MARTY SUPREME

Etats-Unis, Finlande – 2025
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie, Drame, Sport
Réalisateur : Josh Safdie
Acteurs : Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Kevin O’Leary, Tyler Okonma, Abel Ferrara, Fran Drescher…
Musique : Daniel Lopatin
Image : 2.39 16/9
Son : Dolby TrueHD Atmos 7.1 Anglais et Français
Sous-titres : Français
Durée : 151 minutes
Éditeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 19 juin 2026
LE PITCH
En 1952, Marty Mauser, jeune joueur de ping-pong new-yorkais aussi talentueux qu’ambitieux, rêve de devenir une star. Prêt à tout pour s’imposer, il multiplie les combines et les rencontres improbables, quitte à se mettre en danger et à sacrifier beaucoup sur son chemin. Une ascension aussi chaotique que spectaculaire.
Marty à tout prix
Après plusieurs années de collaboration avec son frère Benny, Josh Safdie signe avec Marty Supreme son premier long métrage en solo. Une séparation temporaire plutôt féconde : pendant que Benny réalisait The Smashing Machine, Josh affirmait ce qui fait depuis toujours son cinéma : des personnages lancés à pleine vitesse dans une existence qui menace constamment de leur échapper.
Le point de départ est pourtant trompeur. Si Marty Supreme se présente au départ comme un biopic consacré à un joueur de tennis de table, mais il s’agit surtout d’une fausse piste. Très librement inspiré par la vie de Marty Reisman, Safdie utilise cette figure réelle comme point de départ pour raconter autre chose : l’histoire d’un homme qui veut absolument devenir quelqu’un. Car Marty veut gagner, être célèbre, sortir de sa condition. Il veut surtout qu’on reconnaisse enfin sa valeur. Cette obsession donne au film son moteur et transforme rapidement son parcours en une succession de situations improbables, de combines, de rencontres et de coups de folie. À l’image de son héros, Marty Supreme ne tient guère en place.
On pourrait facilement réduire le film à un Uncut Gems avec du ping-pong. Les deux films partagent effectivement cette fascination pour les hommes incapables de s’arrêter, persuadés que le prochain coup sera enfin celui qui changera leur vie. Mais Josh Safdie développe ici une approche plus ample et plus joueuse. Le chaos est toujours présent, mais il s’accompagne d’un véritable plaisir de cinéma et d’une forme de liberté qui permettent au film d’échapper au simple remake thématique de ses précédents travaux. Derrière les lunettes et la moustache de Marty Mauser, Timothée Chalamet est impeccable. Il trouve probablement ici son rôle le plus électrique : arrogant, charmeur, agaçant, parfois franchement détestable, mais impossible à quitter des yeux. L’acteur possède suffisamment de présence pour faire de Marty un personnage que l’on ne cherche jamais vraiment à excuser, mais que l’on prend constamment plaisir à suivre. Le parallèle avec son interprète est d’ailleurs devenu difficile à éviter. Durant la campagne des Oscars 2026, Chalamet a affiché une ambition particulièrement décomplexée, avant de repartir bredouille. Le voir incarner simultanément un personnage obsédé par la reconnaissance et un acteur qui n’a jamais caché son désir de rejoindre les plus grands donne au film une étrange dimension de mise en abyme. La vie imite l’art, et réciproquement.
Get rich or die trying
La grande réussite de Safdie est également de ne jamais transformer Marty en héros traditionnel. Sa quête de grandeur est fascinante précisément parce qu’elle est aussi toxique. Le film observe cette ambition sans la condamner ni la célébrer complètement. Ce qui compte, c’est cette énergie presque maladive qui pousse Marty à toujours aller plus loin. Et plus Marty s’enfonce dans cette quête, plus il s’entoure de personnages aussi improbables que savoureux. Gwyneth Paltrow est formidable en ancienne gloire du cinéma, évoquant vaguement la Gloria Swanson de Boulevard du crépuscule. Odessa A’zion apporte une présence plus discrète mais essentielle, tandis qu’Abel Ferrara, dans un rôle complètement fou, semble avoir été parachuté depuis un autre film de Safdie. Et cette accumulation de personnages, de situations et de bifurcations finit par donner au film une dimension presque romanesque. Sur le plan formel, Marty Supreme est un très bel objet. Safdie conserve son goût du mouvement et de la tension, mais sa mise en scène paraît à la fois ample et mesurée, sans jamais devenir sage. La photographie de Darius Khondji, le “Maître des ténèbres” lui-même, apporte une texture superbe à ce New York des années 50. Le directeur photo de Seven et d’Alien : la résurrection donne au film une élégance qui contraste avec la nervosité de son personnage.
