin une porte vers un ailleurs, une forme de transcendance. Il en sera souvent question dans les pages de ce numéro d’ailleurs que ce soit dans le silencieux Caravan de Anuj Shrestla, le Rose de Serge Lehman et Stéphane de Caneva et ses êtres géants immortel sur une planète lointaine, le voyage au bout d’une tempête gravée dans le papier par Daria Schmitt avec Le Point d’eau ou même le matriciel Les Fertiles aux rondeurs signées Lola Penicaud.
Ça peut aussi servir de parasol
Comme toujours les styles graphiques, les teintes et les ambiances cohabitent dans un patchwork réjouissant. Ainsi quand l’illustrateur de Batman Full Moon s’embarque pour un poème graphique ultra chiadé baroque et shamanique, Simeon van den Ende et Pim Bos (Tremen) lui répondent par une farce post-apocalyptique faite de poisson pourris et de furoncles purulents. De retour dans les pages du magazine, Alejandro Jodorowsky, accompagné d’Iness aux dessins, vient nous rappeler avec son ironie absurde imparable qu’il faut toujours se méfier de ces retraites mystiques au fin fond du désert et surtout toujours remettre en cause les doctes et les paroles des autorités religieuses qui nous précèdent…. littéralement. La foi est largement bousculée aussi dans l’inattendu Les ailes pliées de Malachi Ward où une flamme bleue apparaissant dans le désert cache un secret des plus prosaïques. Quelques notes d’humour, noir, dans un monde de BDs à tendances philosophiques, qui retrouvent pleinement le ton et le décalage historique de Métal Hurlant, tout comme le final (hors sujet mais ce n’est pas grave) Rendez-vous à la fin du monde du toujours talentueux Richard Guérineau et sa révolte des robots qui finie en eau de boudin. Au milieu de ceux-ci et de quelques autres, les deux coups de cœurs vont sans doute au spectaculaire et ambitieux La ville qui attendait par le Simon Bogojevic Narath de Karma, qui rejoue la chute de l’empire romain dans une cité perdue hors du temps, et le très cruel Le Cirque Latour (Nikho & Pok) qui commence comme une chronique presque enfantine dans un monde sans eau et s’achève par un tableau éloquent des miroirs aux alouettes du capitalisme. Dans le désert comme ailleurs, il faut toujours résister au chant des sirènes !
L’été sera (trop) chaud, l’été sera graphique avec Métal Hurlant, le mook nouvelle génération qui bien entendu complète allégrement son sommaire avec les habituelles chroniques livre et ciné, un sujet sur la quête d’un livre perdu et retrouvé, Le Grand scandale, un autre consacré à l’imposant pavé concocté par Tashen en l’honneur de Jodo, une rencontre avec Melvin Zed auteur d’ouvrages déjà cultes sur la saga Mad Max et les interviews du romancier / journaliste Emmanuel Carrère (Kolkhoze) et du photographe / cinéaste Stephen Sayadan (Café Flesh). Même en pleine chaleur, il ne faudrait pas oublier d’hydrater son cerveau.