Et puis il y a cette bande-son anachronique, composée notamment de morceaux des années 80 alors que l’action se déroule en 1952. Le procédé est déstabilisant, mais parfaitement cohérent avec l’esprit du film. Safdie ne cherche pas à reconstituer scrupuleusement une époque : il fabrique son propre 1952, un monde légèrement déplacé, comme Marty lui-même. La musique contribue ainsi à donner au film son identité et surtout son sentiment de liberté. Et c’est finalement un écho parfait vers la véritable quête de Marty Mauser : la liberté d’être ce qu’il veut. La gloire, l’argent, les victoires et la reconnaissance ne sont que les moyens qu’il s’est choisis pour y parvenir. Et peu importe le prix à payer.
À bien y réfléchir, Marty Supreme possède quelque chose d’un opéra. Pas besoin d’orchestre symphonique ni de livret en italien : on y retrouve la passion dévorante, le goût du spectacle total, les drames surjoués et le destin d’un héros trop grand pour le monde dans lequel il évolue. Marty ne vit rien à moitié. Il veut tout, tout de suite, et Safdie filme cette ambition comme une tragédie grandiose, parfois grotesque, toujours exaltée. Comme quoi, l’opéra est peut-être loin d’être un art désuet.
Image
Marty Supreme bénéficie d’un excellent transfert UHD 4K, qui rend pleinement justice au superbe travail de Darius Khondji. Tourné majoritairement en pellicule, en Super16 et Super35, le film conserve une texture argentique fine et discrète, avec quelques rares poussières ou petites imperfections d’émulsion qui viennent ponctuellement rappeler ses origines. La définition est excellente, avec une image précise et détaillée sans jamais sacrifier sa texture. La colorimétrie, particulièrement travaillée, alterne les tonalités jaunâtres, rosées et les couleurs plus franches, tandis qu’un contraste assez appuyé renforce les ombres et donne à l’ensemble cette atmosphère légèrement étrange qui participe pleinement à l’identité visuelle du film.
Le Dolby Vision apporte un vrai gain dans la gestion des contrastes et des sources lumineuses, avec des pics HDR parfois spectaculaires. Les noirs restent bien détaillés et les couleurs les plus éclatantes bénéficient d’une belle dynamique. Une très belle présentation, à la fois précise, nuancée et respectueuse de la magnifique photographie du film.
Son
On ne remerciera jamais assez Metropolitan d’avoir inclus, dans son édition, les pistes son Dolby Atmos. Car c’est une véritable réussite ! En V.O. notamment, Marty Supreme profite d’une piste nerveuse, précise et constamment animée, qui donne une place considérable aux ambiances : salles de sport, foule, conversations, déplacements, claquements de balle, respirations… Tout concourt à nous placer au plus près de Marty.
Les matchs bénéficient évidemment d’un relief sonore impressionnant, mais le mixage sait aussi transformer certaines scènes plus intimes en séquences particulièrement immersives, en amplifiant les bruits environnants. Les dialogues restent parfaitement centrés et intelligibles, tandis que les surrounds et la verticalité Atmos élargissent efficacement la scène sonore. La musique, omniprésente et volontairement anachronique, complète cet ensemble avec une belle énergie.
Une piste vivante, spectaculaire et très immersive, qui fait de la bande-son l’un des atouts majeurs de cette édition. La VO est à privilégier, même si la VF bénéficie elle aussi d’un mixage Atmos de qualité.
Interactivité
Une section étonnamment bien trop sage pour un film aussi débridé, au ton globalement promotionnel. Le commentaire audio de Josh Safdie, sous-titré, en constitue probablement la partie la plus intéressante. Le réalisateur revient sur ses choix de mise en scène, le casting et la fabrication du film, avec de nombreuses informations sur son travail.
“Rêver en grand” constitue le principal making-of de cette édition. Josh Safdie et plusieurs membres du casting y évoquent la fabrication du film, accompagnés de quelques images de tournage. Un complément agréable, mais qui reste très balisé dans son approche. Le test caméra de Timothée Chalamet et Gwyneth Paltrow, commenté par Josh Safdie, permet de découvrir leur première rencontre devant la caméra. C’est anecdotique mais les fans les plus complétistes y trouveront leur compte. Une featurette promotionnelle du film complète le tout avec un contenu davantage tourné vers la promotion du long métrage.
Une section finalement assez convenue, qui accompagne le film sans vraiment retrouver son énergie ni sa folie.
Liste des bonus
Commentaire audio sous-titré de Josh Safdie, “Rêver en grand” (20’), Test caméra de Timothée Chalamet et Gwyneth Paltrow (4’), Featurette promo du film (8’), Bande annonce du film (2’), Bandes annonces de l’éditeur.







